Sujet qui parlera peut-être davantage aux personnes de ma génération : le rejet des tendances mode actuelles, et la nostalgie pour l'état d'esprit de 2016. Pour le contexte : on observe en ce moment un mouvement collectif où certaines personnes (majoritairement des femmes) expriment un ras-le-bol envers la tendance "clean girl" (maquillage très léger, effet clean), le minimalisme vestimentaire, etc. Certains associent même cela à la politique, et plus précisément au conservatisme. Parallèlement, comme pour la mode des années 2000 avec le Y2K, l'esthétique de 2016 connaît un regain de popularité. Selon ce que j'ai pu lire ou entendre, certains voient dans les modes des décennies précédentes plus d'audace et d'excentricité, dans un décor où l'on pouvait plus facilement se fondre dans la masse puisqu'il s'agissait de tendances générales. Aujourd'hui, au contraire, les maquillages légers et les vêtements épurés seraient devenus la norme. Personnellement, je pense qu'il y a une certaine méprise. Ayant vécu mon adolescence dans les années 2010, tout en ayant toujours aimé des styles vestimentaires qui dévient des tendances, j'ai trouvé la mode de 2010-2016 assez ennuyeuse, et il n'y avait que ça dans les boutiques. J'y ai aussi constaté un rejet des centres d'intérêts divergents, qui pouvaient s'étendre à la musique et à d'autres domaines. Il était donc facile d'être le "mouton noir" si l'on ne correspondait pas aux codes de l'époque, qui étaient certes excentriques, mais finalement très homogènes. (One Direction, Pretty Little Liars, la fameuse moustache arborée de partout, etc...) Paradoxalement, c'est aujourd'hui que j'observe davantage de diversité : dans les rayons des magasins, dans la rue, et même dans la valorisation de l'originalité. Les styles se mélangent davantage. On trouve un mélange global de codes, rendant les niches moins marginales. Et c'est très pratique pour trouver des vêtements qui correspondent vraiment à son style. Je n'ai pas attendu que les tendances changent pour faire ce que je voulais, ce qui m'a permis de ressentir ces évolutions de perception. J'ai parfois l'impression que certaines personnes se sentent contraintes par le regard extérieur, attendant que ce qu'elles aiment devienne tendance pour oser l'adopter. Comme si elles avaient signé un contrat implicite avec la mode. La mode de 2016 n'était donc pas forcément plus libre qu'aujourd'hui : elle donnait surtout une impression de liberté, car son audace répondait à des codes précis. On peut observer un phénomène similaire dans la musique : les gens n'écoutent plus tous la même chose. Certains apprécient la k-pop, d'autres le mainstream américain, le rap, le rock, la synthwave, etc. Le monde est plus globalisé grâce aux plateformes numériques, qui multiplient les influences, remplaçant en partie l'hégémonie culturelle des grandes stars. Si vous aimez le cute, vous êtes moins perçu comme un gamin qu'autrefois. Si vous aimez les tons sombres, on vous dira "j'adore ton style" (même si ça reste assimilé à la culture goth dans l'imaginaire populaire). Si vous aimez le layering, ce n'est plus vraiment vu comme un manque d'harmonie, mais comme de la créativité. La tendance "clean girl" coexiste donc avec une multitude de styles. Et ça, c'est plutôt appréciable. Donc à cette petite Phronesis qui s'amusait dans son carnet "top model" en dessinant des tenues très extravagantes, mais que les autres enfants trouvaient de mauvais goût : tu étais avant-gardiste ! (Sur ce, je vous laisse avec quelques des images Pinterest. La première est issue de 2016, et les autres correspondent à l'audace d'aujourd'hui !)