Vers la fin de l’hégémonie mondiale Depuis la Seconde Guerre mondiale, les États-Uni - Qwice

Vers la fin de l’hégémonie mondiale Depuis la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis ont exercé une domination économique, technologique et militaire sans équivalent. Et depuis qu’elle est

Gitton - Qwice 2026

Vers la fin de l’hégémonie mondiale Depuis la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis ont exercé une domination économique, technologique et militaire sans équivalent. Et depuis qu’elle est redevenue une grande puissance, la Chine de Xi Jinping s’affirme comme un concurrent sérieux, revendiquant une position hégémonique à son tour. On pourrait donc imaginer l’avenir comme un affrontement binaire États-Unis/Chine pour la domination du monde. Pourtant, cette vision bipolaire rassurante est trompeuse. Comme l’a souligné Guillaume Duval, ces deux géants sont minés par des fragilités souvent sous-estimées, au point que le monde à venir pourrait n’être dominé ni par l’un ni par l’autre malgré leur puissance actuelle. En réalité, le siècle des interdépendances a commencé. La planète est devenue multipolaire, hyper-connectée et vulnérable, rendant une hégémonie stable impossible sans consentement mondial, sans biens publics globaux et sans règles communes crédibles. Dominer aujourd’hui ne consiste plus à vaincre militairement un rival, mais à tenir ensemble des chaînes d’approvisionnement planétaires, des flux de données, des dépendances énergétiques et financières, des normes climatiques, tout en stabilisant des sociétés fragmentées et des classes moyennes anxieuses. Aucune superpuissance, aussi forte soit-elle, ne peut à elle seule maîtriser cette épaisseur du monde moderne où chaque action suscite des réactions en chaîne. Dans ce contexte, les démonstrations de force brutes produisent souvent des effets paradoxaux : elles accélèrent la coalition des autres acteurs, elles incitent au contournement et à la diversification, et elles engendrent des coûts de maintien supérieurs aux gains symboliques. Au XXIᵉ siècle, l’hégémonie est devenue une technologie trop chère – chaque pilier de la puissance traditionnelle tend à se retourner contre celui qui en abuse. La supériorité industrielle crée des dépendances critiques (minerais, énergie, routes maritimes, marchés d’exportation). La supériorité militaire impose une course permanente à l’escalade, avec le risque de débordement dans un monde où la conflictualité est hybride et diffuse. La supériorité monétaire, enfin, pousse à l’usage extraterritorial de sa devise, ce qui incite mécaniquement le reste du monde à s’organiser pour s’en affranchir. En somme, la puissance n’est plus un stock, c’est une relation : toute relation de domination qui humilie, ponctionne ou menace finit par se déliter. Un Donald Trump peut bien imposer des tarifs douaniers punitifs, un Xi Jinping des consignes autoritaires, aucun des deux ne peut empêcher durablement les autres nations d’apprendre, substituer, diversifier leurs approvisionnements et bâtir des coalitions de précaution pour réduire leur vulnérabilité. Dans ce nouveau paysage, l’Europe ne peut plus se réfugier dans le fatalisme d’une position « prise en étau » entre Washington et Pékin. Si ni l’un ni l’autre ne peuvent régner seuls sur le monde, c’est aussi une chance historique pour l’Union européenne : celle de construire une alternative stratégique, un espace de non-alignement actif fondé sur le droit, sur la fourniture de biens communs (climat, santé, stabilité financière) et sur la justice sociale. Encore faut-il en avoir la volonté politique et les moyens. Pour l’Europe, ne pas subir signifie mobiliser ses leviers uniques – commerciaux, normatifs, technologiques, industriels et sociaux – afin d’organiser ce monde multipolaire plutôt que d’en être le simple terrain de jeu. Avant de détailler des propositions concrètes pour une action européenne à la hauteur, examinons d’abord pourquoi ni Washington ni Pékin n’ont réellement les moyens de dominer le siècle des interdépendances, puis comment les puissances intermédiaires en profitent pour devenir les arbitres du nouvel ordre mondial. la suite ici : https://open.substack.com/pub/tribuneuscope/p/le-siecle-des-interdependances-ni?r=64gy8e&utm_campaign=post&utm_medium=web&showWelcomeOnShare=true

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