Chapitre 17 https://www.youtube.com/watch?v=H_LLZ_YguuM&list=PL8z79euQaq-ljKXqRjapOe7iDrlYUfJVG&index=5 Sur le trajet du retour, Marianne et Félicien remontent le chemin vers le manoir en silence. L'entretien à la mairie s'est bien déroulé et ils ont pu signer le contrat de mariage en présence des témoins, la cérémonie est donc prévue dans quelques petites semaines. Ils ont également fait un détour dans l'ancienne maison de la jeune domestique pour convaincre sa précédente famille de se présenter à l'évènement et ces derniers ont accepté. Ce qui fait un problème en moins à régler, surtout pour Félicien, car ça aurait été difficile d'aller contacter sa belle-mère pour demander sa présence, en sachant qu'il y a beaucoup de chances que le jeune homme ne reçoive aucune réponse, à cause de sa dernière pique pour cette histoire de testament. Marianne n'a pas l'air concentrée sur le paysage autour d'elle. Son regard traduit une profonde réflexion, Félicien aimerait bien savoir ce à quoi elle pense. Raphaël lui a rapporté plusieurs fois qu'il la retrouvait le regard dans le vide, sans se souvenir de ce qu'elle faisait là, et cela ne ressemble pas à une simple "mauvaise période". De plus, c'est bien le genre de chose que le jeune homme pouvait dire, auparavant, pour ne pas avoir à expliquer ce qu'il ressentait. En pleine réflexion, Félicien a le regard attiré par quelque chose en dehors de la route, l'amenant à s'arrêter. Il va cueillir une fleur sauvage au pied d'un arbre, et interpelle Marianne qui ne s'était pas arrêtée. Cette dernière sursaute et ne remarque que maintenant la distance entre elle et le jeune homme. Confuse, elle part immédiatement le rejoindre, en bredouillant des excuses pour son inattention, mais Félicien ne lui en tient pas rigueur et lui tend la fleur qu'il vient de cueillir : elle arbore une couleur bleu pastel, avec plusieurs pétales qui montent vers le ciel. Marianne se montre surprise de ne pas l'avoir vu durant le trajet. — Oh, qu'est-ce que c'est ? — Il s'agit d'une jasione, explique-t-il, en faisant tournoyer la tige entre ses doigts. C'est une fleur bleue et il s'agit de votre couleur préférée, me semble-t-il. — C'est le bleu le plus doux que j'ai pu voir, constate-t-elle, vous me l'offrez ? — Oui, je vous l'offre. À ces mots, au lieu de lui céder la fleur, Félicien la pique dans les cheveux de son interlocutrice comme un accessoire. Au grand étonnement de sa domestique qui avait tendu la main pour la réceptionner, mais elle se laisse faire. Lorsque son maître termine de l'ajuster, il remarque que la jasione va très bien à Marianne, mais il remarque aussi le début de poche sous ses yeux. Ses nuits troublées ne sont toujours pas parties. — Est-ce que vous dormez bien la nuit ? questionne le jeune homme. — Oh, s'exclame son interlocutrice, gênée. Mes nuits se sont un peu améliorées, en effet. Marianne fuit son regard. Le jeune homme la comprend : elle ne souhaite pas en parler. Alors il n'insiste pas davantage et acquiesce. — D'accord, tant mieux alors. Les deux jeunes gens reprennent leur route et Félicien réfléchit de son côté. Raphaël lui a conseillé de prouver sa valeur auprès de Marianne, sauf qu'il ignorait comment le faire et c'est en gribouillant sur son manuscrit qu'il a fini par trouver quelque chose. Même s'il n'est pas très communicatif, il peut essayer de s'y prendre autrement. Donc au milieu du trajet, c'est Félicien qui ouvre la discussion : — Marianne, j'ai achevé un manuscrit que j'ai commencé il y a quelque temps. — Qu'avez-vous écrit ? — Un conte, répond-il, embarrassé. J'ai essayé de faire un conte, mais j'imagine que j'y ai laissé beaucoup d'incohérences, car je l'ai commencé sans réfléchir. — Un conte de fées ? s'exclame Marianne, exprimant un intérêt vif. Qu'est-ce que raconte l'histoire ? La domestique passe d'un regard vitreux à un regard plein d'intérêt, comme si elle se réveillait d'un coup. Légèrement déstabilisé, le jeune homme commence à expliquer cette histoire. — Ne vous attendez pas à du grand art, prévient-il. L'histoire se passe dans une grande tour où vit une jeune fille. Elle s'appelle Suzanne. — Suzanne ? C'est un si joli prénom. Que se passe-t-il ensuite ? — Pouvons-nous attendre de rentrer au manoir pour que je puisse vous faire lire le manuscrit ? — Vous ne pouvez pas m'expliquer un peu ce qu'il s'y passe ? — C'est-à-dire que je ne suis pas très bon pour raconter, admet le jeune homme, embarrassé. Donc je préfère vous le montrer, plutôt. — Oh, d'accord, alors rentrons vite pour pouvoir le lire. Félicien sourit en voyant l'expression vive sur le visage de sa domestique. Il la préfère comme ça, car lorsqu'elle arbore ces yeux vides, le jeune homme a l'impression de se voir et de revivre sa longue période de rumination. Même si elle n'est pas terminée pour autant, Félicien n'aimerait pas que Marianne subisse cette solitude de la même manière que lui ; il aimerait être là et l'épauler. La fin du trajet se passe d'une manière bien plus conviviale et les deux jeunes gens discutent de sujets banals. Lorsqu'ils arrivent enfin au manoir, Félicien ouvre la porte pour laisser Marianne entrer. Cette dernière s'est fait devancer, car elle s'apprêtait à lui ouvrir la porte, étant sa domestique, mais elle ne fait pas de remarque. Puis, ils montent les escaliers pour arriver au deuxième étage et de nouveau, Félicien lui ouvre la porte. Cette fois, sa domestique l'interpelle : — Hum... Monsieur, est-ce que ça ne devrait pas être à moi d'ouvrir les portes ? — Personne n'en saura rien, Marianne, réplique-t-il, en refermant la porte derrière eux. Et appelez-moi par mon prénom. — Mais nous sommes au sein du manoir et je suis dans mes horaires de travail, répond-elle, confuse. — Personne n'en saura rien, répète-t-il, avec un sourire amusé cette fois. Asseyez-vous sur le divan. La jeune femme ignore comment agir, mais de toute manière, c'est bien lui qui décide de ce qui est acceptable ou non. Alors si son maître ne voit pas de problème à ce qu'ils soient familiers, alors Marianne ne devrait pas trop se poser de questions. Elle s'assoit sur le divan, pendant que le jeune homme récupère une petite pile de feuilles dans un tiroir, l'histoire n'est pas bien longue. En tendant le manuscrit à son interlocutrice, cette dernière s'étonne. — Vous n'alliez pas me le lire ? questionne Marianne, confuse. — Moi ? — Je pensais que vous allez me lire le manuscrit, mais j'ai dû mal comprendre, s'excuse-t-elle. — Non, vous avez raison, je vais lire le manuscrit à la place, étant donné que j'en suis l'auteur, rétorque Félicien, en reprenant le paquet, avant qu'elle puisse le prendre. Félicien se ravise puisque ce serait certainement moins épuisant pour sa domestique d'écouter l'histoire plutôt que de la lire. Même si elle a eu une amélioration fulgurante pour la lecture, elle n'est peut-être pas encore dans un stade où lire ne requiert pas trop d'énergie, surtout qu'elle n'a été habituée qu'à un seul conte qu'elle a relu en boucle. Alors le jeune homme s'installe sur le divan en face. — Si jamais vous ne comprenez pas quelque chose, dites-le-moi. — Très bien. https://youtu.be/pr3ddYzOaZw — Alors, il était une fois, commence-t-il, avec une diction claire, dans une tour abandonnée, à l'écart de la civilisation, où vivait une jeune fille du nom de Suzanne. Elle ignorait depuis combien de temps elle vivait ainsi, mais elle n'avait jamais ressenti le besoin d'aller ailleurs. Après tout, elle avait tout le nécessaire pour demeurer plusieurs années. Sa vieille tour se trouvait au milieu d'une forêt dense qu'elle appréciait regarder, assise devant sa fenêtre. Quelques fois, des rongeurs venaient lui rendre visite pour discuter avec elle, en particulier un écureuil roux qui appréciait lui parler de ses escapades et des aventures qu'il vivait. — C'est une belle vie, fait remarquer Marianne. Est-ce que l'écureuil a un nom ? — Non, je n'ai pas réfléchi à un nom pour cet écureuil, admet le narrateur. — Est-ce que je pourrai trouver un prénom pour lui ? — Vous pouvez le faire, effectivement. — D'accord, alors je chercherai un joli prénom. Au moins, Félicien est rassuré de savoir que sa domestique s'investit dans cette histoire. Il reprend la lecture, après s'être raclé la gorge : — Pourtant, à chaque fois que l'hiver se rapprochait, Suzanne voyait ces visites se raréfier, signe que l'hibernation était imminente et que les rongeurs devaient se préparer à hiverner. Un jour, lors d'une longue et habituelle discussion avec l'écureuil roux, il la prévint : "Suzanne aujourd'hui sera le dernier jour où je viendrai te rendre visite. L'hiver sera rude, cette année, mais je reviendrai te voir dès le retour des premières fleurs. Je serai le premier rongeur à te rendre visite." promit-il. Et les deux amis se quittèrent ainsi. — Si l'écureuil revient au retour des premières fleurs, alors je pense que son nom doit y être associé, fait part Marianne. — À quel prénom songez-vous ? interroge le conteur, en mettant son récit en suspens. — Je pense à la jonquille. Raphaël m'a parlé de cette fleur il y a quelques jours. — Donc vous nommerez l'écureuil "Jonquille" si je comprends b