"Ceux qui vivent dans le marbre ou sur un panneau peint ne connaissent de la vie qu - Qwice

"Ceux qui vivent dans le marbre ou sur un panneau peint ne connaissent de la vie qu'un seul instant exquis, d'une beauté éternelle, il est vrai, mais limité à une unique note de p

Yfella - Qwice 2025

"Ceux qui vivent dans le marbre ou sur un panneau peint ne connaissent de la vie qu'un seul instant exquis, d'une beauté éternelle, il est vrai, mais limité à une unique note de passion ou à un seul état d'apaisement. Ceux que les poètes font vivre ont d'innombrables émotions de joie et de terreur, de courage et de désespoir, de plaisir et de souffrance. Les saisons vont et viennent en processions joyeuses ou tristes, et les années aux pieds lourds ou ailés défilent devant eux. Ils ont leur jeunesse et leur maturité, ils sont enfants et ils vieillissent. Sainte Hélène ne connaît de l'aube que ce que Véronèse en a vu de sa fenêtre. Dans l'air calme du matin, les anges lui apportent le symbole de la souffrance de Dieu. Les brises fraîches du matin soulèvent sur son front ses fins cheveux d'or. Sur cette colline basse près de la ville de Florence où les amants de Giorgione sont étendus, le soleil est toujours au zénith - un midi que le soleil d'été rend si langoureux que la svelte jeune fille nue peut à peine plonger la bulle ronde de verre transparent dans le bassin de marbre, et que les doigts effilés du joueur de luth sont posés, immobile, sur les cordes. C'est toujours le crépuscule pour ma ronde de nymphes que Corot libère au milieu des peupliers argentés de France. Elle se meuvent dans un éternel crépuscule, ces figures frêles et diaphanes dont les pieds blanc frémissent sans paraître toucher l'herbe parsemée de rosée qu'elle parcourent. Mais ceux qui avancent dans l'épopée, le drame ou le roman voient passer les mois tourmentés, les lunes croissent et décroissent, ils contemplent la nuit depuis l'étoile du soir jusqu'à celle du matin, et du lever jusqu'au coucher du soleil ils peuvent observer le jour changeant avec tout son or et toutes ses ombres. Pour eux, comme pour nous, les fleurs fleurissent et se fanent, et la terre, cette déesse aux tresses vertes, comme l'appelle Coleridge, varie sa parure pour leur plaisir. La statue est concentrée dans un unique moment de perfection. L'image qui colore la toile ne possède aucun élément spirituel qui la ferait progresser ou changer. Si l'image et statue ne savent rien de la mort, c'est parce qu'elles ne savent pas grand-chose de la vie, car les secrets de la vie et de la mort appartiennent à ceux, et seulement à ceux qu'affecte le déroulement du temps et qui ne possèdent pas seulement le présent mais aussi le futur et peuvent se relever d'un passé de honte ou sombrer après un passé de gloire. Le mouvement, ce problème des arts visibles, ne peut être réalisé que par la littérature. C'est la littérature qui nous montre le corps dans sa vivacité et l'âme dans son inquiétude."Oscar Wilde

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