Bienvenus dans Les Folles anecdotes du taff Aujourd'hui, on s'intéresse au sujet "Une amitié sans limite". Bonne lecture et à vos votes pour le prochain sujet ! Une amitié sans limite : Un des dossiers les plus farfelus qui m’ait été donné de traiter est celui d’un monsieur que nous appellerons Jérèmy. Jérèmy a attendu d’avoir 67 ans pour demander sa retraite ; c’est déjà assez rare pour être mentionné. Je commence à renseigner le dossier : nom, prénom, date de naissance, adresse, et numéro de sécurité sociale. Mais je ne parviens pas à valider cette première étape, qui ne devrait pourtant poser aucun problème particulier. Je pense alors que Jérèmy a mal renseigné son numéro de sécurité sociale et je récupère une attestation pour en avoir le cœur net. Et non : Jérèmy avait correctement indiqué son numéro, mais celui-ci était déjà attribué à un autre dossier. C’est là que l’enquête commence. Jérèmy avait-il déjà demandé sa retraite ? Un tiers avait-il usurpé son numéro de sécurité sociale ? Hum… Un autre élément attire mon attention : Jérèmy a é-nor-mé-ment de trimestres. Quelque chose comme plus de deux cents trimestres — il aurait donc travaillé sans interruption de ses 17 à ses 67 ans. Je déroule la carrière et je vois qu’il avait déjà près de 40 trimestres à une vingtaine d’années. C’est tout simplement impossible. Je remonte les informations à la CARSAT qui, sans se poser de questions, avait validé les trimestres de Jérèmy. Je lui demande alors tous les documents pouvant justifier de son activité salariée depuis le début de sa carrière. Quelques semaines plus tard, je reçois un très gros paquet de documents (informatisés, hein !) que je commence à éplucher. Il y a effectivement des trous dans la carrière de Jérèmy. Pour essayer de mettre sa retraite en paiement dans les plus brefs délais, je réussis à déclencher un paiement provisoire sur la base des fiches de paie qu’il nous a transmises. J’oublie cette histoire, et quelques mois plus tard, le dossier revient pour son paiement définitif… avec beaucoup moins de trimestres que prévu. J’ai su le fin mot de l’histoire peu de temps après : Jérèmy avait "prêté" son numéro de sécurité sociale à deux autres personnes, très probablement sans papiers, afin qu’elles puissent travailler. À l’époque, tout se faisait par papier, et aucun organisme ne s’est inquiété. Seulement, ces deux personnes — plus âgées que Jérèmy — étaient toutes les deux déjà à la retraite, se faisant payer sur la base de leurs propres trimestres… mais aussi sur ceux accumulés au nom de Jérèmy. De plus, l’une d’elles était décédée. Le retraité encore vivant a dû rembourser une partie de ce qu’il avait perçu ces dix dernières années, puis sa retraite a été recalculée en fonction des preuves concrètes qu’il a pu fournir (fiches de paie, attestations ASSEDIC, etc.). Quant au retraité décédé, rien n’a été fait. Il aura fallu plus de deux ans pour que Jérèmy touche sa retraite provisoire : la plupart des agents, voyant que la première étape ne passait pas, n’ont pas cherché à creuser, et le dossier est longtemps resté tout en bas de la pile. Jérèmy a enfin perçu sa retraite définitive au bout de trois longues années. Comme quoi, c’est bien de vouloir aider les copains… mais encore faut-il savoir jusqu’où aller.