2. L’Éclopé a des responsabilités « Attends. Tu plaisantes ? Il t’a sérieusement - Qwice

2. L’Éclopé a des responsabilités « Attends. Tu plaisantes ? Il t’a sérieusement nommé CHEF PAR INTÉRIM ? - Eh oui, haha, que veux-tu, c’est l’enfance de l’art ! » L’Atout bouill

Organisation de l'Ombre - Qwice 2026

2. L’Éclopé a des responsabilités « Attends. Tu plaisantes ? Il t’a sérieusement nommé CHEF PAR INTÉRIM ? - Eh oui, haha, que veux-tu, c’est l’enfance de l’art ! » L’Atout bouillait de rage. Elle n’avait jamais porté l’Éclopé dans son cœur, et celui-ci, alors qu’il avait laissé Corentin échapper à l’Organisation, venait d’être nommé chef par intérim. Leur premier contact s’était fait lors de l’enlèvement d’Alice Corail. L’Atout était parvenue à attirer la chanteuse, sous un faux prétexte, dans le château écossais de Fergus Mac Rocosm, situé sur le Loch Attair, et avait convaincu la célébrité d’y donner un concert au nom de sa société, Oxygen. Sur le chemin qui l’avait menée en Écosse, Alys, accompagnée d’une amie policière et de son producteur, avait sans le savoir été suivie par deux membres de l’Organisation, l’Éclopé et le Borgne. Ce dernier avait tenté d’assassiner le producteur, mais, démasqué par le célèbre détective privé Berlock Tommes, avait ensuite été abandonné par son comparse. L’homme à la jambe de bois n’était pas un simple sous-fifre. Il n’avait jusque-là vu l’Atout que de loin, et dans le seul dialogue qu’il ait eu avec celle qui était réputée être le meilleur agent de l’Organisation, elle ne les avait pas ménagés, son comparse borgne et lui. Mais d’un seul coup il avait eu une occasion d’être sous les projecteurs. Déguisé en ingénieur du son, il était parvenu à capturer Alys, avec l’Atout à ses côtés. Favorablement impressionné par les capacités du garçon, le Chef d’Orchestre, qui tenait à lui seul toute la structure de l’Organisation, avait décidé d’en faire son bras droit, alors qu’il laissait définitivement de côté la majeure partie de l’univers d’Alice Corail. Pour l’Atout, très peu de temps s’était passé - quelques jours à peine avant les « retrouvailles ». Dès le début, ses relations avec son collègues avaient été déplaisantes. « Ah, salut l’Atout ! » avait-il dit. « On dirait que c’est moi qui ai le vent en poupe, maintenant ! J’imagine que le Chef d’Orchestre compte te reléguer au café et à la photocopieuse !! - Ne me tente pas de préparer un café pour te le renverser sur la tête », avait-elle rétorqué. Depuis lors, elle n’avait pas manqué une seule occasion de le dégommer verbalement. C’était devenu son petit plaisir. Alors on peut comprendre qu’apprendre que le Chef d’Orchestre avait décidé de lui confier une responsabilité supplémentaire en dépit d’un échec flagrant ne lui avait pas spécialement fait plaisir. Malheureusement, il en allait ainsi du Chef d’Orchestre : il ne s’occupait personnellement que des projets prioritaires, et finissait toujours par déléguer lorsqu’il estimait qu’il y avait plus urgent ailleurs. Peut-être aussi avait-il délégué pour travailler sur un autre aspect du projet. Celui que ses employés appelaient souvent Maestro était un homme imprévisible, dont les intentions réelles demeuraient la plupart du temps nimbées de mystère. « Bon, et alors, qu’est-ce que tu vas faire, monsieur le chef ? - Nous avons déjà convaincu plusieurs membres de Qwice de rejoindre nos rangs, et je crois que ce chantier doit être poursuivi. - Ouais enfin ça c’est assez évident. Autre chose ? - Il faut qu’on ait un air sympathique. Notre compte-écran sert à diffuser une BD où on est un peu clownesques, un peu gauches, d’accord ? - Enfin, note bien que tu n’as pas besoin de cette BD pour effectivement être complètement clownesque et gauche. - Toujours le mot pour rire, hein l’Atout ! - Arrête de vivre dans le monde des Bisounours, l’estropié. Je suis très sérieuse. » L’Éclopé fronça les sourcils. Il aurait vraiment aimé s’imposer auprès de l’Atout, faire valoir ses qualités de leader, mais, forte tête, Célia ne l’écoutait tout simplement pas, et ajoutait des insultes à l’affront. « Mon idée, ma chère collègue, est très simple. En parallèle du recrutement, nous allons également engager une mascotte. » Et il se tourna la tête haute, fier comme un paon de sa trouvaille, laissant l’Atout sans voix et médusée. « J’ai mené mes recherches sur l’Organisation. » Éric Antony, de nouveau face à Thomas et Corentin, avait un air circonspect. « Je ne sais pas trop quoi vous dire. J’ai trouvé un très vieux site web, qui semble en rapport, mais ce qu’on y lit est absurde. On dirait une histoire créée par un collégien. En creusant, j’ai retrouvé une variation plus récente du même récit - il ne faut pas être sorcier pour comprendre que c’est le même auteur. - Et donc ? - Et donc, Thomas, si on recoupe les sources, l’Organisation de l’Ombre trouverait son origine dans un monde créé de toutes pièces, peuplé de lettres de l’alphabet anthropomorphes. - Attendez », intervint Corentin, « ça voudrait dire qu’il existerait plusieurs mondes ? - Oh, eh, doucement. J’ai pas dit ça. Ce qui est indéniable, c’est qu’on retrouve le groupe en 2019 dans une bande dessinée intitulée “Aventures en Voiture”, dans laquelle ils s’en prennent à un personnage fictif. Et très clairement, leur bande dessinée actuelle, “L’Organisation prend le Contrôle”, y fait référence. - Donc quand la science-fiction parle de multivers, ça existe. - Dîtes, vous croyez tout ce que vous lisez ? Moi ce que je vois c’est un groupe criminel qui sème la confusion avec des pixel-arts. Est-ce que vous avez l’IP de leur compte ? On pourrait commencer par là. - Oui, mais pour des raisons déontologiques nous refusons de vous la donner. - Attendez, vous voulez sauver Bruno Leralu, oui ou non ? - Ça ne sert à rien de tracer l’IP, de toute façon », ajouta Thomas, « ils sont sous VPN. Je peux bien vous dire que leur connexion est au Monténégro, c’est assez évident qu’ils n’y sont pas physiquement. - Voudriez-vous me remontrer leur bande dessinée ? » Thomas tendit la tablette au détective, qui commença à lire la bande dessinée dans son ordre de parution. Et si la plupart des pages étaient franchement pensées pour faire rire, lui, Éric Antony, les lisait sourcils froncés. Il savait que derrière la blague se cachait une affaire d’une complexité abyssale. Et soudain il pâlit. « Qu’est-ce qui se passe, détective ? », s’enquit Thomas. « Vous êtes tout blanc ! - Notre… notre conversation… - Eh bien quoi, notre conversation ? - Regardez vous-même ! » Thomas, à l’invitation du détective, reprit la tablette. Et ce qu’il y vit le sidéra. La conversation qu’ils étaient en train d’avoir était reprise dans la bande dessinée. Quasiment mot pour mot. « Et voilà notre mascotte ! - Tu pourrais éviter d’avoir un air aussi ravi ? Explique-moi d’où sort ce gros truc jaune. » Il était difficile de donner tort à l’Atout. La mascotte qui se trouvait aux côtés de l’Éclopé semblait issue d’une autre époque, d’une ère kitsch où l’on n’avait pas peur du ridicule, bref des années 80. « Bonjour, moi c’est Groquik ! - … je laisse tomber. Débrouille-toi tout seul, “chef”. » Laissant en plan son interlocuteur à la jambe unique, l’Atout décida qu’il était peut-être temps de faire quelque chose de constructif. Bruno Leralu attendait. Depuis plusieurs jours, celui qui avait tant donné de sa personne pour le réseau social Qwice était enfermé. Les conditions de sa détention n’étaient pas des plus agréables ; mais enfin, on avait déjà vu pire. Un lit de camp avait été dressé dans un vieux bureau, qui avait été sommairement nettoyé de sa poussière. Un téléphone fixe permettait de commander à manger. Et il n’avait qu’à sortir dans le couloir pour trouver des toilettes d’entreprise. Il n’était pas enfermé dans une seule pièce. En fait, il était enfermé dans un étage d’une plus grande structure. Il n’avait même pas de raison de s’ennuyer, car l’étage en question était pourvu d’une belle bibliothèque et de postes de télévision. Il n’y avait cependant pas de Playstation 5, car c’est dans les prisons que l’on trouve ce type de confort, pas en entreprise. Sa porte s’ouvrit. C’était l’Atout. « Vous nous excuserez pour les conditions de votre détention. Habituellement, l’Organisation a de meilleurs moyens à sa disposition. Mais voyez-vous, nous nous attaquons à votre monde sans aucun budget. - Comment ça, sans budget ? J’ai l’impression que vous y mettez les moyens, au contraire. - C’est beaucoup plus compliqué que ça. Enfin bref. Je vais vous expliquer pourquoi vous feriez bien de collaborer avec nous. - Je ne compte pas accepter aussi facilement. Vous m’avez enlevé, ce n’est pas franchement très sympa. - Ce n’est pourtant pas ce qu’il s’est passé dans la dernière itération de ce récit. - … Pardon ? » L’Atout esquissa un léger sourire. Elle savait généralement se montrer persuasive. Ce qu’elle venait de dire fit hausser un sourcil à son interlocuteur. Elle semblait savoir quelque chose… mais quoi au juste ? Bruno décida d’écouter avec plus d’attention ce que l’Atout avait à lui dire. Au même moment, l’ancienne mascotte de Nesquik confrontait l’Éclopé. « Bon, faut qu’on parle, l’éclopé. - Eeh ? Attends, tu es au courant qu’il y a une majuscule à Éclopé, au moins ? - Pas la dernière fois qu’on s’est vus, non. » L’Éclopé détailla son interlocuteur. En-dessous du costume grotesque, il y avait quelqu’un qu’il connaissait. À la réflexion, ce devait être quelqu’un de l’Organisation. Il n’y avait aucune probabilité que d’autres anciennes connaissances aient eu la capacité de changer de Réalité comme ils l’avaient fait tant de fois, le Chef d

Image
Animation