Bienvenus dans Les Folles anecdotes du taff. Aujourd'hui, on parle de la très sérieuse "Guerre de La Porte". Bonne lecture et à vos votes ! L’histoire qui me revient le plus vivement quand je pense à cette période professionnelle, c’est l’histoire dite de « La Guerre de La Porte ». Pour bien comprendre, il faut visualiser la disposition du plateau (de l’open space). Une forme de gros L avec une entrée sur chaque fin de trait du L : une porte classique au bout du long, une porte double au bout du petit. La sortie au bout du grand trait donne sur un espace de pause et la sortie au bout du petit trait donne sur le hall d’entrée du bâtiment qui, l’hiver, est très froid et ramène donc de l’air frais à chaque ouverture, mais qui est l’entrée et la sortie logique pour accéder au plateau. Perso, j’étais sur un bureau donnant directement dos à l’ouverture de la porte et ça ne m’a jamais vraiment posé problème : avec un pull, ça passe. Mais ce n’était pas vraiment l’avis de tout le monde : les premiers froids arrivant, un petit groupe de collègues d’une équipe derrière moi a commencé à enjoindre les personnes passant par cette porte à ne plus passer par là : « Oh mais la porte ! » « Oh mais ça caille bordel ! » « Non mais faut arrêter là avec la porte ! ». Et c’est monté dans les tons, petit à petit, pendant une journée et demie, jusqu’à avoir un bon quart du plateau qui se faisait entendre à la moindre ouverture de porte (on parle d’environ 30 personnes). Cette porte est donc rapidement devenue le principal sujet de conversation sur tout le plateau. Au deuxième jour de contestation, nous avons reçu un mail de notre N+3 nous demandant de ne plus utiliser ladite porte mais précisant qu’ils ne pouvaient pas la verrouiller pour des raisons de sécurité, en cas d’évacuation. On pourrait croire que cela apaiserait les tensions et mettrait un terme au mécontentement de cette partie du plateau. Certes, la fréquentation de la porte a drastiquement diminué : à part un ou deux passages ponctués par un « Hé mais t’as pas lu tes mails ? » ou un « Non mais tu te prends pour qui ? », la porte est restée inerte. En fin de journée, tout le plateau termine à la même heure et entre 150 et 170 personnes tentent de sortir du plateau en même temps. Beaucoup se disent qu’utiliser la porte normalement interdite est logique : elle est plus grande et comme le plateau sera vide, le froid ne devrait plus incommoder personne. Mais, voyant les règles remises en question, deux chefs d’équipe se sont sentis d’un élan de zèle : l’une d’entre elles a commencé à barrer de son corps la sortie aux employés en leur rappelant les règles de vive voix, pendant que l’autre faisait le tour par l’autre porte en courant pour s’arque-bouter contre la porte et empêcher les employés de l’ouvrir de l’intérieur. La plupart des employés ont abandonné et ont pris leur mal en patience en faisant le tour par la plus petite porte, mais certains se sont emportés et ont tapé dans la porte, tentant de forcer le passage. Lorsque j’ai quitté le bâtiment, des insultes et des accusations fusaient entre les deux parties. Ce petit manège a duré encore deux jours avant que la grande porte soit fermée à clé. Elle l’est restée pendant un peu plus d’une semaine, négligeant donc les mesures de sécurité. Au début, on en a beaucoup entendu parler mais c’est vite devenu une habitude. Je n’ai pas les détails sur ce qui a permis le déverrouillage de la porte mais, pour ne pas changer, ça a beaucoup râlé. Quelques-uns de ceux qui se faisaient le plus entendre ou que les chefs considéraient comme les plus véhéments ont été convoqués. Je ne sais pas ce qu’il s’est dit mais ça s’est calmé petit à petit et l’hiver suivant on n’en a pas entendu parler. Voilà comment occuper 150 personnes pendant quelques jours. Si parfois vos dossiers mettent plus de temps que prévu à être traités, c’est peut-être que les sous-traitants peinent à s’accorder sur l’utilisation d’une porte.