Logiquement tout le monde connait Sonic. Contrairement à un Mr. Nutz ou à un Kao le Kangourou, le hérisson bleu s’est hissé, et ce dès sa première apparition, au rang de mascotte iconique, tant et si bien que, tout comme son collègue Mario, eh bien les jeux continuent. La principale différence avec Mario : la qualité des jeux est très VARIABLE. Un Sonic, c’est quitte ou double. C’est excellent, ou c’est atroce. On se souvient tous de l’échec cuisant, quoique mérité, de Sonic 2006. En 2000, au Japon, une toute jeune société de jeux vidéo conçoit le jeu Digimon Battle Spirit pour Wonderswan Color, jeu qui connaîtra une version améliorée sur la même console, et un portage sur Game Boy Advance pour les occidentaux. Trop facile pour rester dans les annales, je retiens surtout de ce titre une superbe OST (quoique tronquée de trois morceaux en version occidentale, ce qui est scandaleux) et des pixel-arts de toute beauté. Cette société s’appelle Dimps, et créera plus tard énormément de jeux Dragon Ball. Dimps va bien : son dernier jeu date de 2024. Mais surtout, aussitôt après l’expérience Digimon, Dimps s’associe avec SEGA et la Sonic Team. Entre 2001 et 2013, le logo Dimps figure au générique de dix titres de la saga, incluant des portages portables de jeux consoles de salon. L’aventure Dimps commence avec les trois premiers Sonic Advance. C’est à ces titres que l’on doit le personnage de Cream. Le premier Sonic Advance aurait été un chef-d’œuvre sans ses Special Stages injouables ; le second a un gameplay irréprochable (le meilleur des trois, à mon sens) mais un level design complètement à la ramasse et un monde techno absolument dégueulasse ; le troisième creuse à fond l’idée de contrôler simultanément deux protagonistes, ce qui fait forcément penser à Sonic Heroes à plus petite échelle. Ce n’est pas à Dimps que l’on doit l’agréable Sonic Pinball Party, ce n’est pas non plus à Dimps que l’on doit le meilleur Sonic de la GBA, l’incontournable Sonic Battle, et ses séquences de combat en VRAIE 3D, ce qui impressionne toujours forcément de la part de cette console plus proche d’une Super Nintendo que d’une Nintendo 64. Alors pour retrouver Dimps il faut partir sur la prochaine console de Nintendo : la Nintendo DS. Avec Sonic Rush, Dimps innove. Deux personnages jouables uniquement, et pas n’importe lesquels. Dans Sonic Rush, Dimps crée Blaze the Cat, une… fille-chat mauve. Cette dernière, dans une dimension parallèle, combat une sorte d’anti-Eggman appelé Eggman Nega. Sa dimension fusionne chaotiquement avec celle de Sonic, et on se retrouve avec Sonic Rush. Sonic Rush ce sont des niveaux techniquement en 3D, mais en horizontal. Bref un jeu de plate-forme 2D avec un moteur 3D, ce qui permet d’ailleurs des boss plus impressionnants que ce qu’on a pu voir sur Game Boy Advance. Le gameplay n’a jamais été aussi jouissif. Après ce jeu et sa suite directe, plus aucun Sonic en 2D ou pseudo-2D n’a jamais proposé un gameplay aussi addictif. Tu cours, tu sautes, tu spin-dash, ok. Et tu fais des tricks dans le ciel. Et tu RUSHES. Tu cliques sur Y et ton personnage FONCE comme si sa vie en dépendait, ANÉANTISSANT tout sur son passage. Mais ça, ça dépend de l’énergie accumulée par les tricks. Tout le sel de ce gameplay disparaîtra dans la version DS de Sonic Colors, bien trop conventionnelle en comparaison, et donc finalement décevante. Outre la vitesse (Sonic est évidemment un peu plus rapide), la différence entre Sonic et Blaze réside dans un mouvement faisable avec le bouton R. Blaze s’élève plus haut et dashe plus loin ; cependant en contrepartie Sonic fonce sur les ennemis. Blaze peut également flotter dans les airs, et est insensible au feu, qui cause des dégâts au hérisson. Notons enfin que le jeu utilise à parts égales les deux écrans, les protagonistes allant de l’un à l’autre en fonction de la disposition des niveaux traversés. Mais si vous avez joué uniquement au premier Rush vous avez loupé le meilleur jeu de Dimps, le meilleur Sonic sur console portable, l’un des meilleurs jeux de plate-formes de la Nintendo DS (possiblement le meilleur en 2D), la meilleure exclu Sonic Nintendo de tous les temps. Vous avez loupé SONIC RUSH ADVENTURE. Et là si vous me dîtes « attends j’y joue et je reviens », JOUEZ EN ANGLAIS. OBLIGATOIREMENT. Je vous explique pourquoi dans quelques instants. Sonic et Tails entrent dans une distorsion et échouent sur une île où ils rencontrent Marine, une fille raton-laveur qui n’a aucun lien de parenté avec Shizzle. Cette dernière a un accent australien des plus réussis, ainsi vous comprenez que jouer en VF, c’est se priver d’un travail de traduction colossal et très coloré - même la version japonaise ne parvient pas à rendre le caractère de Marine, cette future aventurière, correctement, en n’ayant pas d’autre choix que d’opter pour le kansai-ben (l’accent d’Osaka si cher aux animes), et ce alors que rien n’évoque le Kansai dans ce jeu. On rencontrera ensuite tout plein de koalas. Les koalas, dans la nature, sont des bêtes infâmes : un sur deux est atteint de chlamydia, ils ont des fuites urinaires, et, pendant une partie de leur enfance, se nourrissent d’excréments. Heureusement, Daikun, Kylok, Tabby, Setter, Muzy, Colonel et Gardon sont des koalas fictifs, alors tout va bien. Le jeu ne se compose pas que de sept mondes de deux actes et un boss. Il faut ajouter à cela 16 (SEIZE) niveaux bonus, dont une redite très appréciée du premier niveau de Sonic Rush, 99 missions à remplir dans tous les niveaux du jeu (dont certaines, il est vrai, vous donneront envie de jeter votre console dans un puits ; le type qui a trouvé pertinent de demander aux petits enfants innocents de finir Pirate Island Act II en 2 minutes 30 ou de refaire le déjà impossible boss final en mode difficile est un authentique sadique bon à enfermer dans une petite cage à perpète au plus vite), et quatre véhicules marins, tous ornés de leur propre gameplay. Rush Adventure est aussi un jeu où trouver toutes les émeraudes est assez simple ; cependant pour gagner les dernières il vous faudra certainement upgrader vos véhicules, car les séquences pour obtenir les Chaos Emeralds sont des courses en 1 v 1 contre un adversaire profondément déséquilibré. À noter : si dans Rush on a des bulles pour respirer sous l’eau, ce n’est jamais le cas dans Rush Adventure parce que les phases de plate-forme sous-marines, si elles existent bien, sont très courtes. La plus longue, à dos de dauphin, demande par contre une bonne maîtrise de l’animal sinon vous allez hurler en boucle. Contrairement à Sonic Rush, où Sonic et Blaze vivaient respectivement leurs aventures chacun de son côté, forçant à faire les niveaux une fois chacun par personnage, ici nos deux trublions se partagent les tâches. Mais vous devrez quand même refaire des niveaux en boucle, car en terminant un niveau vous obtenez des matériaux, indispensables pour construire (et plus tard optimiser) les véhicules nécessaires pour ratisser la map et débloquer lieux et défis. Dans ce jeu, Eggman et Eggman Nega sont remarquablement peu présents. Les robots sont justifiés par leur chef, Captain Whisker, un robot pirate qui a pour sa part l’accent des pirates, raison supplémentaire de jouer en anglais. La plupart des boss sont cependant là sans raison précise donnée par le scénario, à part peut-être protéger un lieu des intrus. Le boss le plus remarquable, le Ghost Condor de Sky Babylon, est propice, contrairement aux atroces niveaux de cette zone atroce, à être refait en boucle tant il est cool et inventif. L’OST est à l’avenant. Tout comme l’ensemble du jeu elle sent bon les vacances d’été, et l’on se satisfait, après avoir terminé des missions généralement funs, occasionnellement d’une difficulté abyssale, d’avoir débloqué le sound test auprès de Muzy, le musicien itinérant qui s’installe sur la plage de l’île une fois que vous avez donné suffisamment de baffes humiliantes au boss final pour lui faire rendre gorge. Et il y a encore des choses à faire. Des rangs S, des time attacks, un mode multijoueurs… Il serait peut-être plus rapide de lister ce que Sonic Rush Adventure ne propose pas. Alors mettez votre crème solaire, sortez une serviette de plage avec un koala, un transat et un parasol, trouvez la plage, la piscine ou le plan d’eau le plus proche, et laissez-vous emporter par A New Venture !