Chapitre 9 Pendant la semaine qui suit cette séance de toilette de Félicien, ce dernie - Qwice

Chapitre 9 Pendant la semaine qui suit cette séance de toilette de Félicien, ce dernier note une amélioration dans sa condition physique. Son mal de crâne ne lui donne plus de vertiges chaque fo

Rena Stère - Qwice 2025

Chapitre 9 Pendant la semaine qui suit cette séance de toilette de Félicien, ce dernier note une amélioration dans sa condition physique. Son mal de crâne ne lui donne plus de vertiges chaque fois qu'il s'assoit, ce qui l'arrange, puisqu'il ne souhaite plus passer toute la journée couché, et ses heures de sommeil diminuent petit à petit, s'approchant à un rythme normal. Mais ce fait lui pose un autre problème : ses journées deviennent vite ennuyantes. Il n'est pas assez fatigué pour dormir, mais pas assez éveillé pour être productif. Alors Félicien s'occupe comme il peut, en lisant des livres qu'il n'a pas pu achever ou en observant sa domestique. Cette dernière ne converse pas beaucoup, contrairement à Raphaël, même si elle s'enquiert de comment il se porte de temps à autre ou lui parle du beau temps. Assise sur la chaise à côté de lui, le regard tourné vers la fenêtre, elle contemple le lac ou le paysage. Ses yeux immobiles ne laissent plus rien transparaître d'autre que de l'impassibilité. Marianne ne s'est jamais plainte une seule fois de s'ennuyer, même sous forme d'humour, et reste à sa place jusqu'à la nuit tombée. Les rares fois où elle agit, c'est lorsqu'il y a un petit désordre dans la pièce qui lui permet de bouger un peu de sa place pour le nettoyer ou lorsqu'elle doit alimenter le poêle pour garder la pièce à une bonne température. Devant ce travail si méticuleux, Félicien ne peut pas s'empêcher d'éprouver un respect à son égard et également de l'inquiétude. Aujourd'hui, le temps est dégagé et montre un magnifique ciel bleu. Le maître du manoir mange son repas du midi ; des aliments un peu plus durs comme du pain ou de la viande séchée ont été réintégrés dans son assiette, lui permettant d'ingurgiter autre chose qu'une soupe aussi appétissante qu'un tas de boue. Durant son dîner, le jeune homme jette quelques coups d'œil vers sa domestique qui ne bouge toujours pas de sa place, le regard rivé vers les fenêtres et les mains bien posées sur ses genoux. Depuis le temps qu'il envisageait de lui apprendre à lire, il devrait peut-être s'y mettre aujourd'hui. Initialement, il avait souhaité le faire le lendemain où il apprit que Marianne était analphabète, mais son humeur n'était pas suffisamment stable ou sa fatigue était bien trop présente pour vouloir s'y mettre dans l'immédiat. Maintenant que l'épuisement ne le retient plus, il va pouvoir enfin exécuter sa tâche. Il termine son dernier morceau de pain et interpelle la jeune femme en l'appelant par son prénom. — Oui, Monsieur ? s'exclame la concernée, réveillée de ses pensées. — Débarrassez la table et au retour, allez me chercher des feuilles et des crayons dans mon bureau. — Des feuilles et des crayons ? répète-t-elle. Très bien, je reviens tout de suite. Marianne récupère le plateau et s'absente de la chambre pour revenir un quart d'heure plus tard. Comme demandé, elle donne des feuilles vierges et des crayons à papier. Le jeune homme s'assoit devant le bureau vide de sa chambre et commence à écrire sur une feuille. Avec toute sa concentration et son énergie, il inscrit l'alphabet en gros caractère et fait régulièrement des pauses pour reposer sa main, étant donné que ça fait trop longtemps qu'il n'a plus tenu de crayon. Sa domestique reste à ses côtés, à la fois curieuse et confuse. Lorsque son maître termine sa tâche, il tend la feuille à Marianne, puis retourne s'assoir sur le bord de son lit. — Savez-vous ce que c'est ? questionne-t-il. — Il s'agit des lettres, non ? — Oui, il s'agit de l'alphabet. Savez-vous le lire ? Son interlocutrice montre un visage nerveux et n'ose pas répondre. Elle secoue finalement la tête : — Non, je ne sais pas lire, annonce-t-elle piteusement. Est-ce que c'est grave ? Il y a un problème ? — Ce n'est pas grave si nous commençons votre éducation maintenant, rétorque son maître. Alors, asseyez-vous. Nous allons commencer par les bases. https://www.youtube.com/watch?v=qfBV5O-ZxaQ&list=PL8z79euQaq-ljKXqRjapOe7iDrlYUfJVG&index=13 Déboussolée, Marianne s'exécute et sa première lecture de l'alphabet s'avère médiocre. Elle se trompe, confond et se perd dans les lettres qu'elle doit citer ; à part la première, le reste lui paraît compliqué. C'est seulement au bout d'une demi-heure qu'elle réussit à réciter l'alphabet. Étonnamment, songe Félicien, elle a une compréhension rapide et même pour une illettrée, ce n'est pas mauvais. Il ne peut pas s'empêcher de ressentir une certaine fierté à l'idée d'avoir bien enseigné ; peut-être qu'il aurait pu faire enseignant dans une autre vie. À la septième récitation, son élève demande son approbation, investie dans sa tâche. — Est-ce que j'ai été juste ? — Oui, vous vous êtes bien débrouillée, vous n'avez fait aucune faute. — Vraiment ? rétorque-t-elle, avec les yeux brillants et enthousiastes. Est-ce que je serai capable de lire, en ayant appris l'alphabet maintenant ? — Si vous vous appliquez pour l'apprentissage des liaisons, vous pourriez lire prochainement et même écrire, oui, ajoute Félicien. — Écrire ? Comme Raphaël lorsqu'il écrit les courses sur une feuille ? — C'est un exemple étrange, mais oui, c'est la définition d'écrire. — Je vois. Est-ce que je pourrai savoir comment écrire votre prénom ? — Mon prénom ? Une demande farfelue, mais Félicien n'y voit pas d'inconvénient. Alors le jeune homme retourne s'assoir devant le bureau pour y écrire son prénom. Il peut sentir le regard insistant de sa domestique qui paraît très intéressée, ce qui le rend un tout petit peu nerveux, et pose le crayon une fois terminé. Après cela, il retourne sur le bord de son lit, préférant le confort de son matelas plutôt que la dureté de sa chaise – Il faut dire que son dos n'apprécie pas tant ça. Marianne saisit la feuille pour la lire, ou plutôt, la regarder. Elle s'émerveille pleinement, comme si elle avait vu une belle œuvre d'art exposée au Louvre, et s'exclame : — C'est un joli dessin. — Ce n'est pas du dessin, c'est de l'écriture, rectifie son maître. — Pourtant, votre prénom est écrit comme un joli dessin. À ces mots, Marianne saisit le crayon et se met à gribouiller sur la feuille à son tour. Sa tenue est très maladroite, elle met un petit moment à savoir comment elle devrait le tenir, tentant tant bien que mal d'imiter son professeur. Une fois en main, elle appuie inutilement sur la pointe et chaque trait se fait avec difficulté. Comme attendu, la mine se casse et la domestique bredouille des excuses, avant de saisir un autre crayon. Une fois terminée, Marianne constate le résultat, puis cache la partie gribouillée de la feuille contre sa poitrine. — Ce n'est pas très bon, marmonne-t-elle. — Vous ne vouliez pas me la montrer ? lui questionne Félicien, en penchant sa tête sur le côté, curieux d'apercevoir le résultat. — Ce n'est pas aussi joliment fait que vous. — Vous ne pourriez pas vous améliorer si je ne peux pas vous donner des pistes pour cela. Résolue, Marianne dévoile la feuille, avec un sourire nerveux. Le prénom est écrit d'une manière brouillonne et enfantine, son maître pourrait même se dire qu'un enfant réussirait à l'écrire d'une meilleure façon que cela. Pourtant, Félicien trouve honorable de mettre autant de cœur à l'ouvrage. — Ce n'est pas très joli, n'est-ce pas ? demande son élève, déçue. — C'est une question d'entraînement, si vous changez la manière de tenir votre crayon et que vous appuyez moins, vous pourriez améliorer votre écriture en peu de temps. Félicien retourne s'assoir devant la table et récupère son crayon pour montrer visiblement la tenue. Il commence à écrire sur la feuille et son élève s'enthousiasme pour une chose aussi anodine ; Marianne a l'impression que la mine danse d'une manière gracieuse sur la feuille et ça la fascine. Lorsque son maître pose le crayon, la jeune femme se penche pour voir ce qui est inscrit et, étonnamment, ça ne ressemble pas au prénom de son maître. — Qu'est-ce qui est écrit ? C'est une autre manière d'écrire votre prénom ? — Non, il n'existe qu'une façon d'écrire les prénoms, rectifie-t-il, en croisant les bras. J'ai simplement écrit le vôtre. — Le mien ? Marianne regarde l'écriture de son prénom. Elle l'observe sous tous les angles, puis se met à sourire. — C'est étrange, j'imaginais mon prénom différemment. — De quelle manière ? Étant donné que son élève était analphabète, il est tout à fait normal qu'elle se représente certaines choses différemment et ça intrigue Félicien de savoir comment. Pensive, Marianne meut ses mains durant ses explications, espérant que cela pourrait donner une meilleure compréhension : — Quand je sortais de la maison des Dubois pour faire les courses, je le voyais sur le chemin de pierre qui menait à la sortie. — Un chemin de pierre ? Qu'est-ce qui vous faisait penser que c'était votre prénom ? — Je l'ignore, le chemin sinuait un peu, la pierre était grisâtre et imparfaite, alors j'avais l'impression que ça ressemblait à mon prénom. — Vous en avez de l'imagination, réplique Félicien, surpris. De quelle manière imaginez-vous le prénom de Raphaël, alors ? — Et bien, quand je nettoie la cuisine et que je nettoie les tasses avec les petites roses des

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