Philoctobre#2025 - 10 Jean Duns Scot - L’univocité de l’être Dis-moi, tu serais p - Qwice

Philoctobre#2025 - 10 Jean Duns Scot - L’univocité de l’être Dis-moi, tu serais pas la date du jour ? Parce que t’es trop un 10/10 ! Cette disquette ne peut être dite qu’aujourd’hui.

Petitcapybara - Qwice 2026

Philoctobre#2025 - 10 Jean Duns Scot - L’univocité de l’être Dis-moi, tu serais pas la date du jour ? Parce que t’es trop un 10/10 ! Cette disquette ne peut être dite qu’aujourd’hui. Ah oui, ça n’a rien à voir avec le sujet du jour. Bonjour, vous connaissez Jean Duns Scot ? Maintenant, oui. Et vous savez ce qu’il dit sur l’être ? Il défend l’univocité de l’être. Je vous en parle ? Super ! Je vais également vous parler un peu de Thomas d'Aquin. I. L’Être, univoque ou multiplicité des étants ? Pourquoi cette question ? Éternelle question que celle-ci ! On l’a abordé avec Démocrite et avec Plotin. Qu’est-ce que l’être ? Est-ce un ou multiple ? La question de l’univocité de l’être est au centre de la question de la métaphysique pour Duns Scot : pour le docteur subtil, malgré ce qui semble de prime abord, poser l’univocité de l’être est nécessaire afin que la métaphysique devienne science. Aussi, la question de l’être et de son univocité est non pas une simple question ontologique, sinon est une question pour la métaphysique, pour renouveler la métaphysique. Avec cette question, Duns Scot s’oppose au thomisme, c’est-à-dire la métaphysique de Saint-Thomas d’Aquin, notamment en proposant l’abandon de l’analogie pour comprendre l’être. Il propose de « détruire la philosophie » ou tout du moins, un certain état de la philosophie : il y a, avec Duns Scot, une métamorphose de la métaphysique. Et cette métamorphose de la métaphysique se joue sur la question de l’être, et particulièrement sur la distinction entre l’être, l’existence et l’essence, sur ce que signifie « être ». Duns Scot s’oppose donc à Thomas d’Aquin. Dans la philosophie scolastique classique, celle de Saint-Thomas, l’essence (ou essentia), c’est soit la quiddité, c’est-à-dire le « qu’est-ce que » de la chose, autrement dit sa nature, son utilité, sa cause finale (ici, on note une grande influence aristotélicienne), soit la nature de la chose. Mais, ce n’est pas ainsi que la pense Duns Scot. Pour lui, l’essence, c’est bien plus la « realitas » de la chose, ou encore ce qu’elle est, sa consistance logique, le fait qu’elle ne soit pas en contradiction, le fait qu’elle puisse exister et qu’elle puisse être pensable. Aristote, dans sa Métaphysique, réduit l’existence à l’essence et ne pose pas vraiment la question de l’exitence. Cette question de l’existence, de la différence entre existence et essence, ne sera réellement posée qu’à partir du Moyen Âge, en raison du créationnisme. Et c’est justement à partir du cadre de pensée créationniste que la question de l’être ainsi que la « destruction » de la métaphysique qu’entreprend Duns Scot prennent tout leur sens. Peut-on dire que Dieu est de la même manière qu’on dit qu’une table est ? Quand on dit « Dieu existe », dit-on la même chose que lorsqu’on dit « Je suis, j’existe » ? Et plus généralement, ça veut dire quoi « être » ? Doit-on restreindre l’être à l’existence ? Quelle place donner à l’essence ? Pour Thomas, « l’être est autre que l’essence ou la quiddité », en effet, « toute essence ou quiddité peut être pensée sans que rien ne soit pensé de son être ; je peux, en effet, penser ce qu’est l’homme ou le phénix, et pourtant ignorer s’il a un être dans la nature » (De ente et essentia). Ce que veut dire, ici, Saint-Thomas, c’est qu’il y a des étants qui n’existent pas et pourtant qui ont une essence. Le phénix, et en vérité n’importe quel cryptide peut faire l’affaire, c’est le genre de choses qui n’existent pas (au mieux, on ne sait pas si ça existe) dont on a une définition assez claire. Je peux aisément vous dire ce qu’est un phénix sans jamais qu’une telle créature existe réellement. Il en est de même pour les choses qui existent : un homme, ça existe, j’en ai déjà rencontré, mais définir l’homme ne suffit pas à me dire si cette chose existe. Thomas prouve également qu’il y a une distinction réelle (= A et B sont deux choses distinctes), véritable, entre l’essence et l’existence. On peut penser l’essence sans que l’être n’existe, il faut donc que l’existence et l’essence soient bien deux choses tout à fait distinctes. Plus encore, seul un acte pur réfute une telle distinction. Aussi, à part pour Dieu, dont l’essence est l’existence, cette distinction est réelle pour toutes les créatures : un être qui verrait une indistinction entre son essence et son existence serait forcément unique, or, comme seul Dieu est unique, pour les créatures, il faut admettre cette distinction réelle. Cette distinction n’existe que pour les créatures, ce qui fait que lorsqu’on dit que Dieu existe, on ne dit pas tout à fait la même chose que lorsqu’on dit qu’une table existe. L’existence est pensée comme un acte, l’acte premier et ultime : exister, c’est être suprêmement en acte, c’est-à-dire actualiser l’essence. Exister, c’est l’essence en acte. Chaque acte d’être d’un être en particulier est l’acte d’une essence déterminée : dire « une table existe », c’est décrire l’acte d’être particulière de l’essence « table ». Et, pour Thomas, c’est Dieu qui met l’essence en acte dans l’existence qui devient, ainsi, une non-naissance par laquelle l’essence est causée ou produite. Aussi, cette distinction réelle entre essence et existence ne doit pas s’entendre comme une opposition ou une contrariété : l’essence n’est pas le contraire de l’existence. L’essence, c’est l’autre de l’existence. Aussi, chez Thomas, il n’y a pas d’univocité à l’être. Pis encore, il y a une certaine forme de multiplicité, laquelle est permise par la distinction réelle entre l’existence et l’essence. II. Univocité de l’être C’est donc contre cette conception thomiste que Duns Scot invente l’univocité de l’être (univocitas entis). L’univocité de l’être, pour faire simple, c’est la thèse selon laquelle l’être se dit en un même sens de Dieu et des créatures. Chez Thomas, on voit bien que l’être ne peut se dire en un même sens entre Dieu et ses créatures : Dieu est unique parce qu’il est acte pur ; la multiplicité des créatures est permise parce que l’essence et l’existence sont deux choses réellement distinctes. Aussi, être, quand on est Dieu, ça n’a rien à voir avec le fait d’être en tant que créature. Quoiqu’il y ait une analogie, selon Thomas, on a deux sens de l’être. C’est donc à cela précisément que s’oppose Duns Scot. Il s’oppose donc à cette distinction réelle parce qu’il refuse de penser que ce que pense Dieu avant la création du monde est une chose strictement distincte de la chose après la création du monde. Pour le dire ainsi, selon Duns Scot, c’est faire un paralogisme du relatif à l’absolu : ce que pense Dieu avant la création est relatif, c’est-à-dire est objet de sa pensée, à Dieu. Aussi, il faut assumer l’univocité de l’être : je peux appeler « être » autant Dieu que l’homme. Avant la création du monde, pour Duns Scot, l’être des créatures est déjà dans la pensée de Dieu comme être objectif, intelligible, ou être en tant que représenté. Ce que pense Dieu, ce n’est pas une simple chose, qui relèverait de la subjectivité, mais c’est objectif : si ce que pense Dieu n’était que des choses, alors on confondrait le relatif et l’absolu. Dieu ne pense pas d’abord l’essence, puis ajoute l’existence. Au moment qui précède la création, il n’y a que l’être représenté et relatif à Dieu, soit un être diminué. Exister, ainsi, c’est être produit. L’être diminué, c’est-à-dire ce que je pense, quand je le pense de manière non contradictoire, est consistant. Mais qu’est-ce donc que tout ce charabia ? Que veut dire Duns Scot ? Ce qu’il faut retenir, c’est que, pour le docteur subtil, le thomisme, en ce qu’il distingue réellement essence et existence, se trompe lourdement : il faut assurer une identité de l’être, une univocité de l’être, autrement dit, il faut que l’être ne puisse se dire qu’en un seul sens. L’être est bien toujours le même entre l’être de Dieu et l’être des créatures ; l’être des créatures, dans la pensée de Dieu, sont tout autant des êtres que l’être divin. Pour autant, Duns Scot ne renonce pas à penser leur distinction : elle n’est pas une distinction réelle, autrement dit, même si l’essence et l’existence ne sont pas deux choses réellement différentes, elles restent distinctes quand même. Cette distinction est dite modale. L’existence est une forme, ou plutôt un mode, de l’essence, ou encore, l’existence n’est pas une chose distincte de l’essence, elle n’en est qu’une détermination. La différence est au niveau ontologique, mais il ne s’agit de dire que l’essence et l’existence sont deux choses indépendantes l’une de l’autre. L’existence accomplit toujours l’essence. Aussi, l’être est univoque, il ne se dit qu’en un sens, car quand on pense une chose, on pense bien son essence ; et si la chose qu’on pense n’existe pas, c’est seulement parce que Dieu, en tant qu’il est doué d’un libre arbitre, n’a pas voulu que l’essence de la chose passe à l’existence. Je peux pleinement considérer Dieu comme un être, au même titre qu’une table ou un homme. Vous avez compris quelque chose ? Moi non plus ! J’espère que vous aimez la métaphysique et l’ontologie. Parce que moi, non. Bref, bibliographie en dessous. Bonne année et à demain pour le prochain épisode. Bibliographie Duns Scot, Signification et vérité, Paris, Vrin, trad. G. Sondag,

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