BLISS “Le BLISS” est un mode (parmi d’autres) de communication substitutif de la parole. Le principe de la communication repose sur la désignation par l’usager du ou des symboles qui composent son message. Le BLISS peut aider l’enfant “non verbal” à structurer son langage. Au début des années 80, au chômage, j’ai consacré une grande partie de mon temps à développer un “Logiciel d’apprentissage de la syntaxe par le BLISS” avec l’aide d’une maman qui n'économisait pas son énergie pour son fils, infirme moteur cérébral. Nous avons commencé sur un Thomson TO7 puis TO9. Le démontage des manettes de jeu nous a permis de les remplacer par une interface bricolée adaptée au handicap de l’enfant. Nous avons présenté ce logiciel à un concours en Belgique. A l’époque, la France était très en retard sur ce sujet. Aujourd’hui à la retraite, j’ai de nouveau “du temps” et je me demande “Que pouvons-nous faire avec les moyens actuels ?” Pour commencer, des recherches sur l’avancement de ces moyens. Voici un premier résultat de recherches (brut de Claude) axées sur le BLISS, ses alternatives, leurs évolutions et leurs pertinence… oooo 1. BLISS : origines et fonctionnement Le système Blissymbolics a été conçu par Charles K. Bliss (1897–1985), un ingénieur chimiste autrichien d'origine juive. Réfugié à Shanghai puis à Sydney entre 1942 et 1949, il a développé son système en s'inspirant des caractères chinois, dans l'idée de créer une langue auxiliaire internationale permettant la communication entre communautés linguistiques différentes. Le système repose sur un principe idéographique : les caractères ne correspondent à aucun son d'une langue parlée, mais représentent des concepts. Le tournant majeur survient en 1971, lorsque Shirley McNaughton lance un programme pionnier au Ontario Crippled Children's Centre (OCCC) à Toronto, destiné aux enfants atteints de paralysie cérébrale, dans une perspective de communication augmentative et alternative (CAA). L'objectif était de permettre à des enfants incapables de parler de s'exprimer en pointant des symboles Bliss sur des tableaux de communication. Le système utilise environ 100 symboles de base combinables à l'infini. Les images offrent une reconnaissance immédiate avec peu de charge cognitive ; les Blissymbols fournissent un étayage linguistique explicite préparant la maîtrise autonome du langage. Aujourd'hui, le système est utilisé avec des personnes souffrant de déficiences sévères de la parole et de la motricité dans plus de 33 pays, et les matériaux ont été traduits dans plus de 15 langues. La Scandinavie (Suède, Norvège, Finlande) reste la zone d'utilisation la plus active. En Suède, on recense au moins 400 utilisateurs Bliss, et en comptant l'entourage (parents, thérapeutes, enseignants), la « communauté Bliss » atteint environ 4 000 personnes dans ce seul pays. 2. Les alternatives à BLISS Le paysage de la CAA graphique s'est considérablement diversifié. Voici les principaux systèmes : PCS (Picture Communication Symbols) — Développé par Mayer-Johnson (USA), c'est le système le plus répandu mondialement. Les symboles PCS sont disponibles dans 6 des 13+ principales applications CAA sur iOS. Ils ont été conçus pour la communication en face à face, via des aides dédiées. Widgit Literacy Symbols — Développés au Royaume-Uni (anciennement Rebus Symbols), ils sont conçus pour soutenir la littératie et rendre l'information accessible à ceux qui peinent avec l'orthographe traditionnelle. C'est un jeu de symboles basé sur des règles, avec une structure schématique qui facilite l'apprentissage. Widgit est plus utilisé au Royaume-Uni qu'aux États-Unis. Makaton — Développé en 1972 dans le Surrey, il s'agit d'un système de communication internationalement reconnu, utilisé dans plus de 40 pays. Makaton combine signes manuels et symboles pour accompagner l'anglais parlé et écrit, avec un vocabulaire de base d'environ 450 mots/signes structurés en étapes de complexité croissante. PECS (Picture Exchange Communication System) — Un système structuré en 6 phases où l'utilisateur échange physiquement une image contre ce qu'il désire. Le PECS est le système de CAA le plus couramment utilisé avec les enfants porteurs de trisomie 21, et les enseignants ont un niveau de formation plus élevé pour ce système. SymbolStix — Avec près de 30 000 symboles dans sa bibliothèque, il permet de créer des supports de langage et d'apprentissage pour l'impression ou la synthèse vocale. Pictogram Ideogram Communication (PIC) — Composé de 400 symboles blancs sur fond noir, conçu pour réduire les difficultés de discrimination figure-fond. Picsyms / Dynasyms — Un système logique de symboles visuels-graphiques développé avec des jeunes enfants, comprenant 1 800 symboles avec des règles génératives pour en créer de nouveaux. Minspeak — Un système de codage sémantique par icônes multi-significations, utilisé dans les appareils PRC-Saltillo (LAMP Words for Life, Unity). 3. L'évolution jusqu'à nos jours Années 1970-80 : les débuts low-tech. Tableaux papier avec symboles, pointage au doigt ou par le regard. Le pic de formation Bliss a lieu en 1982 avec 8 000 formateurs dans le monde. Années 1990 : premiers appareils électroniques. Apparition des premiers VOCA (Voice Output Communication Aids) dédiés. Des dictionnaires Bliss ont été développés pour le Dynavox et le Liberator. Années 2000-2010 : la révolution numérique. L'arrivée des tablettes tactiles (iPad en 2010) démocratise l'accès à la CAA. Des applications comme Proloquo2Go rendent la communication symbolique portable et abordable. Années 2020-aujourd'hui : IA, eye-tracking et interfaces cérébrales. L'introduction de technologies comme le traitement du langage naturel (NLP) et la reconnaissance vocale en temps réel a considérablement amélioré l'efficacité des outils de CAA, permettant de prédire et générer des phrases plus rapidement. Le suivi oculaire (eye-tracking) permet aux individus de contrôler les appareils uniquement avec leur regard, ce qui est transformateur pour les utilisateurs ayant peu ou pas de contrôle moteur. Côté recherche, un travail publié dans Nature Communications en 2024 présente SpeakFaster, une interface alimentée par un grand modèle de langage (LLM) qui permet de saisir du texte sous forme très abrégée, avec des gains de vitesse de 29 à 60 % pour les utilisateurs atteints de SLA. En 2025, les principaux fabricants (Tobii Dynavox, PRC-Saltillo, Smartbox, Control Bionics) continuent d'innover avec des technologies d'eye-tracking améliorées, des contrôles EMG, et la compatibilité iOS 17 / Windows 11. Pour Bliss spécifiquement, l'innovation continue : Volksswitch.org a créé une nouvelle génération de symboles tactiles basés sur les Blissymbols, imprimables en 3D, destinés aux personnes aveugles, sourdes-aveugles ou malvoyantes. Entre 2012 et 2020, 1 200 nouveaux termes ont été ajoutés au vocabulaire autorisé Bliss, et un vocabulaire mis à jour (BCI-AV) a été publié en octobre 2024. 4. Sont-ils toujours d'actualité ? Oui, sans aucun doute. Le marché mondial des appareils de CAA devrait croître à un taux annuel de 10 % sur la période 2024-2031. Les systèmes symboliques restent un pilier de la communication alternative, même si les technologies qui les portent ont radicalement évolué. Bliss occupe une niche plus restreinte qu'à son apogée, mais conserve sa pertinence, en particulier en Scandinavie et pour des profils nécessitant une capacité linguistique génératrice (création de nouveaux mots par combinaison). Dans le domaine de la CAA, Blissymbolics est respecté comme le premier et le plus complet des systèmes graphiques de CAA offrant de larges capacités linguistiques à ses utilisateurs. Un intérêt croissant pour Bliss est notable en Europe, avec une forte demande de traductions du vocabulaire autorisé dans différentes langues, et un regain d'intérêt en Europe de l'Est et en Russie. Les systèmes PCS et Widgit dominent le marché car ils sont plus intuitifs visuellement et intégrés dans les logiciels grand public (Boardmaker, Grid 3, TD Snap). Mais la tendance actuelle est au multi-système : on choisit le bon outil selon l'âge, les capacités cognitives, le contexte et les objectifs de l'utilisateur. En résumé, Bliss reste un système remarquable par sa puissance linguistique et sa capacité générative, mais il s'inscrit désormais dans un écosystème beaucoup plus large de solutions de CAA, allant du simple tableau de pictogrammes aux interfaces pilotées par IA et eye-tracking. La tendance est à la personnalisation et à la complémentarité des approches, selon les besoins de chaque utilisateur.