Sujet 1. Notre avenir dépend-il de la technique ? Bonjour, bonsoir, bonne année, bonne - Qwice

Sujet 1. Notre avenir dépend-il de la technique ? Bonjour, bonsoir, bonne année, bonne nuit, joyeux Noël. Je me propose de commenter le premier sujet du bac de philosophie (de la filière généra

Petitcapybara - Qwice 2025

Sujet 1. Notre avenir dépend-il de la technique ? Bonjour, bonsoir, bonne année, bonne nuit, joyeux Noël. Je me propose de commenter le premier sujet du bac de philosophie (de la filière générale). Pour ce sujet, je vais principalement chercher à expliciter les enjeux de la dissertation, et pourquoi il faut arrêter de vouloir toujours répondre d’un coup à une question qui est loin d’être évidente. Notre avenir dépend-il de la technique ? I. Analyse du sujet Drôle de sujet que voilà. On a bien envie de répondre par l’affirmative : pourquoi notre avenir ne dépendrait-il pas de la technique ? En effet, toute notre histoire, l’histoire de l’humanité, ne s’entend-elle pas à partir de notre rapport à la technique ? Mais si on vous pose la question, n’est-ce pas parce que c’est loin d’être aussi simple que cela ? En effet, que notre avenir dépende de la technique, c’est une chose qu’on accepte assez facilement. Spontanément, il semble que notre avenir n’est rien sans la technique, la technique est-elle la condition sine qua non de notre avenir ? Mais jusqu’où notre avenir en dépend ? Dans quelle mesure y a-t-il une dépendance entre l’avenir collectif, l’avenir de l’humanité, et la technique ? Le problème est là : si l’avenir dépend de la technique, jusqu’où en dépend-il ? Notre avenir ne dépend-il que de la technique ? Notre avenir peut-il dépendre d’autre chose ? Et si notre avenir ne dépend pas que de la technique, doit-on considérer que l’avenir de l’humanité dépend plus de la technique que d’autre chose ? Notons-le, ce sujet invite d’abord à réfléchir sur la dépendance qu’il y a entre « notre » avenir et la technique. Quelle est la nature de cette dépendance ? La technique (du silex à l’intelligence artificielle), c’est l’ensemble des moyens inventés par l’homme. Ces moyens, l’homme les invente et les mobilise pour construire son avenir. La technique n’est-ce pas ainsi qu’on se rend « comme maîtres et possesseurs de la nature » ? La technique, c’est ce que Prométhée a donné à l’homme, cet animal sans poils, sans plumes, sans crocs, sans griffes, etc. Elle compense la faiblesse humaine. Aussi, on comprend mieux pourquoi notre avenir dépend de la technique : sans elle, on n’est rien, on ne peut rien. Sans la maîtrise de la technique, nous ne pouvons pas construire notre avenir. Toutefois, cette conception suppose que la technique est quelque chose de docile, que la technique n’est qu’un outil, qu’elle ne peut rien faire d’autre que d’être un outil, lequel outil se plie à notre volonté. Mais est-ce vraiment le cas ? La technique ne peut-elle pas être ou devenir une force autonome ? Et si la technique est une force autonome, ne peut-elle pas conditionner ce que nous devenons ? Autrement dit, de quelle nature dépendons-nous de la technique ? Est-ce que nous en dépendons au sens où c’est en maîtrisant de nouvelles techniques que nous parvenons à progresser, à construire un avenir en commun, « notre » avenir, ou bien est-ce que nous en dépendons parce que c’est la technique qui nous construit ? Dans cette relation de dépendance, qui est soumis à qui ? Est-ce la technique qui est soumis à l’humanité ou l’humanité à la technique ? La technique est-elle un moyen qui sert d’autres fins ou bien oriente-t-elle nos choix ? On pourrait assez aisément se dire qu’elle n’est qu’un moyen, puisque c’est par l’invention de nouvelles techniques, par la recherche, le développement de nouvelles techniques, le progrès technique qu’on parvient à développer notre futur, l’avenir de l’humanité. On peut même dire que la technique peut permettre de répondre à des problèmes particuliers : par exemple, le dérèglement climatique. Pour parvenir à sauver notre avenir, l’avenir en commun, on peut mobiliser la technique. Avec la technique, on peut trouver des moyens plus propres de produire de l’énergie , on peut limiter la pollution, etc. Mais la technique seule peut-elle de résoudre le problème ? C’est peut-être là une limite à cette dépendance entre nous et la technique. Suffit-il de développer de nouvelles techniques, de nouveaux outils, d’utiliser la technique, pour régler la crise climatique ? Si on ne prend pas conscience de cette crise, voire si on la nie, ou encore si on nie le caractère global et anthropique (c’est-à-dire l’origine humaine) du dérèglement climatique, à quoi bon développer des outils ? De même, si on ne cherche pas à développer une éthique soutenable, qui repenserait le principe de responsabilité, à quoi la technique servirait-elle ? Cette idée-là, Hans Jonas, dans le Principe responsabilité, la développait déjà. En effet, c’est bien parce que le « Prométhée [est] définitivement déchaîné » (Principe Responsabilité, p. 15) et que la technologie est la vocation de l’humanité (cf. le IV. du chapitre 1) qu’il faut repenser notre rapport à la nature et à la technique. Le prométhéisme (attitude et rapport à la nature qu’on attribue d’abord à Descartes) qui veut exploiter la nature, qui veut « nous rendre comme maîtres et possesseurs de la nature » doit être repensé : la technique ne suffit donc pas. Aussi, on voit bien que pour assurer l’avenir de l’humanité, voire l’avenir de la vie dans le cas du dérèglement climatique, la technique seule peut ne pas suffire. Surtout que c’est cette même technique qui, pour rappeler Pierre Hadot et Hans Jonas, a provoqué cette crise ! La technique peut-elle résoudre les problèmes techniques ? Les problèmes techniques peuvent-ils être résolus par la technique ? La technique pose-t-elle uniquement des problèmes techniques ? Plus encore, la technique peut tout à fait être une force autonome qui est une fin en soi qui conditionne notre avenir. Cela, Heidegger, dans La question de la technique, et Simondon dans Du mode d’existence des objets techniques, nous l’explique plutôt bien. Selon Heidegger, la puissance et les capacités techniques que nous avons déployées sur la nature tend vers une sorte d’hybris et de sentiment de toute-puissance liée aussi à l’illusion d’une réserve illimitée des ressources naturelles qu’on pourrait exploiter. Et cette toute-puissance se retourne en occultation complète du sens de notre rapport au monde, qui éteint toute réflexion sur le sens de notre existence. Pour le dire clairement, pour les gens normaux (parce que même moi, je n'ai rien compris), la technique, nous dit Heidegger, sous un certain rapport, contrôle l’homme. En effet, à force de déployer et d’inventer des techniques, des objets techniques, des outils, on cesse d’en être les maîtres et on devient dépendant : on en devient dépendant et soumis, on cesse de réfléchir sur notre existence, sur ce qui est étonnant dans ces techniques. On perd toute réflexion sur notre rapport au monde, on se trompe sur ce rapport au monde, on devient l’esclave de la technique, des outils. La technique cesse d’être la technê (τέχνη) et devient un dispositif techno-économico-politique dans lequel on se perd, qui nous abîme dans son appel à l’illimité. La technique, dans ce qu’elle a de puissant, d’illimité, occulte notre rapport au monde. Dès lors qu’on s’interroge sur la technique, on est reconduit à autre chose qu’elle ; elle engendre un déphasement de l’être humain par rapport à sa capacité de questionnement, et clôt toute fort de questionnement. La technique, en ce sens, et selon Heidegger, supprime tous les problèmes par la domination technique de l’ère contemporaine. Il faut donc repenser notre rapport à la technique, il faut donc interroger ce qu’est la technique, afin qu’elle cesse de nous dominer, de déterminer et de conditionner notre avenir. Il faut apprendre à utiliser la machine, il faut cesser d’être aliéné par la machine. Mais pourquoi nous aliène-t-elle ? Simondon écrit : « La plus forte cause d’aliénation dans le monde contemporain réside dans cette méconnaissance de la machine qui n’est pas une aliénation causée par la machine mais par la non-connaissance de sa nature et de son essence, par son absence du monde des significations, et par son omission dans la table des valeurs et des concepts faisant partie de la culture. ». Ici, Simondon nous explique que pour que la technique cesse de conditionner notre avenir, il faut apprendre à la connaître : il faut non pas simplement apprendre à s’en servir, mais bien à comprendre comment elle fonctionne. Par exemple, les IA comme ChatGPT, pour qu’elles ne nous aliènent plus, il faut apprendre à les connaître, pour pouvoir les utiliser correctement, il faut les comprendre. Une IA, si elle n’est utilisée sans aucune réflexion, risque de nous aliéner, risque de nous abêtir. Mais si on apprend à la comprendre, si on apprend à la connaître, si on cesse d’être dans l’ignorance et la méconnaissance de la machine, on parvient à se ressaisir de notre existence, de notre avenir. Si on connaît mal la réalité technique, elle nous aliène. Il faut essayer de dégager un sens précis de ce qui est rigoureusement technique dans l’objet technique. Il faut comprendre ce qui est ou non technique, ce qu’est la technique. Mais qu’est-ce qui est technique ou non dans notre monde artificiel qui nous entoure ? La technique, habituellement, est faite pour qu’on n’ait pas à se poser la question du fonctionnement (= l’ergonomie) : il n’y a aucun intérêt à avoir un objet technique s’il faut nécessairement être ingénieur pour l’utiliser. Quand on utilise une IA (ChatGPT, Perplexity, etc.), on veut que cela soit simple. Et ça l’est : on écrit, on pose une question, on demande et l’IA répond. Ma

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