Chapitre 12 🌱 Musique d'ambiance : https://youtu.be/xWabubL2LLs Assise sur une vieille balançoire qui grince au moindre mouvement, Lumi observe le parc de son enfance, abandonné depuis le temps. La jeune fille venait ici avec ses parents, elle pouvait y trouver quelques enfants avec qui jouer et rigoler. C'est étrange de voir ce lieu vide aujourd'hui, certainement squatté par des dealers ou drogués la nuit. Lumi ressent un malaise, à l'exception d'un cheval à bascule vandalisé et quelques graffitis, quelque chose semble avoir changé, elle ignore encore quoi. Perdue dans ses pensées, la recluse s'éveille lorsqu'un portillon rouillé crisse à son ouverture et elle aperçoit l'arrivée d'Ambre. Elle saute immédiatement sur ses deux pieds et part à sa rencontre en agitant son bras. — Hey Ambriche, t'es là ! — Hello, je suis arrivée un peu en retard, s'excuse-t-elle platement. — Ça va, dix minutes c'est pas en retard, une heure c'est en retard. — Tu as tendance à arriver en retard, c'est ça ? — Non, c'est l'inverse même, je déteste arriver en retard. — Une raison ? questionne hasardeusement Ambre en posant son sac près d'un tronc qui sert de banc. — Bof, j'sais pas, des trucs j'imagine, rétorque son interlocutrice en tournant le buste de gauche à droite. Par cette discussion, à première vue sans intérêt, Ambre sort son vieux classeur de son sac. Elle y rangeait ses notes, ses pièces de théâtre et bien d'autres choses. Ça fait longtemps qu'elle n'y a plus touché d'ailleurs, revoir ses petits dessins sur la technologie lui fait étrange. En cédant ce classeur à sa camarade, cette dernière montre beaucoup d'enthousiasme en feuilletant ces vieilles pièces de théâtre. En réalité, la noiraude était plus intriguée par ses petits dessins mignons sur les feuilles. Pendant qu'Ambre part regarder quelque chose dans son sac, Lumi tombe sur une page avec une photo attachée dessus par un trombone. (Illustration n°1) Elle croit reconnaître Ambre, avec des cheveux plus longs et une tenue plus extravagante. C'est étrange, elle a beaucoup changé, elle avait l'air plus pétillante auparavant. D'ailleurs, pourquoi a-t-elle autant coupé ses cheveux ? Ils étaient plutôt magnifiques. Sur l'image, deux autres filles l'accompagnent, des amies certainement. Il y a du texte en bas, semblable à une espèce de journal intime de la sortie qu'elles ont faite le jour où elles ont pris la photo. Si c'est Ambre qui l'a écrit, alors le langage employé semble très différent de celui de la personne réservée et calme qu'elle incarne aujourd'hui. Lumi remarque une date de naissance, en lisant en diagonale, mais sa camarade revient voir où ça en est, alors elle se met soudainement à changer de page. — Tu as choisi une pièce ? questionne Ambre. — Euh, oui, celui-là , dit-elle en choisissant au hasard. — "L'amaryllis de mon coeur", il est plutôt simple celui-là . Lumi acquiesce, mais cache son anxiété. Il n'y avait aucune raison d'agir de cette manière, mais la noiraude avait l'impression qu'elle faisait une bêtise. Quant à son interlocutrice, cette dernière extrait la feuille et le lit rapidement pour se rappeler ce qu'il en était. Elle fronce des sourcils, ce n'est pas la meilleure pièce de théâtre qu'elle aurait voulu revoir, mais elle est là pour faire un cours d'élocution seulement. Après avoir posé le classeur sur le banc, la blondinette commence les explications en tendant la feuille à son élève pour cette journée. — Il faut savoir que dans le théâtre, c'est très important que le public te comprenne. Alors on apprend à articuler chaque mot et à parler assez fort pour être compris. — Un peu comme Google trad' ? — Google trad' ? répète Ambre interrogative. — Google traduction, tu vois ? — Euh oui, si tu veux. Tu dois parler comme Google Traduction. Au début, il faudra parler de manière monotone, en articulant chaque syllabe, explique-t-elle avec ses mains. Puis petit à petit, tu peux commencer à lire plus vite et à apprendre à mettre de l'intonation dans les mots. — Je pense que je vais faire la première étape pour commencer, répond Lumi en se grattant la tête, nerveuse. — Oui, oui, on prend le temps avec la première étape. Alors je te laisse lire. — Okeoke, Qulbutoke. Appliquée, la noiraude commence à lire le texte à voix haute. De temps en temps, Ambre vient corriger certaines prononciations ou lui donne des conseils pour certaines phrases, mais le reste du temps, elle se contente de l'écouter. Agacée par les rayons du soleil, Lumi décide de se mettre dos à lui et recommence plusieurs fois sa lecture. Sa camarade croise les bras, attendant que la journée se termine, toujours tiraillée par le même dilemme qui la hante depuis quelque temps. Il faudra plusieurs minutes pour que la noiraude réussisse à lire le texte, sans buter sur un mot ou bégayer, ce n'est pas parfait, mais c'est correct pour une débutante. Fière, Lumi sautille d'enthousiasme. — Je me débrouille bien, non ? D'habitude, j'arrive pas à lire sans coincer sur un mot. Tu penses que j'arriverai à parler sans bégayer ou me tromper dans les mots ? — Oui je pense, tout est une question d'exercice, explique Ambre en haussant les épaules. Dans notre groupe, on avait quelqu'un qui bégayait beaucoup et au bout de quelques exercices, il arrivait à s'exprimer sans bafouiller. — Hein ? Comment il faisait ? C'est quoi cette sorcellerie ? s'exclame Lumi en s'approchant d'Ambre sur un ton dramatique. — J-Je crois qu'il a dû apprendre à parler plus lentement de mes souvenirs, rétorque la blondinette en reculant. — Oh, je savais pas qu'il me suffisait de parler plus lentement. Je devrai faire ça alors. La recluse regarde sa feuille de théâtre. Les textes ne sont pas du tout compliqués et elle a appris à les lire sans bégayer. Alors l'adolescente lève la tête vers son interlocutrice, avec un sourire crispé. — Hum... Je pourrai essayer de faire la pièce ? — Hein ? — On pourrait essayer de faire cette pièce ? Elle m'a pas l'air compliquée. Je veux voir comment ça fonctionne, j'aimerai être une actrice même si je risque d'être la pire actrice possible, je veux voir comment ça se fait ! Ambre ne s'attendait pas à ce petit service, elle crispe son sourire de nervosité et ne veut pas refuser pour ne pas contrariée sa camarade. — On peut, mais tu veux pas une autre pièce ? demande-t-elle. — Non, non, celle-là , c'est celui que j'ai appris à bien lire. — Très bien, on peut faire avec celle-là alors. — Youpi, youpi ! Alors je fais Dolorès et toi Romain ok ? — Ok, pas de souci, j'aimerai juste lire pour me rappeler un peu du texte ? — Oui, oui, tiens ! s'exécute Lumi en lui tendant le script. D'un coup d'oeil, Ambre lit ce texte, replongée dans le passé. Elle n'a pas interprété cette pièce, mais a dû l'apprendre. Alors, la parisienne essaye de se concentrer, en mémorisant ce qu'il y avait à savoir pour le protagoniste du nom de Romain. Les yeux fermés, elle se remémore certains détails par rapport à ce personnage et tend le script à Lumi. — C'est bon. — Ok, ok ! Je m'entraîne encore et je te dis quand on peut commencer ! Concentrée, Lumi relit encore ses phrases plusieurs fois, mettant parfois ou non de l'émotion, sous la supervision de la parisienne qui l'écoute de moins en moins. Cette dernière se perd dans ses pensées, elle se trouve dans une situation assez désagréable, Dieu sait combien elle aurait voulu que les choses se déroulent autrement. À cet instant, Ambre se sent presque noyée dans ses pensées sombres. — Je ressens la douleur de ces années passées, mais je sens aussi une lueur d'espoir dans tes mots. J'espère sincèrement que tu as trouvé la clarté et la sagesse dans ce voyage intérieur. — Hein ? — Oui ? J'ai dit un truc qui fallait pas ? — Ah non, désolée, je pensais que tu parlais à moi, s'excuse Ambre avec un sourire nerveux. — Non, non, je lisais mon texte, désolée ! Mais c'est bon, je crois qu'on peut commencer, je suis archi-prête ! Ambre fait des exercices de respiration pour faire le vide dans son esprit. Elle n'est plus Ambre, elle est Romain, un grand-frère jaloux par la réussite de sa soeur, ayant été jusqu'à la rabaisser pour rendre son quotidien dur. Après des années, le jeune homme s'excuse sous les poids des remords, en face de celle qu'il a tourmenté quelques années auparavant, dans le jardin de leur enfance. Dans un silence, sous un ciel orange et rose, la blondinette prend une inspiration. — Oh, ma sœur bien-aimée, s'exclame-t-elle d'une voix forte et concise, je me tiens devant toi aujourd'hui, humblement, pour te demander pardon. Pardon pour toutes les blessures que j'ai infligées à ton cœur, pour tous les mots durs et cruels qui ont jailli de mes lèvres sans réfléchir. Lumi écarquille des yeux, à cet instant, son interlocutrice dégage une aura différente, ses paroles lui font gagner beaucoup de charisme et elle en oublie presque de lire son texte. En essayant de répliquer son texte avec la même prestance que sa partenaire, la recluse hausse la voix avec la feuille juste devant elle : — Romain, mon cher frère, tes paroles touchent les fibres les plus profondes de mon être. Je t'écoute avec tout mon cœur. Avec des précisions sur la manière dont le texte est dit, la noiraude ne brille pas par son jeu d'acteur, mais fait de son mieux po