Mémoire sur l’existence de cinq dimensions ; et sur les conséquences qui résulteraient de leur pleine exploitation par l’Homme Rédigé à Paris entre 1840 et 1842 par un auditeur libre non inscrit aux cours de la Factulté des Sciences de Paris, le présent mémoire n’a fait l’objet d’aucune présentation officielle. Nous le présentons ici sans ses annexes, qui n’ont pas été retrouvées. Introduction Nous connaissons, évidemment, les trois dimensions qui gouvernent l’ordre physique : longueur ; largeur ; profondeur. Le présent mémoire a pour objet une théorie que d’aucuns jugeraient audacieuse voire hérétique, ajoutant deux dimensions supplémentaires. C’est en libre penseur que je viens livrer les conclusions de mes recherches, ainsi que des pistes d’application concrètes pour exploiter les ressources infinies offertes par ces deux dimensions supplémentaires : le Temps, et la Réalité. À des fins théoriques, et pour tout futur calcul, nous nommerons la longueur A ; la largeur B ; la profondeur C ; le temps X ; la réalité Y. Le Temps La quatrième dimension, le Temps, est tangible. Nous nous mouvons en effet avec elle en continu. Le temps ne va que dans une seule direction, qu’il semble impossible de contrôler si l’on s’en tient à la science moderne. Pourtant, le temps, comme les trois dimensions « principales », suit un axe. Aussi, lorsque de médiocres essayistes prétendent que de tout aussi médiocres personnages de fiction voyagent « dans le temps » et se retrouvent à l’autre bout du monde, lesdits essayistes commettent-ils une erreur de raisonnement élémentaire. Le problème du Temps en tant que dimension est que, en admettant qu’il soit possible de s’y déplacer librement, le fait de partir dans une autre époque pourrait engendrer des paradoxes funestes. Un voyageur du temps averti devrait donc, à mon sens, prendre toutes les précautions nécessaires. De nombreux paradoxes peuvent résulter d’un voyage dans le temps mal orchestré. Quelques paradoxes et leurs conséquences possibles sont étudiés en annexe A. La Réalité Si l’on accepte le Temps comme quatrième dimension, et si l’on part du principe qu’il est possible de l’altérer, cela revient à dire qu’il est possible de créer de nouvelles Réalités ; c’est-à-dire des mondes où, quelqu’un s’étant déplacé d’un point A de la quatrième dimension vers un point B de cette dernière, une ou des bascules sémantiques auraient inévitablement mené à l’avènement d’une nouvelle réalité, ne serait-ce que par un événement aussi insignifiant que la disparition d’un insecte, écrasé par mégarde par notre hypothétique voyageur temporel. L’on pourrait aller plus loin et considérer l’existence d’autres univers bien éloignés du nôtre. Et ces univers seraient générés par la fiction. C’est la théorie de la Réalité en tant que dimension. Cette théorie a probablement des limites, mais des expérimentations sont nécessaires pour pouvoir le vérifier. Éthique À mon sens, il est primordial de respecter la dimension (Époque et/ou Réalité) visitée, et de ne pas l’altérer plus que nécessaire. Ainsi, guerres, chutes et décadences procédant de la marche naturelle de l’histoire, semble-t-il vain d’envisager empêcher de tels événements. Par ailleurs, sur le plan humain, nos ancêtres ne parlaient pas la même langue que nous. Qu’en sera-t-il de nos descendants ? Il pourrait s’avérer compliqué voire impossible de dialoguer. Ne parlons pas de ce qui arriverait au voyageur imprudent qui se retrouverait dans un pays autre que le sien, incapable de comprendre la langue locale si aucune technique de traduction instantanée n’existe dans une coordonnée XY donnée. Applications pratiques En l’état actuel de la science, il ne semble pas possible de changer d’époque ou de réalité à volonté. On trouvera en annexe B les plans de conception de la machine à laquelle je donne - fort peu modestement il est vrai - mon nom : le déplaceur spatio-dimensionnel Émarne. Les matériaux utilisés étant d’une rareté extraordinaire, et le degré de maîtrise pour concevoir un tel engin si exigeant, je ne doute pas que personne ne parviendra à reproduire cet engin. Nonobstant, je ne le recommande pas, dans la mesure où il s’agit d’une machine prototype qui présente de nombreux risques sur le plan humain, ne serait-ce que parce qu’il est à l’heure actuelle impossible de paramétrer époque ou lieu d’arrivée avec précision. Ne souhaitant pas causer de pertes inutiles, je compte donc être mon propre cobaye. Je tâcherai d’arriver dans le futur, car je ne doute pas que les technologies et savoirs disponibles me permettront de compléter cette étude.