Comme je l'avais dit dans un ancien post, ma spécialité première, ce sont les armes à feu, les munitions, la balistique terminale et la mécanique de précision — un métier que je n'ai malheureusement jamais pu exercer en raison d’un traitement médicamenteux qui m’en a empêché. Mais il existe un autre domaine qui m’a toujours fasciné, bien qu’il soit à l’opposé de mon domaine initial : la cuisine. Ce qui est assez drôle, c’est que certaines scènes de films, censées dégoûter ou couper l’appétit, ont chez moi l’effet totalement inverse. Par exemple, dans le film La Plateforme, la scène d’introduction où un gigantesque plateau de nourriture descend d’étage en étage de façon surnaturelle m’ouvre littéralement l’appétit. Même la scène culte du film Le Sens de la vie des Monty Python, où Monsieur Créosote, incarné par Terry Jones, explose après avoir trop mangé — sans doute une des scènes les plus drôles jamais réalisées, qu’il faut avoir vue au moins une fois dans sa vie — parvient encore à me donner faim, surtout au moment où le serveur, interprété par John Cleese, décrit les plats avec flegme. Et ce n’est pas isolé : toutes les scènes comiques de films se déroulant dans des cuisines ou des restaurants, même lorsqu’elles sont volontairement exagérées ou dégoûtantes, déclenchent chez moi une sorte de fascination culinaire. Que ce soit Le Professeur Foldingue, Madame Doubtfire, Les Blues Brothers, Mafia Blues 2, etc., toutes ces scènes ont ce pouvoir étrange : elles me mettent en appétit. Peu à peu, cela m’a amené à me rendre compte que j’avais une véritable fascination pour les métiers de la cuisine. J’admire profondément les cuisiniers et leur capacité à jongler avec des dizaines de plats, des préparations multiples, des cuissons précises, dans un stress constant. Et, de façon inattendue, j’ai remarqué que j’avais certaines aptitudes dans ce domaine. Bien entendu, je ne me prends pas pour un chef, mais en tant que commis ou aide de cuisine, je suis capable de m’en sortir correctement. Il est d’ailleurs possible que je m’oriente vers un poste dans ce secteur, à temps partiel, probablement autour de 30 %, puisque je ne suis pas autorisé à travailler davantage à cause de ma situation AI/AVS. Peut-être comme aide en cuisine ou employé dans la restauration système. Je discute souvent de tout cela avec mon oncle, qui a été cuisinier dans une garderie à la Bourdonnette. On a souvent parlé de l’émission Cauchemar en cuisine, et de tous ces cas de personnes qui ont ouvert un restaurant sans aucune formation culinaire. Certains étaient vendeurs de voitures, d’autres fleuristes… Et pourtant, ils se sont lancés dans la restauration. Pour mon oncle, c’est inconcevable. Il m’a dit à plusieurs reprises qu’on ne peut pas s’improviser cuisinier, ouvrir un restaurant, et s’imaginer gérer une carte entière, les stocks, la comptabilité, l’organisation du service, l’hygiène, tout ça… à deux ou même seul ! Quand on voit certaines cartes avec des dizaines de plats, à base de poissons, de viandes, de légumes, etc., dans des restaurants qui n’ont que peu de clientèle, on se dit que ces gens-là sont quasiment suicidaires. Dans certaines villes, il y a tout simplement trop de restaurants par habitant. Et pourtant, certains continuent d’investir, sans vision à long terme. Mais revenons aux plats : rien qu’en voyant la quantité d’aliments différents proposés, un contrôleur d’hygiène n’a même pas besoin d’entrer dans le restaurant pour deviner qu’il y a des produits périmés ou brûlés par le froid dans les frigos. D’après plusieurs témoignages, les contrôleurs peuvent parfois dresser un PV sans même effectuer un vrai contrôle, simplement en consultant le menu. Et quand ils entrent dans les cuisines, c’est parfois encore pire que prévu. Mais il n’y a pas que l’amateurisme et le manque de formation. Même dans des restaurants réputés, avec des cuisiniers hautement qualifiés, en Suisse, les choses peuvent déraper de manière complètement délirante. Et c’est là qu’on touche à un autre niveau de réalité : tous les incidents que je vais mentionner ont eu lieu en Suisse, ce pays que le reste du monde perçoit comme calme, propre, organisé, raisonnable. Et pourtant... chez nous aussi, il y a de vrais tarés. Voici quelques exemples que j’ai entendus, venant de restaurants bien réels, chez nous, en Suisse : des bagarres violentes entre cuisiniers en pleine cuisine ; des commis frappés par leurs chefs ; des femmes commis harcelées ou touchées par des chefs de cuisine ; des apprentis maltraités verbalement ou physiquement par des supérieurs hiérarchiques. Mais ce n’est pas tout. Il y a eu un cas où un cuisinier a annoncé qu’il allait rentrer chez lui chercher son Fass 57 pour "accueillir" un contrôleur d’hygiène, en précisant qu’il n’avait rien à perdre. Il a fallu une intervention du DARD. Un autre a transpercé la main de son collègue avec un ustensile. Certains cuisiniers ont craché dans les plats, voire fait pire. Un client furieux, qui n’avait pas aimé son plat, est entré dans la cuisine, et s’est retrouvé braqué par un cuisinier armé d’un fusil juxtaposé, calibre 16 selon les dires. Et dans un autre cas, la voiture d’un contrôleur d’hygiène a été criblée de balles de .22 long rifle sur le pare-brise par une carabine semi-automatique Anschutz 520, probablement tirées par un restaurateur furieux après un contrôle. On ne sait pas ce qui s’est passé ensuite… Et bien sûr, il y a aussi l’envers du décor : la consommation de substances. Beaucoup de cuisiniers sont sous alcool, cocaïne ou amphétamines pour tenir le rythme. Et les chefs le savent. Ils ferment les yeux. Et ça finit par déraper : dépendance, épuisement, et parfois la mort. Encore une fois, tout cela ne vient pas d’un pays en guerre, ni d’un quartier mal famé, mais bien de restaurants suisses, y compris un établissement très connu dans le canton de Vaud, et un autre à Lausanne, tout près de chez moi. Et ce n’est pas fini. En Suisse, le service militaire est obligatoire, et beaucoup de cuisiniers ont commencé dans les cuisines de l’armée, souvent avec des grades de sous-officiers ou d’officiers. Ils ont gardé une mentalité militaire autoritaire, parfois brutale, dans le civil. Et même si on aime croire que la Suisse est calme et disciplinée, la réalité est plus sombre qu’il n’y paraît. Pourtant, la majorité des cuisiniers suisses passent par un apprentissage structuré de trois ans, débouchant sur un CFC en cuisine (équivalent du baccalauréat professionnel en France obtenu en alternance). Mais même dans ce cadre réglementé, il y a eu des problèmes graves. Des jeunes apprentis ont été humiliés, harcelés, frappés. Des commissaires d’apprentissage ont dû intervenir à plusieurs reprises pour sanctionner des abus. Certains chefs ont été traduits en justice, ont reçu de lourdes amendes, et ont été interdits d’engager ou de former de nouveaux apprentis. Je peux aussi vous parler d’un cas où un chef, censé reprendre la brigade dans chef très connu étoilé partant à la retraite, s’est suicidé. Là où je veux en venir, c’est que ce métier me passionne sincèrement : pour le dressage des plats, pour le savoir-faire, pour l’artisanat culinaire qu’il représente. Mais en même temps, il me fait peur. Il m’attire autant qu’il m’angoisse, car je sais désormais ce qu’il peut cacher : un univers dur, brutal, intense, imprévisible, et parfois même dangereux — même ici, en Suisse, pays de paix paix et de parlementarisme peuvent virer au conflit brutal et souvent violent.