Alors, vous y avez réfléchi ? Vaut-il mieux commettre ou subir l’injustice ? Non, je - Qwice

Alors, vous y avez réfléchi ? Vaut-il mieux commettre ou subir l’injustice ? Non, je n'ai aucun retard. Quelques éléments de problématisation Qu’est-ce qui est préférable : commettr

Petitcapybara - Qwice 2026

Alors, vous y avez réfléchi ? Vaut-il mieux commettre ou subir l’injustice ? Non, je n'ai aucun retard. Quelques éléments de problématisation Qu’est-ce qui est préférable : commettre l’injustice ou la subir ? Ce sujet questionne le paradoxe socratique : il est préférable de subir l’injustice plutôt que de la commettre. On a une alternative : soit on subit l’injustice, soit on la commet, et quand une personne commet l’injustice, il y en a une autre qui la subit. En effet, si je vole la télévision d’un type, cette personne est lésée, elle subit une injustice. Aussi, spontanément, au point de vue moral, il semble préférable de subir l’injustice. Mais est-ce vraiment le cas ? I. Qu’est-ce qu’une injustice ? L’injustice est ce qui est contraire à la justice, voire l’absence de justice. Aussi, quand je subis ou que je commets une injustice, je subis ou commets quelque chose qui n’est pas juste. Si on estime qu’il est préférable de subir l’injustice, c’est parce qu’on met la justice au premier plan : on veut être justice, et il est préférable d’être juste. Par « injustice », on cherche à qualifier une chose. L’injustice, c’est le caractère, la qualité de ce qui est injuste, c’est-à-dire contraire à la justice. On cherche à dire que la chose manque d’équité, voire est inique. Mais cette « justice » contre laquelle l’injuste agit, qu’elle est-elle ? Si je commets l’injustice, j’agis contre la justice. Mais de quelle justice parle-t-on ? En effet, est-ce que l’injuste est celui qui agit contre la loi ou bien agit-il contre la morale ? Oui, j’enfonce des portes ouvertes, mais si on doit se demander s’il vaut mieux commettre ou subir l’injustice, il faut bien comprendre si on parle au point de vue d’abord légal ou bien au point de vue moral. Spontanément, on dit que la justice, c’est le principe moral de la conformité au droit. Aussi, quelqu’un est injuste quand il n’agit pas conformément au droit, à la loi. Toutefois, une telle conception n’a de sens qu’à la condition où ce droit, cette loi, ne s’impose pas de l’extérieur. En effet, obéir à une loi que je n’ai pas choisie, est-ce vraiment juste ? II. Socrate, ce brave homme… mais un peu criminel Cette première acception du terme justice (et par contraste, pour l’injustice) nous permet de mieux entendre le paradoxe socratique par excellence : il vaut mieux subir l’injustice que la commettre. Alors, convoquer Socrate n’est pas obligatoire, mais comme le sujet tend à faire référence à sa célèbre formule, c’est peut-être utile. Mais pourquoi il dit ça, Socrate ? Cette formule est un des paradoxes de l’éthique socratique. Généralement, comme le souligne Socrate dans les dialogues qui posent cette question (commettre l’injustice, est-ce pire que la subir ?), la doxa veut qu’on préfère commettre l’injustice, estime que subir une injustice, c’est pire. C’est l’opinion commune : il vaut mieux subir l’injustice. Polos, dans le Gorgias, se moque ouvertement de Socrate et dit bien que personne ne pense comme lui (cf. Gorgias, 473e « Qu’y a-t-il Polos ? Pourquoi ris-tu ? Voilà qui est encore une nouvelle façon de réfuter : si quelqu’un dit quelque chose, tu te mets à rire de lui, et tu ne le réfutes pas », p. 446). Polos, toujours lui, s’oppose à Socrate en lui disant seulement qu’il va contre l’opinion de tous les hommes : « Tu ne t’imagines pas que tu vas être réfuté, Socrate, quand tu affirmes des choses que pas un homme n’oserait dire ! Demande à n’importe qui pour voir ! » (473e, p. 446). Bien sûr, cet appel à la majorité (voire à « l’unanimité » – qu’il faudrait prouver) ne décontenance pas Socrate : que tous les hommes rejettent la vérité ne la rend pas fausse pour autant, cette leçon, on peut la retirer de l’allégorie de la caverne (République, VII). Dans son entretien avec Polos, Socrate essaye de mettre en avant la justice et le besoin d’être juste, de respecter la justice, de ne pas commettre l’injustice, parce que « le plus grand mal, c’est l’injustice » (Gorgias, 469b, p. 441). Il vaut mieux, pour Socrate, subir l’injustice. Mais pourquoi donc ? Si on suit l’argumentation de Socrate, on note ceci : il demande d’abord à Polos si commettre l’injustice est chose plus laide que la subir, celui-ci le lui concède, par la suite, il assimile d’abord le bien au beau. De là, on ne peut plus qu’accepter que si commettre l’injustice est plus laid que de la subir, alors c’est pire. En effet, une chose est belle, pour Socrate, si elle procure du plaisir et/ou est utile. Par opposition, est laid ce qui est ou bien douloureux ou bien mauvais. Une chose est plus belle qu’une autre soit par excès de plaisir ou d’utilité ; tandis qu’une chose est plus laide qu’une autre par excès de douleur ou de mal. Aussi, si commettre l’injustice est plus laid que la subir, c’est soit par excès de mal soit par excès de douleur. Or, Polos admet qu’il est plus facile de commettre l’injustice que de la subir en restant droit dans ses bottes ; ce qui revient à admettre que si commettre l’injustice est plus laid que de la subir, c’est parce que cela est plus mauvais, et donc parce qu’il est pire de subir l’injustice plutôt que de la subir. Socrate va même plus loin en affirmant qu’en réalité, les autres hommes sont tous d’accord avec lui ! En effet, qui préférerait « une chose plus mauvaise et plus vilaine à une autre qui l’est moins ? » (475d, p. 449) Quel homme préférerait le plus mauvais ? Aucun. Aussi, personne ne préférera commettre l’injustice plutôt que de la subir. Ce qui signifie que la doxa, quand elle prétend qu’il vaut mieux commettre l’injustice, elle se voile la face. Socrate, dans le Criton, va même encore plus loin ! Pour situer un peu le Criton, quelques rappels historiques. Socrate, ce brave homme, va être accusé par Anytos, Lycon et Mélétos de corrompre la jeunesse, de ne pas reconnaître les dieux d’Athènes et de croire en de faux dieux. Evidemment, ces chefs d’accusation ne font rien d’autre que de cacher les réels enjeux politiques derrière l’accusation de Socrate. L’Eutyphron en fait mention. Socrate se défendra (Apologie de Socrate – Platon et Xénophon), mais sera condamné à mort ! Il devra boire la ciguë. En même temps, provoquer les autres en demandant à être payé par la cité, c’était peut-être pas le meilleur truc à faire. Mais, des amis à lui (Criton, par exemple) essaieront de le faire sortir de prison, pour qu’il puisse fuir Athènes : sa condamnation étant tout à fait injuste ! Et c’est dans le Criton que Socrate va revenir sur son paradoxe : il va refuser de s’évader parce qu’il vaut mieux subir l’injustice plutôt que la commettre ; jamais, nulle part, il est avantageux de préférer la seconde option. Mais commettrait-il vraiment un acte injuste s’il s’évadait ? Peut-on répondre à l’injustice par ce qui est une injustice ? En sommes, Socrate doit-il aller au bout de ses convictions ? Socrate rappelle d’abord que l’important, ce n’est pas de vivre, mais dans vivre dans le bien, c’est-à-dire vivre dans la justice ! (Criton, 48b, p. 278). Ici, Socrate semble indiquer ce qu’on disait de la justice plutôt, à savoir que pour être juste, il faut être conforme aux lois. Et toujours selon Socrate, répondre à l’injustice par l’injustice n’est clairement pas une solution. En effet, si parce que j’ai été accusé de quelque chose, injustement, je devais commettre des exactions, serais-je meilleur que ceux qui m’accusent ? Non, il est préférable de rester droit dans ses bottes : les gens qui savent reconnaître le juste sauront que cette accusation injuste ne vaut rien. Et plus encore, les dieux eux-mêmes le savent. L’avis du commun, qui est le même qui plus tôt pensait qu’il fallait commettre l’injustice, vaut-il quelque chose s’il n’est pas fondé sur le vrai ? On notera ici une certaine proximité entre le vrai et le juste. Rendre le mal pour le mal, faire du tort aux autres, c’est un acte injuste. Mais s’il s’évadait, à qui il ferait du tort ? Aux gardes qui devaient le surveiller ? Non. Pour Socrate, il ferait du mal non pas à de simples hommes, mais à la cité toute entière. Et c’est à ce moment que Platon fait parler les lois ! La prosopopée des Lois, qui est mon passage préféré de tout Platon, va nous indiquer la marche à suivre. « Lois – Dis-moi, Socrate, qu’as-tu l’intention de faire ? Ce que tu entreprends de faire, est-ce autre chose que de tramer à notre perte à nous, les Lois et l’État, autant qu’il est en ton pouvoir ? » (50b, p. 280) Une première chose qu’il convient de noter, c’est que refuser de se soumettre à la loi, surtout quand on en a profité pendant plus de 70 ans (50d-sq), sous prétexte de quelque injustice, c’est rejeter l’autorité de la loi. « Lois – Dans ces conditions, tu transgresses les contrats et les engagements que tu as pris avec nous, des accords et des engagements que tu as conclus sans y avoir été contraint, sans avoir été trompé par une ruse ni avoir été forcé de prendre une décision précipitée, puisque, effectivement, tu as eu pour y réfléchir soixante-dix an, pendant lesquels il t’était permis de t’en aller, si nous ne te plaisions pas et si nos accords ne te paraissent pas justifiés » (52e, p. 283). Les Lois font remarquer à Socrate que s’il n’était pas d’accord avec le « contrat » (qui n’est pas sans nous rappeler le concept de contrat social développé par certains philosophes comme Hobbes, Rousseau ou Locke) qu’il a passé avec la Cité, il aurait pu s’en aller plus tôt. Et là, puisqu

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