Amis lecteurs, je vais aborder un sujet susceptible de faire couler beaucoup d’encre. Si je vous parle de cet objet fin, pouvant être fait de multiples matériaux, qu’on laisse dépasser le plus souvent entre les deux pages d’un ouvrage, afin de pouvoir reprendre rapidement sa lecture... oui, vous avez compris : il s’agit du marque-page ! Des recherches récentes ont montré que le plus ancien marque-page conservé de nos jours date du VIe siècle apr. J. C.... ...Découvert sous les ruines du monastère Apa Jeremiah (Saint Jérémie), à Sakkara, en Égypte, il laisse à penser que les premiers marque-pages auraient été inventés précisément par des moines. L’étude de leur invention a mis en lumière le rôle central joué par les monastères dans leur développement et leur diffusion. Copiant et étudiant de nombreux textes, les moines étaient confrontés à la nécessité de parcourir efficacement de gros volumes et de pouvoir revenir facilement à certaines rubriques, ce qui a donné naissance aux marque-pages. En Europe, son origine remonte au Moyen Âge. Sous une apparence anodine, cet outil se révèle être un reflet de l’histoire culturelle et artistique des époques qu’il a traversées. À l’origine, il s’agissait de rubans attachés ou d’inserts en cuir décorés. Tout au long de l’époque médiévale, les marque-pages étaient généralement fabriqués d’une petite bande en parchemin, ou d’un morceau d’une cordelette, et attachés au bord de la page. Puis, à partir du XVIe siècle, avec l’arrivée de l’imprimerie, le marque-page s’est diversifié. Papier, tissu, bois, carton, métal précieux, plume, cuir, verre... de toutes formes et de toutes couleurs, le marque-page fait son possible pour faire bonne impression ! Héritage durable, le marque-page raconte une histoire, marque son époque et témoigne de passions. Il symbolise l’amour pour les mots, pour les histoires et pour les livres. Reflet d’une époque ou de la personnalité du lecteur, modèle rare et précieux, en édition limitée ou publicitaire, le marque-page reste toujours à l’avant-(page de) garde et nous promet de belles heures de rêveries. Je ne peux clore ce chapitre sans parler de ceux qui en ont fait une passion et qui collectionnent ces vecteurs de culture et d'art : les signopaginophiles. Loin d’être ringards, ces collectionneurs sont, bien au contraire, à la page. Leur quête de pièces rares et historiques est un véritable défi de fins connaisseurs. Alors, avant de tourner la page de cette publication, ayons une pensée pour ces témoins silencieux de l’évolution de la lecture à travers les âges. Leur histoire est intimement liée à celle du livre et elle nous permet de prendre le contre-pied (de page, bien sûr !) de certains clichés : “Chaque lecture est un acte de résistance. Une lecture bien menée sauve de tout, y compris de soi-même.” Daniel Pennac.