Je connais un peu la philo, l'enseignement de la philo et il paraît même que j'ai déjà enseigné la philosophie. J'ai envie de répondre à cette question en répondant également à certaines remarques que j'ai pu lire en commentaires. L'IA, meilleure prof de philosophie qu'un humain ? Si je suis tenté de répondre non, par la nature même de l'acte de philosopher, je pense quand même que la réponse est un peu plus complexe que ça. I. Professeur de philosophie ? Déjà, c'est quoi un « professeur » de philosophie ? On parle du type qui enseignerait la/une philosophie (genre Platon, Aristote, les Stoïciens et les différentes Écoles de pensée) ? Ou bien parle-t-on du professeur de Terminale générale ? Ou encore parle-t-on de l'enseignant à l'université ? Si j'arrive bien à distinguer le professeur type Platon et l'enseignant certifié/agrégé de philosophie, j'avoue ne pas vraiment être sûr de voir ce qui distingue l'agrégé de philosophie face à des Terminales et l'agrégé de philosophie face à une promo de M1, à part peut-être l'attitude et la somme de connaissances qu'il apporte. Le professeur de philosophie ne fait-il, comme j'ai pu le lire, que recracher ce que d'autres ont pu penser ? Oui, mais non ! La transmission du savoir est, certes, une part importante du métier d'enseignant, mais ça ne fait pas tout. Le professeur de philosophie ne fait pas un cours d'histoire de la philosophie. Cela ne veut pas dire qu'il peut tout à fait s'en passer ; en effet, la tradition a pu poser des questions et la manière de les poser peuvent avoir encore un intérêt aujourd'hui. Si on parle encore de Kant, c'est parce qu'il y a quand même eu un avant et un après Kant dans la manière de poser le problème de la connaissance, de penser la morale, de considérer l'art. Mais si la transmission du savoir ne fait pas tout, c'est parce qu'en philosophie, on essaye également de faire penser les élèves : y arrive-t-on toujours ou tout le temps ? Non, mais ne pas réussir quelque chose parfois ne signifie qu'on échoue ou qu'on n'essaye pas de le faire. On essaye de faire penser l'élève, notamment à travers la dissertation et l'explication de texte. Alors, il est vrai que la méthodologie qu'on doit enseigner est loin d'être parfaite, toutefois elle a l'avantage de forcer l'élève à vraiment prendre en charge le sujet/le texte. La dissertation de philosophie, ça reste un bon moyen de philosopher ; tout comme l'explication de texte l'est. Et en tant que professeur de philosophie, on se doit de faire philosopher les élèves ; particulièrement à travers la dissertation et l'explication de texte. Certes, ces exercices sont loin d'être sans défaut, mais de là à les disqualifier pour leurs défauts, sans prendre en compte leurs qualités, c'est dommage. J'aimerais également ajouter ce que dit le BO (bulletin officiel) : « Indissociable de la lecture de textes et d’œuvres appartenant à la philosophie, l’enseignement de la philosophie ne vise pourtant pas la connaissance des doctrines philosophiques ni celle de l’histoire des systèmes philosophiques. Il exclut la visée encyclopédique et la recherche de l’exhaustivité : il ne s’agit ni de parcourir toutes les étapes de la construction historique de la philosophie ni d’envisager tous les problèmes philosophiques que l’on peut légitimement poser. » « Le professeur, responsable de la conception et de la conduite de son cours, suscite et accompagne la réflexion des élèves qui apprennent progressivement à faire usage de la culture philosophique qu’ils acquièrent pour traiter les questions abordées. Il se réfère à des objets décrits avec précision et, conjointement à l’étude qu’il propose des textes et des œuvres, il élabore avec ses élèves des questions et problèmes, et envisage avec eux leur solution possible. Il procède par l’analyse de notions et la délimitation de concepts, permettant ainsi à ses élèves de mettre en œuvre des raisonnements et de formuler des objections. Ces moments de l’enseignement sont toujours ordonnés aux questions examinées et ne font pas l’objet d’un traitement séparé. » (source : https://eduscol.education.fr/document/24043/download ) En droit, non. Un enseignant ne peut jamais construire son cours sans lui-même être philosophe, c'est-à-dire sans lui-même philosopher. Et c'est un peu normal. Un enseignant ne se limite jamais à la transmission de savoirs. Surtout en philosophie : on n'apprend jamais vraiment la philosophie qu'en apprenant à philosopher (déso Kant, je te vole ta réplique). Pourquoi ? Bravo, c'est déjà un réflexe philosophique. Pourquoi, plutôt, faudrait-il avoir du "savoir" alors même que le philosophe désire savoir ? alors même que le philosophe se demande quelles sont les conditions de possibilité pour connaître, pour atteindre le vrai (pour peu qu'il soit accessible) ? alors même que le philosophe se doit d'abord de s'étonner et de douter ? Plus encore, le professeur de philosophie cherche avant tout à s'étonner et à penser les préjugés. Il organise son cours dans une double visée : transmettre un savoir nécessaire pour pouvoir penser par soi-même ET transmettre des réflexes de philosophe. J'ai même envie de dire que le professeur de philosophie se doit également de transmettre « sa » philosophie. II. Méthodologie - Pourtant, me dira-t-on, il suffit en philosophie d'apprendre par cœur la pensée des auteurs au programme et de le recracher selon le contexte. Si vous pensez que c'est ça faire une dissertation, alors vous ne savez PAS faire de dissertation. On n'évalue certainement pas votre capacité à mobiliser un auteur (que vous ne connaissez quasiment pas, que vous n'avez vraisemblablement jamais lu...) : c'est au mieux valorisé. Ce qui est évalué, en dissertation, c'est votre capacité à POSER UN PROBLÈME et à le RÉSOUDRE. Vous pouvez totalement faire une copie sans auteurs : pour peu que vous ayez pris en charge le sujet, que vous ayez montré en quoi il n'est pas évident, quels sont ses paradoxes, ses points de tension, que vous ayez essayé de dépasser ces problèmes en apportant une possible solution, alors vous aurez les points. Les auteurs sont là AU SERVICE de VOTRE pensée. L'élève qui mobilise Kant sans l'expliquer, sans forcément préciser l'apport de Kant à sa copie, n'aura pas une meilleure note pour autant ; car fût-ce Kant, vous devrez assumer sa pensée. Kant, en dissertation, est à votre service. MAIS, je suis d'accord sur un point. On valorise, parfois à tort, la présence d'auteurs. Pourquoi ? D'une part, parce que les enseignants en philosophie sont souvent des types qui ont fait une licence, voire un master, de philosophie et ont donc, d'abord, été très près du domaine de la recherche en philosophie, ensuite, été déformés par une formation qui met plutôt en avant l'histoire de la philosophie. D'autre part, parce que les enseignants, quand ils corrigent certaines copies, sont bien obligés d'essayer de valoriser quelque chose. Quand on voit certaines copies, on se demande ce qu'on peut valoriser. Quand le sujet n'est même pas pris en charge, quand la conceptualisation est quasi absente de la copie, que puis-je vraiment valoriser ? Si ce n'est pas la pensée ou la problématisation, ça sera la connaissance : si je ne peux pas au moins valoriser la « philosophie », je dois valoriser le « savoir philosophique » que je dois transmettre malgré tout. Comme je l'ai dit plus tôt, la méthode n'est pas parfaite, elle fait de son mieux. Sur les questions de la méthode et de la "toxicité" de cette méthode, je vous renvoie à cette vidéo : https://www.youtube.com/watch?v=gnsmrV_NZm0 III. La philosophie Le professeur de philosophie, qu'est-ce qu'il enseigne ? La philosophie, il paraît ! Eh bien qu'est-ce que la philosophie ? Des connaissances académiques ? Non, c'est de l'histoire de la philosophie, ça. Et si la philosophie se limitait à ça, un manuel scolaire ferait tout aussi bien le travail qu'un professeur. Je pourrais proposer des réponses, citer Platon, Aristote, Pythagore, Descartes, Kant, Hegel, ou même ma Tatie Germaine, mais quand je vois que des philosophes se posent encore cette question (genre Deleuze), je me doute qu'elle n'est pas aussi évidente qu'on veut bien le croire. 1. étymologie Philosophie, ça vient de Philein (φιλειν), soit amour/amitié, et de Sophia (σοφία), soit sagesse. Aussi, la philosophie, c'est l'amour de la sagesse. Et si on s'arrête à cette étymologie, on peut entendre que le philosophe désire être sage, c'est-à-dire désire savoir, désire connaître. Mais connaître quoi ? Le vrai. Et pourquoi ? Pour être heureux me répondrait Pierre Hadot. Mais peut-être d'abord pour lui-même : le savoir pour lui-même. Qu'est-ce qui est enviable dans la sagesse ? Qu'a-t-il de plus, ce sage ? Il a des connaissances vraies, certes. Il est sage surtout. Et le fait d'être sage lui confère un statut particulier. Le sage il a un truc en plus : il est heureux, et utilise sa raison. 2. Problème de définitions Mais philologie n'est pas philosophie ! Que nous dit l'opinion du grand nombre sur la philosophie ? Opinion - La philosophie, c'est se poser des questions essentielles et existentielles. Capybara - Lesquelles ? Opinion - Par exemple : pourquoi la vie ? pourquoi la mort ? peut-on atteindre la vérité ? qu'est-ce que la vie ? y a-t-il un but ? Capybara - Et "quand est-ce qu'on m