Il me prend l'envie de vous raconter la petite histoire de deux magazines, car... - Qwice

Il me prend l'envie de vous raconter la petite histoire de deux magazines, car leur destin revêt un intérêt qui va bien au-delà de leurs thèmes. Lotus Noir et Mana Rouge. Tout commence un...

Ma Fête Foraine - Qwice 2026

Il me prend l'envie de vous raconter la petite histoire de deux magazines, car leur destin revêt un intérêt qui va bien au-delà de leurs thèmes. Lotus Noir et Mana Rouge. Tout commence un peu avant l'arrivée des cartes Magic en France, lorsque Lotus Noir, empruntant son nom au Black Lotus, la carte de collection la plus chère de l'histoire des jeux de cartes à collectionner (quoique, avec ce que Pokémon est devenu depuis, à voir), voit le jour et s'impose sur ce segment. Cotes des cartes, analyses, actualités, propositions de decks, il y avait tout ce dont un joueur pouvait rêver à une époque où Internet n'existait pas franchement. C'était en 1994. Cinq ans plus tard, un certain Léonidas Vesperini en devenait le rédacteur en chef. Le mensuel allait s'arrêter au bout de dix ans d'existence, avec un numéro affichant fièrement son anniversaire en couverture. Depuis des années (combien, je l'ignore), le magazine avait un dessinateur attitré, qui signerait cette fois carrément la couverture, Bruno Bellamy, essentiellement connu pour ses demoiselles pulpeuses. Quelques mois passent. Un nouveau magazine surgit en septembre 2005 : Mana Rouge. Son rédacteur en chef : Léonidas Vesperini. Son dessinateur : Bellamy. Mais l'aventure Lotus Noir n'était pas terminée pour autant. En novembre, il ressurgit de ses cendres, piloté par un Karim Aouidad. Un nouvel illustrateur propose une nouvelle mascotte, appelée Pétale, qui annonce au lecteur que la mascotte précédente, sa sœur Lotus, est partie en laissant derrière elle un sacré capharnaüm. Que s'est-il passé au juste ? Vraisemblablement des dissensions dans les salles de rédaction. La grosse majorité de l'équipe chargée de Lotus Noir a pris ses cliques et ses claques et a fondé Mana Rouge, un magazine dont les rubriques étaient extrêmement similaires à ce que faisait Lotus Noir auparavant. Certaines rubriques les ont même suivies telles quelles, et ils n'ont pas vu de problème à ce que l'un de leurs contributeurs, qui faisait parler un personnage fictif, le sorcier gobelin Roldaïce dans des rubriques explicatives du jeu Magic, reprenne littéralement le même personnage dans une rubrique signée par le même auteur. Et alors que dans son éditorial, Léonidas Vesperini, pour Mana Rouge, souhaitait rassurer ses lecteurs en leur faisant savoir que leur nouvel éditeur, Histoire et Collections, était riche de plus de vingt ans d'expérience, quelques mois plus tard Lotus Noir disait exactement la même chose. Vous avez cru que c'était fini pour nous, nous revoilà avec un éditeur riche de plus de vingt ans d'expérience ! Il est intéressant de comparer des numéros sortis le même mois, notamment les couvertures. Comme ces magazines dépendaient des communiqués de presse des éditeurs de jeux de carte, les illustrations de couverture étaient souvent, pour un même mois, exactement les mêmes ! Dans la véritable guerre que se livraient les deux magazines, un autre fait singulier est à relever. Alors que Lotus Noir avait fait son retour le mois de sortie du numéro 3 de Mana Rouge, à partir de son numéro 5, Mana Rouge afficha, sur chacune de ses couvertures jusqu’au numéro 11, un bandeau très voyant où l’on pouvait lire : « LA VRAIE COTE, LA VRAIE ÉQUIPE ! » (et même « LES VRAIES INFOS » au début mais cette phrase, intercalée entre les deux autres, ne dura que pour le numéro 5, tandis qu’à partir du 6 les deux mots « VRAIE » restants se retrouvaient soulignés en rouge). Mana Rouge ne s’en est pas tenu là. Dans ce même numéro 5, l’une des mascottes dessinées par Bellamy pousse un coup de gueule sur la page d’éditorial contre « un autre magazine utilisant le même visuel de couverture », sans jamais nommer frontalement le nouveau Lotus Noir, qui est cependant très clairement la cible de cette fronde - réaction immédiate au choix de couverture fait le mois précédent par la nouvelle équipe de Lotus Noir. Page 84, photo à l’appui, l’équipe montre que pour ce numéro 5, la couverture a été affichée publiquement lors d’un salon afin d’éviter que ce fait ne se reproduise. Le numéro 89 de Lotus Noir, publié le même mois, opta pourtant pour le même visuel. Et si quelques mois passèrent sans affaire supplémentaire, ma pile de magazines est là pour témoigner les nombreuses fois où, à partir du numéro 93, le phénomène se reproduisit. On peut se demander si le nouveau Lotus Noir pratiquait l’espionnage industriel. Il faudrait aussi savoir lequel des deux magazines paraissait en premier sur les étals. Le timing semble un peu court, et il est trop tard pour envoyer le détective Éric Antony, célèbre sur Qwice pour ses démêlés avec Organisation de l'Ombre, mener l’enquête. À noter qu’au contraire de Mana Rouge, qui lavait son linge sale en éditorial, sur ce point-là le nouveau Lotus Noir préférait faire profil bas, et ne mentionna jamais la rivalité existant de fait entre les deux publications. Maintenant, ayons une pensée pour les quelques personnes s'étant enrichies grâce à ces magazines. En effet, plusieurs fois, l'un et l'autre ont organisé des concours dont le premier prix était... un Black Lotus. Mana Rouge, le vrai esprit Lotus Noir, s'éteignit avant le magazine ancestral. Mais ce dernier non plus ne put survivre face à la plus terrible des concurrences : Internet. Ainsi s'acheva, dans le domaine de la presse du loisir et du divertissement, une certaine époque. Et ainsi s'achève ma chronique du jour. Malheureusement, toutes les chroniques n'ont pas forcément un happy end.

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