J'aime bien les réseaux sociaux. Ça me rappelle à chaque fois ce que dit Kant sur l - Qwice

J'aime bien les réseaux sociaux. Ça me rappelle à chaque fois ce que dit Kant sur la métaphysique. « [La métaphysique] est plutôt une arène, qui semble très proprement destinée à exerc

Petitcapybara - Qwice 2026

J'aime bien les réseaux sociaux. Ça me rappelle à chaque fois ce que dit Kant sur la métaphysique. « [La métaphysique] est plutôt une arène, qui semble très proprement destinée à exercer ses forces en des combats de parade, et où aucun champion n’a jamais su se rendre maître de la plus petite place et fonder sur sa victoire une possession durable. » (Critique de la raison pure, Préface à la 2ᵉ édition, AK, III, 11-12) C'est « le champ de bataille de ces combats sans fin » (Préface à la 1re édition, AK, IV, 7). Chacun campe sur ses positions. On fait comme si on avait gagné. Et pourtant, que gagne-t-on réellement en s'écharpant sans jamais chercher à se remettre en question ? Se remettre en question, c'est une chose qui est loin d'être évidente ou agréable, bien sûr, mais un dialogue est-il même possible si on n'accepte pas d'admettre ses erreurs ? Le dialogue est-il même possible si on n'accepte jamais la possibilité de changer d'avis ? Il n'est, évidemment, pas question de dire qu'il faille toujours convaincre l'autre ; seulement, si on peut être d'accord pour ne pas être d'accord — après tout, il y a des positions tout à fait irréconciliables — il faut aussi être capable de s'interroger, de se remettre en question, de remettre en doute ce qu'on dit ou ce qu'on pense. Or, cela est-il favorisé sur les réseaux avec ses bulles de filtre ? Un dialogue authentique et serein semble même empêché. Mais qu'est-ce qu'un dialogue ? Voici ce qu'en dit Gadamer dans Vérité et Méthode (oui, ce post n'a pour but que de partager cet extrait). « En effet, pour avoir un dialogue il faut bien d'abord que les interlocuteurs ne parlent pas chacun pour lui-même. Le dialogue a donc nécessairement la structure question-réponse. La première condition de l'art de dialoguer est de toujours s'assurer que l'interlocuteur suit. Cette condition, nous ne la vérifions que trop bien avec le sempiternel acquiescement des interlocuteurs dans le dialogue platonicien. Le revers positif de cette monotonie est la cohérence interne qui assure le progrès dans le développement du sujet. Être en dialogue signifie se mettre sous la conduite du sujet que visent les interlocuteurs. Être en dialogue, ce n'est pas réduire l'autre au silence par l'argumentation, c'est au contraire déterminer le poids réel de son opinion. C'est donc un art de mettre à l'épreuve. Or, l'art de mettre à l'épreuve, c'est l'art de questionner. Nous l'avons vu en effet, questionner veut dire mettre à découvert et en suspens. S'opposant à la rigidité des opinions, l'acte de questionner met le sujet, avec ses possibilités, en suspens. Celui qui a l'art de questionner, est celui qui sait se défendre contre la tendance de l'opinion régnante à réprimer l'interrogation. Qui possède cet art cherchera lui-même tous les arguments favorables à telle ou telle opinion. La dialectique ne consiste pas à trouver la faiblesse de ce qui est dit, mais à commencer, de sa propre initiative, à lui donner sa véritable force. Ce que l'on entend par là, ce n'est donc pas un art d'argumenter et de discourir, capable de donner force à cela même qui est faible, mais l'art de penser, qui sait donner plus de force aux objections en partant du sujet même. » pp. 584-585

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