Je vous propose une critique de l’essai du sénateur communiste Alexandre Basquin... - Qwice

Je vous propose une critique de l’essai du sénateur communiste Alexandre Basquin « Numérique Stop à l’exploitation », publié en février 2026 par la maison d’édition Le Temps des Cerise

Corentin - Qwice 2026

Je vous propose une critique de l’essai du sénateur communiste Alexandre Basquin « Numérique Stop à l’exploitation », publié en février 2026 par la maison d’édition Le Temps des Cerises. Cet essai est utile car de par son format court et accessible, il rend abordable au grand public de nombreux enjeux complexe lié aux réseaux sociaux, à l’intelligence artificielle et au numérique de manière plus globale. La principale critique que j’aurais à lui adresser est d’être trop radical dans les solutions qu’il propose, et trop répressif. L’auteur compare lui-même sa position à celle d’un vegan du numérique. Je pense que comme pour l’alimentation, si le véganisme peut poser des questions intéressantes, imposer le véganisme à l’intégralité de la population n’est pas une solution pour répondre aux problèmes éthiques de l’alimentation. **1 - Le choix de ne pas être sur les réseaux sociaux pour un élu** Alexandre Basquin assume un choix radical : la non-utilisation des réseaux sociaux dans le cadre de sa fonction d’élu. Selon lui, les élus qui font des grandes plateformes comme X et Facebook leur principal canal de communication font une grave erreur, en tombant dans un débat souvent caricatural, et c’est un point que je lui accorde. Je comprends la position d'Alexandre Basquin lorsqu'il refuse de faire des réseaux sociaux le cœur de sa communication politique. Les grandes plateformes comme X ou Facebook imposent leurs propres règles : elles privilégient les réactions immédiates, les polémiques et les contenus les plus clivants. Un élu qui dépend principalement de ces espaces finit inévitablement par adapter son discours à leur logique. Là où je m'éloigne de son analyse, c'est lorsqu'il propose comme alternative de recevoir les citoyens en mairie. Une démocratie vivante ne peut pas attendre que les habitants viennent à elle ; elle doit aller à leur rencontre. Imaginons qu'un élu veuille diffuser ses idées. Personne ne trouverait normal qu'il ne distribue ses tracts qu'à l'entrée des fast-foods de la ville. Ce serait abandonner sa communication à un type de lieu fréquenté par une partie seulement de la population. Mais personne ne trouverait plus pertinent qu'il se contente de déposer ses tracts sur un comptoir de la mairie en attendant que les habitants les découvrent d'eux-mêmes. L'enjeu est au contraire de multiplier les points de rencontre : les marchés, les fêtes de quartier, les associations, les cafés, les bibliothèques, les salles de sport ou les entreprises. Plus les lieux sont variés, plus les échanges ont des chances de toucher des personnes différentes. Le numérique devrait être pensé de la même manière. Les élus n'ont pas à choisir entre une dépendance aux grandes plateformes et leur disparition totale du web. Ils devraient investir une pluralité d'espaces : des plateformes généralistes comme YouTube ou Reddit, des réseaux fédérés comme Mastodon, des forums spécialisés, les commentaires de la presse locale, les espaces de discussion associatifs, voire les salons de discussion de communautés locales, ou le réseau social français et souverain Qwice (coucou, c'est nous). En réalité, la question n'est pas de savoir s'il faut être présent sur Facebook, X ou ailleurs. La vraie question est celle de la diversité. Une communication démocratique devrait ressembler à une tournée dans toute la ville plutôt qu'à une permanence dans un seul bâtiment ou à une installation devant une seule enseigne. Plus les élus diversifient leurs lieux de présence, physiques comme numériques, moins ils deviennent dépendants d'un acteur unique, et plus ils ont de chances de rencontrer la diversité réelle de la population. **2 – Face à l’impasse luddite, la voie d’un alternumérisme** Sur un autre point, je crois que le diagnostic d'Alexandre Basquin est juste, mais que le remède qu'il propose ne l'est pas. Lorsqu'il appelle à interdire les réseaux sociaux ou les intelligences artificielles génératives, il adopte une position relève du luddisme : face à une technologie qui produit des effets délétères, la solution serait de la supprimer. Pourtant, l'histoire montre que cette stratégie fonctionne rarement. Les technologies qui répondent à un besoin social finissent presque toujours par réapparaître sous une autre forme, parfois encore plus difficile à encadrer. L'enjeu n'est donc pas d'empêcher leur existence, mais de créer les conditions d'un développement plus sain. Le problème des réseaux sociaux n'est pas qu'ils permettent aux individus d'échanger à distance. Le problème est que quelques plateformes concentrent l'essentiel des échanges et imposent leurs règles à des milliards d'utilisateurs. De la même manière, le problème des IA génératives n'est pas qu'elles génèrent du texte ou des images, mais que leur développement est aujourd'hui dominé par une poignée d'entreprises disposant de ressources financières et informatiques colossales. Plutôt que de chercher à interdire ces outils, il me semblerait plus pertinent de favoriser un véritable alternumérisme : un écosystème où coexistent une multitude de réseaux sociaux, de modèles d'IA et de services numériques, interopérables lorsque c'est possible, afin qu'aucun acteur ne puisse imposer seul ses choix techniques, économiques ou politiques. Pour les IA génératives, une mesure simple pourrait contribuer à rééquilibrer le secteur : mettre fin à la logique de la « vente à perte ». Aujourd'hui, de nombreux services sont proposés à des tarifs artificiellement bas, financés par des levées de fonds massives dans le but de conquérir le marché avant leurs concurrents. Exiger que les utilisateurs paient un prix reflétant réellement le coût des ressources informatiques qu'ils consomment limiterait cette course au monopole, favoriserait des modèles économiques plus soutenables et laisserait davantage de place à des acteurs plus modestes, capables d'innover sans disposer des milliards des géants du numérique. À mes yeux, l'objectif ne devrait donc pas être de revenir à un monde sans réseaux sociaux ni IA, mais de construire un environnement numérique plus diversifié, plus pluraliste et plus concurrentiel, où les citoyens ne seraient plus contraints de dépendre de quelques entreprises hégémoniques. **En conclusion…** Les interrogations soulevées par Alexandre Basquin me semblent néanmoins essentielles. Il pointe à juste titre les dérives liées aux grandes plateformes numériques, à la transformation du débat public en affrontement permanent, ainsi qu'aux bouleversements provoqués par les intelligences artificielles génératives. Ces questions méritent d'être posées avec sérieux, car elles touchent directement à notre capacité collective à maîtriser les outils numériques que nous utilisons chaque jour. Cependant, en privilégiant l'interdiction ou le retrait, il apporte des solutions qui me semblent trop radicales et difficilement applicables dans la réalité. Les usages numériques sont désormais profondément ancrés dans la société : faire disparaître ces outils par la contrainte risque davantage de créer un décalage entre les institutions et les pratiques des citoyens que de résoudre les problèmes qu'ils posent. J’invite donc Alexandre Basquin et l’ensemble des régulateurs à œuvrer non pas à la disparition des outils d’IA générative et à l’interdiction des plateformes de réseaux sociaux, mais à leur transformation. Leur rôle devrait être de limiter la concentration excessive du pouvoir entre les mains de quelques acteurs oligopolistiques, tout en favorisant l’émergence de plateformes et de services alternatifs capables de faire vivre la pluralité, la diversité et des pratiques plus éthiques au sein de l’écosystème du web.

Image
Animation