⚠️ Ne voyez aucun lien entre mon présent post et l'actualité. Ce récit est purement fictif, et a pris place dans mon esprit il y a plusieurs années. ⚠️ Il y a quelques années, j'écrivais énormément. J'avais construit tout un lore autour d'un personnage que j'avais créé. Par nostalgie, j'ai envie de vous partager un texte décrivant un épisode de son adolescence. Avant toute chose, voici le contexte : il s'agit d'un personnage atteint d'un trouble de la personnalité antisociale (autrefois appelé sociopathie), et ayant grandi au sein d'une secte d'élites à la conception atypique du bien et du mal. Exposé très tôt à une telle idéologie qui manipule et inverse les valeurs, il a donc développé cette pathologie, et un goût pour le danger. Sur ce, je vous laisse avec ce fragment de son histoire. --------------------- 𝙋𝙔𝙍𝙊𝙈𝘼𝙉𝙀 | 2007, Denver. Il avait toujours été en proie à de folles envies d'outrage, couplées à un goût prononcé pour le danger ainsi que pour les sensations fortes qui en découlaient. La peur ne faisant guère partie de son éventail d'émotions, déjà bien limité, son tempérament impulsif ne se voyait que très rarement freiné. Depuis quelques années, cela prenait une place démesurée en lui. Il parvenait d'ailleurs à combler cette gourmandise dévorante, puisqu'on lui accordait une impunité totale et presque sacrée. Il faisait partie des plus privilégiés parmi les privilégiés. Cependant, une chose manquait à l'appel, et c'était celle qui faisait toute la différence selon l'adolescent : la grandeur. Si le dieu des infidèles existait, il saurait à quel point l'adolescent ressemblait à un drogué face à sa drogue lorsqu'il s'agissait de celle-ci. Elle lui était absolument euphorisante, lui faisait palpiter le muscle vital qu'il entendait tambouriner avec fureur dans sa cage thoracique, les yeux écarquillés devant chaque scène qui en offrait la promesse. Il voulait l'allier à ses deux premiers désirs. Laissant chuter son sac de cours, devenu bien trop encombrant au vu de l'heureux événement à venir, Hayden leva les yeux vers le portail scellé de ce vieux parc d'attractions laissé à l'abandon depuis une bonne dizaine d'années. Le lieu était devenu la destination de passionnés d'urbex, et parfois le repère de squatteurs en tout genre. Mais aujourd'hui, tout était désert. Le terrain, dont certains éléments s'élevaient jusqu'au ciel, était vaste. Son allure avait conservé une candeur d'antan qui, mariée aux aléas du temps, était devenue lugubre et malsaine, digne d'un film d'épouvante. Inutile de préciser que cela plaisait fortement à Hayden. Il s'était procuré un bidon d'essence que sa bonne lui avait donné à sa simple demande. Tout pouvait aisément se retrouver entre ses mains de mineur, de la pornographie aux objets plus dangereux comme des armes blanches. Même les drogues dures faisaient partie du lot, bien que David, son père et maître spirituel, estimait que ces choses étaient néfastes pour les neurones, rendant écervelé. Après avoir escaladé la muraille métallique qui se dressait sur son chemin, il atterrit accroupi, une main posée au sol, dans ce lieu qui semblait n'attendre que sa venue. Puis, se pavanant aussi fièrement qu'un roi, un sourire étiré jusqu'aux oreilles, l'Américain se dirigea vers la première attraction qui attira son attention par son esthétique baroque : le carrousel. Tournant autour de celui-ci tel un requin affamé autour de sa proie, il réfléchissait au cheval de bois par lequel il allait commencer, conscient qu'une simple allumette suffirait. Lorsque le verdict tomba, il déposa le récipient en plastique à terre et sortit de sa poche une petite boîte en carton. Très rapidement, le premier siège s'embrasa sous le regard captivé et émerveillé du brun, qui contemplait le premier coup de pinceau sur sa toile immaculée. Tous, un par un, y passèrent. Les flammes grandirent, s'éparpillèrent, envahirent toute la structure autrefois destinée à faire rêver les plus petits. Il s'était déjà amusé avec un briquet, incendiant divers objets pour les regarder se consumer, le doux crépitement parvenant jusqu'à ses oreilles. Mais, bien que fascinantes, ces scènes lui semblaient désormais trop paisibles. Elles avaient fini par faire naître en lui un profond ennui. Ici, sous ses yeux, trônait quelque chose de bien plus grandiose. Quelque chose qui stimulait son excitation de plus belle. Il en voulait davantage. Soudain, alors qu'il tournait les talons pour s'attaquer à une autre attraction, un fracas assourdissant gronda derrière lui. L'onde de choc fut telle que les arbres alentour s'en retournèrent, chassant les oiseaux qui s'y nichaient paisiblement. Dans le feu de l'action, le brun se retourna. Un torrent de chaleur frappa les lignes de son visage extatique, remontant jusqu'au sommet de sa chevelure battue par le vent. Le manège venait d'exploser. L'adolescent eut l'impression d'être un soldat sur un champ de bataille, observant la scène, les pupilles dilatées. C'était absolument incroyable. En deux heures à peine, l'intégralité du parc sombra sous la démence des flammes : montagnes russes figées et déformées, grande roue surplombant le terrain comme un trône offert au feu, et bien d'autres structures connaissant le même tragique destin. Douce anarchie. Marchant au beau milieu de cet enfer incandescent, riant à pleins poumons sous l'emprise d'une euphorie dévastatrice qui avait pris le contrôle de tout son être, Hayden n'était plus qu'un point dérisoire au cœur d'une immensité déchaînée dont il était l'artiste. Le seul. L'unique. Il venait d'accomplir un dessein.