Episode 12 : La dame de Koné Bonjour (ou Bonsoir) à vous, Voici le douzième épisode de la série que j'écris sur des gens qui m'ont inspiré dans mon parcours, série baptisée : "Sur des épaules de géants...". Pour ceux et celles qui n'auraient pas la référence, je vous invite à lire le post long de l'épisode 0 qui sert d'introduction : https://qwice.com/Point/NQmOo_lhGWw4fX [TW : Harcèlement moral] Bonne lecture à vous ! 😉 Avertissement préalable : Cet épisode parle, en entrant davantage dans les détails par rapport à quelques-uns des épisodes précédents, d’une certaine forme de violence : le harcèlement moral.Même si je sais qu’il s’agit d’un sujet sensible, je tenais à en parler ici, car cela me permet de mieux mettre en exergue le contraste entre le stage que j’ai eu à Nouméa et celui que j’ai eu à Koné. Cela vous permettra aussi de comprendre pourquoi j’ai beaucoup apprécié l’attitude de la « géante » du récit d’aujourd’hui. Sur ce, bonne lecture ! 😉Sur des épaules de géants…Episode 12 : La dame de KonéIl y a certains événements qui laissent des empreintes en nous… et ce fut le cas de mes deux stages en responsabilité dans le milieu éducatif. Cependant, ces 2 stages m’ont marqué pour des raisons différentes.Le premier stage m’a marqué très négativement : déjà, il se déroulait du temps où j’étais en Master à Nouméa et, donc, sous la houlette de la responsable de formation que je n’appréciais pas. Et en plus, j’ai eu comme maître de stage un des professeurs les moins patients, pédagogues et expressifs (car cet homme faisait la tête tout le temps… même face à ses élèves en classe) que j’ai eu l’occasion de croiser.Ce n’est qu’au début de la troisième semaine de stage (sur 4) qu’il m’a laissé prendre en charge des élèves, et encore, de façon très limitée… il fallait presque négocier avec lui pour que je puisse le faire, parce que selon lui, je « n’étais pas taillé » pour faire ce métier.Et quand je dirigeais la séance, il ne faisait que pointer mes défauts du doigt (parfois même en expliquant en pleine séance et à voix haute ce qui n’allait pas, donc devant les élèves…). Il s’est même permis, une fois, de se lever pour me remplacer, me disant alors devant tout le monde : « Laisse tomber, je prends le relais ! Va t’asseoir et observer, au moins ça, tu sais le faire ! Au passage, je ne te félicite pas, tu es le pire stagiaire que j'ai eu ! » … ce que j’ai trouvé encore plus humiliant !Il s’en était expliqué après me disant qu’à ses yeux, je n’avais aucun avenir dans une carrière de professeur, qu’il fallait plus de poigne et d’autorité pour faire face aux élèves… Et quand je lui demandais des conseils pour m’améliorer, pour développer cette autorité et poigne dont il semblait vanter les mérites, à chaque fois, il me répondait : « Mais à quoi ça servirait de te donner des conseils ? Tu n’es pas fait pour ça, c’est tout ! Donc je ne vais pas perdre de temps à te conseiller là-dessus ! ». En conclusion, à ses yeux, je devais changer de voie.La seule fois où, spontanément, il m’a laissé diriger la séance sans que j’aie à insister, c’est, bien évidemment, quand ma responsable de formation devait venir observer une de mes séances et faire le point avec le maître de stage sur le déroulement global de mon stage…Cela ne s’est pas tout à fait bien passé et, de facto, lors du bilan, le maître de stage en a profité pour dire le fond de sa pensée à ma responsable de ma formation qui a surenchéri en me disant : « Ce qu’il dit là, ton maître de stage, ça ne m’étonne guère ! Je m’attendais à ce que ce soit catastrophique avec toi de toute façon ! Tu es incompétent et n’a pas l’étoffe d’un enseignant. »Evidemment, je n’ai pas validé l’UE correspondant à ce stage dans le Master à Nouméa au vu de la façon dont ça s’était déroulé. Aussi, une grande partie de ma confiance en moi s’était évaporée dans le process…Je pense que, désormais, vous comprenez d’autant mieux pourquoi j’étais aussi ému qu’un de mes anciens professeurs de Physique m’aide (sans que je ne lui demande) quand je lui ai décrit ce qui se passait pour moi en Master… pourquoi également, j’étais aussi soulagé et content que l’Université de Nice veuille bien de moi en Master ! Avec l’Université de Nice… les choses se sont déroulées différemment pour le stage. Déjà, me trouver un maître de stage fut bien plus compliqué qu’avec la formation de Nouméa qui nous l’avait attribué d’office.Le fait de faire un Master à distance avec Nice n’aidait pas non plus, car le Vice-Rectorat (c'est l’équivalent de l’Académie régionale en Nouvelle-Calédonie) ne savait pas comment gérer le fait que je ne passe pas par une formation locale pour mon stage…Bref, ce fut quelque peu chaotique, mais au final, une professeure de Physique-Chimie du collège de Koné accepta de me prendre en stage… J’appréhendais un peu, car Koné, c’est une petite commune du nord de la Nouvelle-Calédonie (voir la carte ici : https://www.pinterest.fr/pin/339529259382114240/ ) située à 3h15 de route de la commune du Mont-Dore où j’habitais (et où j’habite toujours d’ailleurs pour l’instant ^^’).A titre de comparaison, en termes de distance, c’est comme si vous habitiez en plein cœur de la ville de Nice mais que vous deviez faire votre stage à Nîmes, soit à environ 60 kilomètres de Montpellier ! Sans permis de conduire à l’époque, il a donc fallu trouver une famille d’accueil pour m’héberger et me véhiculer au collège pendant toute la durée du stage qui était d’un mois, accepter le fait que je ne puisse plus voir mes parents que certains week-ends en raison de la charge de travail pendant le stage…Heureusement, à force de recherches et de discussions avec des amis, on a réussi à trouver une famille pour m’héberger, le seul inconvénient étant la mauvaise connexion à Internet chez eux, mais c’était la seule option qu’on avait sous la main ! Autant vous le dire, ce stage, il ne se faisait pas dans des conditions ordinaires et j’appréhendais un peu ce qui allait se passer…Mais la suite me prouva que j’avais eu tort d’autant appréhender… car la professeure qui fut ma maîtresse de stage a été exceptionnelle, vraiment. Car, en effet, c'est elle, la "géante" de ce récit ! 😊Que m’a-t-elle appris ?En vérité, dès mon arrivée, elle m’a encadré et expliqué clairement les choses : « Vu que ton stage est un stage en responsabilité, ta phase d’observation sera très courte… et se fera uniquement sur les premiers cours avec les élèves d’une même classe.Ensuite, c’est toi qui vas devoir prendre le relais avec tes propres supports. Au début, je me mettrais au fond de la salle pour observer et te faire des remontées sur ce que tu fais bien et moins bien afin que tu t’améliores dans ta pratique. Par la suite, si j’estime que tu peux t’en sortir seul, je laisserais mes classes sous ta responsabilité et ne serais même plus dans la salle vers la fin. »Déjà, le simple fait qu’elle m’explique et me donne le cadre de ce qui allait se passer m’a permis d’anticiper et de comprendre dès le premier jour que j’avais plutôt intérêt à vite développer mes supports de cours et d’activités.Et en effet, cette « dame de Koné » notait scrupuleusement ce que je faisais (elle m’a montré ses feuilles de notes à plusieurs reprises pendant le stage et m’en fournissais des copies pour que je puisse travailler les points à améliorer) et répertoriait ainsi mes forces et faiblesses en se plaçant au fond de sa salle de classe.Dès la première séance, elle m’a dit que, pour elle, mes points faibles étaient ma gestion de classe avec les élèves et aussi ma façon de présenter les supports de cours. Par contre, dès le début, elle a bien apprécié le fait que je sache spontanément expliquer de façon simple aux élèves et que je n’hésite pas à reformuler, voire même à vulgariser mon propos quand quelqu’un ne comprenait pas.Aussi, ce que j’appréciais était le fait qu’elle attende la fin des cours pour faire le point avec moi et me dire ce qui n’allait pas. Et si, vraiment, elle devait me dire quelque chose de façon urgente, elle profitait d’un moment où je circulais dans la salle de classe pour m’interpeller ou me faisait signe de venir la rejoindre puis me parlait à voix basse.Elle m’a beaucoup fait travailler sur la façon de présenter mes supports mais aussi et surtout sur ma gestion de classe. Elle passait du temps, après les cours, à me donner des conseils pratiques du type :« Se placer en fond de salle permet d’avoir le regard sur tous tes élèves »« Tu ne dois pas rester collé à ton estrade quand tu expliques quelque chose aux élèves ou en situation de contrôle, pense à circuler régulièrement dans la salle de classe dès que tu le peux. »« Si tu sanctionnes un élève, fais-le de façon graduelle et ne sanctionne pas dès le premier problème, surtout s’il est mineur. »« Proportionne les sanctions par rapport à ce qui est fait par l’élève en classe. Ne mets pas au même niveau un bavardage et une insulte, par exemple. »« Lors d’un contrôle, n’hésite pas à te placer dans les coins à l’arrière de ta salle et à balayer ton regard partout. Circule entre les rangées aussi. »etc.Grâce à elle, j’avais bien progressé sur le sujet, au point que sur la dernière semaine, elle avait décidé, à trois reprises, de ne pas assister aux séances et de me laisser en totale autonomie face à ses élèves (sachant qu’il y a