Conservation et valeurs de monuments – Riegl Le tombeau du pharaon Toutânkhamon (XVIII - Qwice

Conservation et valeurs de monuments – Riegl Le tombeau du pharaon Toutânkhamon (XVIIIe dynastie, c. 1345 – 1327 av. J. C.) est menacé. Selon une récente étude publiée par Sayed Hemeda (di

Petitcapybara - Qwice 2026

Conservation et valeurs de monuments – Riegl Le tombeau du pharaon Toutânkhamon (XVIIIe dynastie, c. 1345 – 1327 av. J. C.) est menacé. Selon une récente étude publiée par Sayed Hemeda (directeur du département de conservation de l’université du Caire – voir la publication dans nature « 3d stability modelling of Tutankhamen,s Tomb (Kv62) using Plaxis 3d with jointed rock model »), la tombe de Toutânkhamon est menacée, à terme, de s’effondrer. Il faut intervenir pour protéger le monument. À partir de l’étude de ce cas, j’aimerais proposer une réflexion sur la conservation des monuments, et ce que Riegl appelle les valeurs de monuments. Faut-il conserver les monuments ? La restauration et la conservation de monuments entrent-elles en contradiction avec la « valeur du monument » ? Quelles sont les valeurs des monuments ? I. Article sur la tombe de Toutânkhamon Sayed Hemeda, dans son article « 3d stability modelling of Tutankhamen,s Tomb (Kv62) using Plaxis 3d with jointed rock model », publié en mai 2025 dans Nature, explique, en construisant un modèle en 3D pour modéliser le tombeau, que la tombe est vulnérable, que, même si elle apparaît structurellement stable, certaines zones sont fragiles et ont besoin d’être surveillées et renforcées. L’étude propose deux choses. D’abord, elle présente une modélisation géotechnique et les calculs des contraintes et des déformations du tombeau ; ensuite, elle tente d’identifier les facteurs principaux qui influencent la stabilité des parois et des plafonds de l’antichambre et de la chambre funéraire. Lesquels plafonds et parois desdites chambres sont fragilisés. Si de manière générale, on observe assez fréquemment des dommages significatifs dans les constructions souterraines de la Vallée des Rois, le tombeau de Toutânkhamon est tout de même un des tombeaux les plus pauvrement préservés de la Vallée des Rois (p. 2). Toutefois, ce sont les récentes inondations soudaines accompagnées de fortes pluies, causant notamment une contrainte géostatique à savoir une pression exercée uniquement par le poids des terrains sus-jacents du tombeau. Les infiltrations d’eau et les crues soudaines provoquent des dommages aux piliers de soutien et aux parois du tombeau (pp. 2 et 5). Les plafonds, également, se décollent. Ces récentes inondations et ces pluies diluviennes sont en partie causées par le dérèglement climatique. Lesquelles inondations et pluies peuvent conduire à des tremblements de terre de magitude 6 sur l’échelle de Richter. Aussi, si l’enjeu dans la nécessité de conserver ce monument est d’abord archéologique, il est aussi environnemental. On peut donc observer de profondes fissures dans les plafonds de l’antichambre et de la chambre funéraire. De ces fissures, l’eau peut s’infiltrer et menace alors l’intégrité structurelle du tombeau ainsi que ses peintures murales intérieures. D’une part, les peintures murales et autres bas-reliefs risquent d’être effacés et altérés par l’eau, mais aussi, d’autre part, l’humidité qui augmente dans le tombeau multiplie les infections fongiques et ces infections affectent également les peintures. En fin d’étude, le chercheur Sayed Hemeda, à partir de ses résultats, propose des pistes pour conserver le tombeau : par exemple, pour réduire les fluctuations d’humidité, il faut limiter la circulation de l’air dans et autour du tombeau ; il faut proposer un programme de renforcement et de rénovation ciblé (p. 11). Cependant, ces rénovations et restaurations, ces programmes de conservation, ne risquent-ils pas d’altérer, d’une certaine manière, le tombeau ? Si. Et ce parce qu’on privilégie une des « valeurs » de monuments. Mais qu’est-ce donc qu’une « valeur » de monuments ? II. Les trois valeurs d’un monument chez Riegl Riegl, dans Le culte moderne des monuments, un livre commandé par la commission centrale des monuments d’Autriche-Hongrie, à l’occasion d’une réorganisation des manières de conservation des monuments publics en Autriche, interroge ce qu’est un monument en pensant ses différentes valeurs. Selon lui, il y en a trois : la valeur d’ancienneté, la valeur historique et la valeur de remémoration intentionnelle. Chacune de ces valeurs s’oppose assez frontalement, créant ainsi une tension qui peut exister entre le désir de conserver un monument et la perception du monument comme objet du passé. Peut-on conserver et restaurer un monument sans pour autant l’altérer ? Comment faire pour que la restauration ne nuise pas à la valeur historique du monument et à son aspect « suranné » ? Avant de répondre à cette question, je vais d’abord présenter les valeurs d’un monument pour Riegl (en II) et je proposerai d’y réfléchir en III. A. Ancienneté La valeur d'ancienneté, nous dit Riegl, c’est son aspect plus ou moins suranné, sa déconnexion avec le présent. Un monument a une valeur d’ancienneté quand il entre, visuellement d’abord et techniquement ensuite, en « contradiction avec le présent » (Riegl, p. 43). Cette valeur se révèle grâce aux imperfections dues au passage du temps, grâce au manque d’unité du monument, à sa dissolution. Le tombeau de Toutânkhamon, par exemple, a une valeur d’ancienneté : dans la chambre funéraire, on note assez facilement la peinture qui s’écaille ou qui a disparu. Riegl va même plus loin. Pour les monuments anciens, c’est cette valeur d’ancienneté qui plaît : « Dans les œuvres humaines récentes, les manifestations du passage du temps (délabrement prématuré) nous dérangent autant que dans les œuvres anciennes les manifestations d’une recréation (restaurations trop voyantes). Et c’est de la contemplation paisible du cycle pur, impérieux, de la création et de l’altération, imposé par la nature, que se réjouit l’homme moderne » (pp. 46-47). Aussi une telle valeur s’oppose assez bien à la valeur de remémoration intentionnelle, mais également à la valeur historique, la première parce qu’elle tend à effacer purement et simplement le passage du temps ; la seconde parce qu’elle rêve de retrouver la forme originelle du monument. Il faut à tout prix éviter la main de l’homme. B. Historique La valeur historique, c’est celle qui répond à la question « où le monument se situe-t-il dans la « chaîne évolutive de l’histoire de l’art » (p. 13) et en quoi témoigne-t-il du passé ? ». Cette valeur réside dans la place qu’occupe le monument dans la production artistique (p. 54), c’est la représentation d’une étape particulière et singulière dans l’histoire et l’histoire de l’art (p. 55). Riegl nous dit que c’est, d’une certaine manière, la reconnaissance par l’érudit du style de l’œuvre. Toutefois, il s’agit avant toute chose du fait que le témoignage qu’apporte le monument sur son époque. C’est la valeur que donne l’historien au monument, l’historien qui regrette que seules des ruines restent ; c’est la valeur qui est d’autant plus élevée que le monument n’est pas abîmé. Si, bien sûr, la valeur historique n’invite une intervention humaine pour réparer le monument, il invite une intervention pour « préserver au maximum le document original de toute dégradation » (p. 56). C. Remémoration intentionnelle Il reste alors la valeur de remémoration intentionnelle qui réside dans le fait de garder présent le souvenir du passé, de rendre inaltérable un monument. On veut « faire en sorte que le moment associé à ce monument ne soit jamais relégué dans le passé » (p. 69) Ici, il faut penser aux travaux de restauration totale (ou partielle) d’un monument. On peut penser à la reconstruction à l’identique du temple d’Abou Simbel qui, aujourd’hui, a coulé sous les eaux, ou encore à la réparation des pattes brisées de la statuette funéraire en forme d’hippopotame William qu’on trouve au MET. Transition Aussi, Riegl, dans ce livre, interroge le monument en montrant et en précisant la tension qu'il y a entre les différentes valeurs d’un monument, autrement dit, entre le désir de conserver le monument et le monument comme objet du passé. En effet, peut-on vraiment conserver un monument sans l'altérer, sans effacer son passé ? Comment peut-on restaurer un monument sans pour autant effacer le passage du temps ? Comment faire pour que tel monument puisse encore tenir sans que sa valeur historique et sa valeur d'ancienneté ne soient diminuées ? Comment concilier les valeurs entre elles ? III. Comment concilier les valeurs entre elles ? – Le problème de la conservation Ces trois valeurs s’opposent entre elles. Mais peut-on les concilier ? Riegl ne cherche pas tant à les concilier ; on le voit bien, c’est impossible, chaque valeur s’oppose absolument et structurellement aux autres. Vouloir restaurer un monument (ou une œuvre d’art) est toujours quelque chose de difficile : la restauration d’une œuvre n’est jamais une remise à neuf ou une réparation à l’état d’origine. C’est toujours quelque chose d’a posteriori. Pour le dire plus clairement, l’intervention humaine pour restaurer tel monument ou telle œuvre est toujours un geste qui diffère clairement du geste créateur initial. Pour Riegl, il est « impossible que le vouloir artistique ancien puisse être absolument identique à celui de notre époque et que, partant, cette différence doit nécessairement se manifester à travers certains traits » (p. 100). Si je restaure une œuvre, mon intervention n’arrive jamais à remettre l’œuvre dans son état initial. Au contraire, mon intervention ajoute quelque chose de nouveau. Aussi, conserver un monument au sens de restaurer un monument, c’est toujours l’opposition entr

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