Philoctobre#2025 - 7 Plotin – Dialectique des degrés Vous aimez les potins ? les rago - Qwice

Philoctobre#2025 - 7 Plotin – Dialectique des degrés Vous aimez les potins ? les ragots ? Bah moi aussi, mais ça n’a rien à voir avec le programme de ce 6e épisode du Philoctobre 2025. Ajou

Petitcapybara - Qwice 2025

Philoctobre#2025 - 7 Plotin – Dialectique des degrés Vous aimez les potins ? les ragots ? Bah moi aussi, mais ça n’a rien à voir avec le programme de ce 6e épisode du Philoctobre 2025. Ajoutez un « l » à potin et vous obtenez « Plotin » ! Un néoplatonicien. Allez, on y va ! I. L’être : un ou multiple ? Si vous avez un peu suivi ce Philoctobre2025, et si vous avez lu le 2e épisode, vous commencez peut-être à comprendre que la question de l’être, dans son unité ou sa multiplicité, est assez essentielle dans la philosophie antique. Pour Plotin, l’Être est « un », mais se compose divers degrés continus. C’est-à-dire ? Il y a, selon Plotin, une sorte de hiérarchie dialectique des degrés de l’être : l’être est composé de trois principes, qui émanent l’un de l’autre. Trois principes, à savoir : l’Un, l’Intellect et l’Âme. Chacun des niveaux correspond à un degré d’unité et de perfection décroissant : plus on s’éloigne de l’Un et plus l’être devient multiple, limité et imparfait. Ces différents degrés sont continus, au sens où chaque degré émane du précédent, et cela mène jusqu’au monde sensible. On part du moins sensible, autrement dit du principe même de l’être, l’intelligible pur, jusqu’à atteindre le monde matériel. A. L’Un L’Un, c’est le principe suprême, la source de la réalité ; c’est un principe simple et au-delà de l’être lui-même. En d’autres termes, c’est l’Être suprême duquel provient tous les autres êtres. Pour les penseurs chrétiens de l’Antiquité tardive, ce principe, c’est Dieu (cf. Saint-Augustin, Confessions et Cité de Dieu). Ce principe premier, c’est le principe de la vie, c’est ce à quoi tout aspire ; c’est aussi le principe dont tout tient l’existence. L’Un, ou encore le Bien, c’est le principe tout-puissant qui produit les êtres intelligibles. Principe ineffable et au-delà de l’être, l’Un est ce qui permet même l’être et le non-être. L’Un, c’est le principe Premier qui produit librement et par grâce (cf. Claude Gaudin) les Idées, les pensées, les êtres imparfaits et le non-être (ou tout du moins qui permet la possibilité du non-être). Le principe premier, c’est le principe qui donne l’essence et l’existence aux choses. B. L’Intellect De l’Un émane l’Intellect, ou Noûs (νοῦς) c’est-à-dire la sphère des Idées, le monde intelligible. Ce deuxième degré de l’être trouve quasiment toute son inspiration chez Platon, mais également chez Aristote. L’intellect, c’est la première détermination de l’Être comme Un ; il cesse d’être « un » et devient une certaine forme de multiplicité : cette première détermination est plus riche en tant qu’elle est un principe multiple, mais, en tant qu’elle provient de l’Un, elle est moins parfaite. C’est l’Idée, la pensée, l’être en tant qu’être : on reste dans le domaine de l’intelligible, mais on n’est plus dans ce principe premier qui n’est causé par rien (sinon par lui-même ?). L’Un, en tant que principe parfait et suprême, qui ne vise que et n’aspire qu’à lui-même, puisqu’il est par ailleurs le Bien suprême, engendre l’Intellect qui est ce qui existe de meilleur après lui. Le noûs plotinien inspirera Augustin et les Pères de l’Église en général, qui seront repris par Saint Thomas d’Aquin, pour penser l’intelligence qui ordonne le monde. Ce second principe n’est pas à l’origine de tout, mais seulement d’autres êtres qui lui sont inférieurs, parce que moins parfaits. Le noûs est une sorte de matière intelligible qui porte l’empreinte de l’Un. Toutefois, le noûs n’est réellement lui-même que lorsqu’il se tourne vers et aspire à l’Un. C’est dans cette vision que l’Intellect naît vraiment : « cette vision (ὅρασις) constitue l'Intelligence » (Ennéades, V, 1, §7) nous dit Plotin. L’Intellect est l’image de l’Un en ce qu’il est engendré par l’Un. Ce n’est qu’en se purifiant, en observant ou plutôt en contemplant l’Un en lui, que l’Intellect devient concrètement lui-même. Aussi, en contemplant l’Un, l’Intellect prend conscience de sa nature d’Être ou de Forme. L’intellect, c’est l’Être, c’est la Forme. L’Intellect, c’est ce qu’on appellerait chez Platon l’Idée-forme, c’est-à-dire la forme derrière l’idée, ou plutôt l’idée qui forme l’être sensible. L’Intellect, tout comme l’Un, est quelque chose d’éternel et de multiple, qui rassemble sous une même unité les formes tout en conservant leurs différences. L’Intellect, en un sens, c’est, chez Platon, le modèle que le Démiurge du Timée de Platon imite (et si vous ne comprenez rien, lisez mon post sur la chôra). Si on veut, ce second principe est l’intelligence en général, universelle, qui possède en elle-même les intelligences particulières. C’est également l’intelligence qui se pense elle-même, et c’est dans cette réflexivité que l’Intellect possède ses objets. C. L’Âme L’Intellect, comme l’Un, produit quelque chose : l’Âme. L’Âme émane de l’Intellect. Qu’est-ce donc que l’âme ? L’Âme, c’est ce qui relie le monde intelligible et le monde sensible, c’est le principe qui déploie, dans le temps et la pluralité, le contenu intelligible (c’est-à-dire les Idées) de l’Intellect ; c’est également le principe à travers duquel la vie, la pensée et l’être se manifestent dans la diversité des âmes individuelles, se manifestent dans la diversité de la nature. Ce dernier principe, on l’appelle aussi « âme universelle » ou « âme du monde », et c’est de cette âme universelle que procèdent les âmes particulières. L’Âme universelle, c’est donc elle qui produit la vie : en « leur soufflant un esprit de vie » (Ennéades, V, 2), elle permet aux animaux de vivre – en bref, c’est le principe de la vie. Mais, elle n’est pas qu’un principe de vie : l’Âme, nous dit Plotin, « a donné au ciel sa forme [et] préside à ses révolutions régulières » ; elle permet le mouvement, et ce parce qu’elle est une « puissance intelligente ». L’Âme « gouverne le monde par sa volonté », elle anime toutes les choses particulières. C’est donc elle qui permet d’animer et de faire mouvoir les choses. L’Âme, en grec, c’est ψυχή (psychè), c’est-à-dire le souffle. Aussi, l’Âme universelle, ce troisième degré de l’être, c’est ce souffle qui anime (anima en latin) les choses ; elle se trouve partout, dans tous les corps, elle anime chaque partie – elle « vivifie toutes choses en même temps, en restant toujours entière, indivisible, semblable par son unité et son universalité à l’Intelligence qui l’a engendrée » (Ennéades, V, 2). L’Âme est comme une cire qui peut entrer dans une certaine forme ; la vie sensible et intelligible est remplie d’idée, de corps, etc. L’Âme permet donc, en sommes, le monde sensible, au sens où c’est elle qui lui donne sa vie. Le monde sensible, toutefois, n’émane pas de l’Âme universelle. Le monde sensible, c’est la matière pure, l’éloignement maximal de la source originaire qu’est l’Un. Aussi, le seul moyen qu’ont les choses sensibles pour pleinement être, c’est de se retourner vers l’Un, se purifier en contemplant l’Un. Plus encore, pour l’Intellect et pour l’Âme, ce retour vers l’Un, pour se purifier par la contemplation, c’est nécessaire pour être pleinement principe. En quoi consiste cette purification par contemplation ? II. La purification La purification par contemplation, c’est, pour Plotin, un retour à soi-même, c’est se simplifier, s’unifier pour se rapprocher du principe qui est un et simple, qui est premier. Faire retour à soi, se séparer de tout ce qui est extérieur : l’altérité et la multiplicité des choses extérieures, nous dit Plotin, retiennent notre attention, nous remplissant dans la quotidienneté, nous empêchant de nous concentrer et de tendre vers l’unité et la simplicité qui caractérise le premier principe. Cette purification par contemplation suppose une ascèse de l’âme, il faut se séparer de l’extériorité pour se tourner vers l’intériorité afin de se saisir soi-même dans son unité et sa simplicité. En sommes, on imite le mouvement réflexif de l’Âme vers l’Intellect et de l’Intellect vers l’Un. Cette purification de l’être présuppose la contemplation de l’Un, à partir d’un mouvement de retour à soi qui exige une ascèse, en se séparant de tout ce qui est source de passions et d’opinions. Cette idée de purification de ce qui est corporel pour mieux contempler les Idées, c’est quelque chose qu’on retrouve déjà dans le Banquet et le Phédon de Platon : le corps détourne de la connaissance intelligible. Sans dire qu’il faille écarter les soins du corps, Plotin réélabore la doctrine platonicienne dans le cadre d’une doctrine de purification et d’ascèse (ne satisfaire que les désirs nécessaires) qui permet l’identification au principe. Et c’est par la contemplation de ce principe premier, divin, qu’on parvient à être pleinement ce qu’on est. Afin de ne pas être dans l’erreur, afin de satisfaire le projet de l’âme, il faut accepter son mouvement et tendre vers l’illumination intérieure, et pour cela, il faut contempler l’Un, se séparer du corporel, se ressaisir dans son unité et sa simplicité. Pour entendre l’être, il faut donc voir d’abord le mouvement des émanations, le sens décroissant de l’être : de l’Un à l’Âme ; mais il faut également observer le second mouvement : le mouvement ascensionnel. Et c’est dans cette ascension que l’être inférieur se purifie pour attein

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