Extraits du discours du Président de la République italienne Sergio Mattarella sur les e - Qwice

Extraits du discours du Président de la République italienne Sergio Mattarella sur les enjeux de l'Europe prononcé le 5/02 à Marseille. Il explique à quel point nous sommes à la croisée des

Bruno Leralu - Qwice 2026

Extraits du discours du Président de la République italienne Sergio Mattarella sur les enjeux de l'Europe prononcé le 5/02 à Marseille. Il explique à quel point nous sommes à la croisée des chemins entre la perspective d'une "vassalité heureuse" ou d'une indépendance de l'UE affirmant son modèle comme une référence des droits de l'individu, de la démocratie et de l’État de droit. Un discours inspirant et visionnaire. L’Europe entend-elle être un objet de querelles internationales, un espace où d’autres exercent leur influence ou, au contraire, devenir un sujet de la politique internationale, dans l’affirmation des valeurs de sa civilisation?Peut-elle accepter d’être écartelée entre oligarchies et autocraties?Avec, tout au plus, la perspective d’une “vassalité heureuse”.Il faut choisir: être “protégés” ou être “protagonistes”?L’Italie des Communes, aux XIIe et XIIIe siècle, suggestive mais retranchée dans la défense des identités de chacun, prit acte de l’impossibilité de devenir une masse critique, de survivre de manière autonome : elle fut envahie, subissant une partition.L’Europe se trouve à la croisée des chemins, divisée comme elle l’est, entre des Etats plus petits et des Etats qui n’ont pas encore compris qu’ils sont eux aussi petits, face à la nouvelle conjoncture mondiale.L’Union européenne est un des exemples les plus concrets d’intégration régionale et peut-être le projet le plus abouti – ainsi qu’un exemple de succès - de paix et de démocratie de l’histoire.Elle représente sans nul doute un espoir pour contrer le retour des conflits engendrés par les nationalismes. Un modèle de coexistence qui, ce n’est pas une surprise, a fait des émules sur d’autres continents, en Afrique, en Amérique latine et en Asie.Elle constitue un point de référence dans l’arène internationale, en vue d’un multilatéralisme dynamique et constructif, avec une proposition de valeurs et de normes qui abandonne concrètement le narratif fallacieux qui voudrait que les comportements des méchants soient plus concrets et fructueux que ceux des gentils.L’Union européenne sème et dissémine l’avenir pour l’humanité. En témoignent les accords de stabilisation internationale stipulés avec des pays tels que le Canada, le Mexique, le Mercosur. Avec les mêmes politiques de voisinage, avec les intentions mises en place après la déclaration de Barcelone sur le partenariat euro-méditerranéen (trente ans se sont écoulés depuis cette date).Les interlocuteurs internationaux doivent savoir que l’Europe constitue une référence solide en vue de politiques axées sur la paix et la croissance commune. Cette Europe se fait la gardienne et la protectrice des droits de l’individu, de la démocratie, de l’Etat de droit.Tous ceux qui pensent que ces valeurs peuvent être remises en cause doivent savoir que, à l’instar de ses précurseurs, l’Europe ne trahira pas la liberté et la démocratie.Les alliances elles-mêmes ne se justifient-elles que sur la base de convergences d’intérêts transitoires et, donc, par définition, à géométrie variable, ou renvoient-elles aussi à des valeurs?L’Europe, rappelait Simone Veil au Parlement européen, en 1979, a conscience que “les îlots de la liberté sont cernés par ces régimes où règne la force. Notre Europe est l’un de ces îlots”.Rester retranché sur cet îlot n’est pas la solution: nous avons besoin d’un ordre international stable et mature pour réagir à l’entropie et au désordre causés par des politiques de puissance et pour relever les grands défis transnationaux de notre époque.Les institutions actuelles ne suffisent cependant pas et les réflexions formulées par la Conférence sur l’avenir de l’Europe ces dernières années méritent d’être reprises et mises en œuvre, avec une politique étrangère et de défense commune plus incisive, capable de transmettre la confiance dans le rôle que peut jouer l’Europe afin de répondre aux défis mondiaux.Nous avons montré que nous savions agir efficacement en cas de crises, comme lors de la pandémie, et que nous savions nous opposer de concert aux violations inacceptables du droit des peuples, comme c’est le cas de l’agression russe contre l’Ukraine.C’est avec la même efficacité et la même unité que nous devons maintenant nous renouveler, afin de préserver la sécurité et le bien-être des peuples européens et de contribuer à la paix dans le monde, à commencer par la dimension méditerranéenne et nos relations avec le continent africain voisin.Ce n’est pas la résignation qui doit nous guider mais la volonté de donner un contenu aux efforts nécessaires pour obtenir ces résultats.Aldo Moro, l’homme politique italien assassiné par les Brigades rouges, qui s’était exprimé, en sa qualité de président tournant des Communautés européennes de l’époque (elles regroupaient neuf pays), lors de la session de conclusion de la Conférence d’Helsinki, se proposait de donner du sens à la phase de détente internationale qui s’annonçait, en soulignant qu’elle signifiait “l’exaltation des idéaux de liberté et de justice, une protection de plus en plus efficace des droits de l’homme, un enrichissement des peuples grâce à une meilleure connaissance réciproque, à des contacts plus libres à une plus grande circulation des idées et des informations”.L’Union européenne – et, en son sein, la France et l’Italie – doit prendre la tête d’un mouvement qui, tout en revendiquant les principes fondateurs de notre ordre international, sache le renouveler, en étant attentif aux requêtes de ceux qui se sentent marginalisés par rapport à la construction actuelle.Une voie qui n’est celle de l’abandon des organismes internationaux ni celle de la répudiation des principes et des normes qui nous gouvernent mais d’une réforme profonde et partagée du système multilatéral, plus inclusive et égalitaire que ce que furent capables de faire les puissances victorieuses de la Seconde Guerre mondiale à laquelle il faut toutefois reconnaître le grand mérite de réunir les vainqueurs et les vaincus, en faveur d’un monde nouveau.De nouvelles idées sont nécessaires et non pas l’application d’anciens modèles aux nouveaux intérêts de quelques-uns.Les universités sont des lieux idéaux pour faire émerger ces idées.Chères étudiantes et chers étudiants,l’histoire est gravée dans les comportements humains.L’avenir de la planète passe par la capacité de façonner l’ordre international afin qu’il soit au service de la personne humaine.Les choix du multilatéralisme et de la solidarité d’aujourd’hui détermineront la qualité de votre avenir.Il s’agit de ne pas répéter les erreurs du passé mais de créer un nouveau récit.Ce n’est qu’ensemble, en tant que communauté mondiale, que nous pouvons espérer construire un avenir prospère, inspiré par l’équité et la stabilité.Je vous souhaite, je souhaite à chacun d’entre vous, beaucoup de succès dans les études que vous poursuivez, dans l’espoir qu’elles vous amèneront à être des acteurs conscients et actifs dans la communauté internationale. 

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