Descartes dit que l'animal est une machine. Vilain Descartes : il nie la sensibilité - Qwice

Descartes dit que l'animal est une machine. Vilain Descartes : il nie la sensibilité animale. Et c'est cette thèse de l'animal-machine (et la phrase « se rendre comme maîtres et poss

Petitcapybara - Qwice 2025

Descartes dit que l'animal est une machine. Vilain Descartes : il nie la sensibilité animale. Et c'est cette thèse de l'animal-machine (et la phrase « se rendre comme maîtres et possesseurs de la nature ») qui forge, selon Pierre Hadot (Voile d'Isis), l'attitude prométhéenne envers la nature : on se comporte comme maître, on l'exploite, on la détruit, on la conquiert, on la ruine. Bon, que dit Descartes exactement ? L’animal-machineDescartes, dans la cinquième partie du Discours de la méthode, a élaboré la thèse de l’animal-machine : il nie à l’animal toute spiritualité, il n’est que corporéité. L’animal est comme une machine, écrit Descartes : il n’a pas d’âme, c’est-à-dire qu'il ne pense pas et n’a aucune sensibilité. Cette conception de l’animalité découle d’une conception particulière de ce qu’est le corps et l’âme. Philippe Descola, dans Par-delà nature et culture, appelle cette conception le naturalisme. Dans la vision naturaliste, on estime que l’animal et l’homme sont similaires au niveau corporel, mais totalement différents d’un point de vue de l’intériorité. Descola fait remonter l’origine de cette conception à Descartes (en gros). Et pourquoi fait-on remonter cette conception à Descartes ? Parce que le mécanisme cartésien dénote vivement des représentations postérieures : sa vision du vivant, qu’il fonde sur le dualisme entre l’âme et le corps, s’oppose tout particulièrement à celle d’Aristote, qui à l’époque de Descartes était encore le paradigme scientifique. Mais Descartes nie-t-il vraiment toute spiritualité à l’animal ? Et pourquoi le fait-il ? Pourquoi conçoit-il « l’animal comme une machine » ?Pour mieux entendre la thèse de l’animal-machine, il faut d’abord revenir sur le dualisme cartésien, qui distingue réellement l’âme et le corps, malgré leur union chez l’homme. Pourquoi Descartes fait-il de l’âme et du corps deux substances réellement distinctes, c’est-à-dire qui soient deux choses effectivement différentes ? Cette conception radicale s’oppose très clairement aux textes zoologiques d’Aristote, et tout précisément au Traité de l’âme (ou De l’âme, ou encore De anima). Chez Descartes, l’animal est dépourvu d’âme, chez Aristote, il a une spiritualité.Mais l’animal est-il vraiment dépourvu d’âme ? Descartes dit-il explicitement que l’animal n’a pas d’âme ? Si on est attentif au texte cartésien, notamment à certaines lettres, on remarque que chez Descartes, c’est un peu plus compliqué que ça. On ne peut pas prouver que l’animal a une âme, et tout porte à croire pour dire qu’il en est dépourvu. Toutefois, peut-on montrer qu’il n’en possède pas ?Qu’importe, car l’animal agit comme une machine. Mais qu’est-ce que ça veut dire ? Est-ce à dire qu’il est une machine, dépourvue de toute sensibilité, comme l’admet Malebranche, ou bien est-ce à dire que le corps, la substance étendue, peut se comprendre à partir du modèle de la machine ou de l’automate ? Que veut dire exactement Descartes avec ce « comme » ?Pour ce post, voilà le plan :I. Le dualisme âme-corpsII. L’animal a-t-il une âme ?III. L'automate, un modèle pour le physiologueI. L’âme, le corps : entre dualisme et trois types d’âmesA. Aristote et les trois âmesDescartes, ce fieffé gredin, s’oppose très clairement à Aristote. Mais il dit quoi, Aristote ? En quoi l’un et l’autre s’opposent-ils ? En quoi la théorie cartésienne s’oppose-t-elle à l’idée aristotélicienne selon laquelle il existe trois types d’âmes ? Pour l’entendre, il faut déjà faire un détour par Aristote.Le vivantLa nature, qui est « l’essence des êtres qui ont en eux-mêmes et en tant que tels le principe de leur mouvement » (Métaphysique, Δ, 4, 1015a, 14-16), est pour Aristote l’objet d’une étude empirique : il faut observer, décrire et classer le vivant. Et le vivant a ceci de particulier, c’est qu’il possède le principe de son mouvement : en plus clair, le vivant, c’est ce qui est animé. On entend bien cela quand on se souvient de l’étymologie latine du mot âme : anima. Un être naturel, c’est un être qui a la faculté, la force, la capacité, l’aptitude de se déplacer, de déplacer des choses en soi ou en dehors de soi. Un arbre est vivant dans la mesure où il a l'habileté de déplacer la sève qui est en lui, par son énergie intérieure propre.Aristote oppose au vivant, au naturel, ce qui est artificiel. Le vivant, contrairement à un objet artificiel, a le pouvoir de se développer par lui-même. Un être vivant, quand il se développe, il naît, il croît, et enfin se corrompt. Ainsi, pour Aristote, tout être vivant a ce souffle vital intérieur, ce pneuma (πνευμα), qui l’anime. C’est ce pneuma, l’âme, qui donne au vivant sa faculté de naître, de croître et de périr par soi-même. L’âme est le principe explicatif du processus d’animation, du principe de vie. « L’âme est le principe des êtres animés » (De l’âme, I, 1, 402a 5), c’est ce qui va « mettre en route » les animaux et les végétaux. C’est parce qu’un être vivant possède une âme qu’il peut se déplacer (ou déplacer les nutriments depuis le sol), qu’il peut naître, se développer, et mourir.Trois âmesMais, cette âme, ou plutôt ce souffle vital, n’est pas unique. Ou plutôt, il s’agit bien d’un principe vital unique, mais qui est aussi pluriel. En effet, Aristote voit bien une différence entre l’animal et le végétal. Un arbre, a priori, ce n’est pas la même chose qu’une poule. Pour Aristote, il existe plusieurs âmes qui s’emboîtent les unes dans les autres, un peu comme pour des poupées russes : si on possède l’âme la plus complexe, on possède aussi les deux autres.Il y a donc trois sortes d’âmes, une hiérarchie de trois âmes. D’abord, Aristote parle de l’âme nutritive (ou végétative) qui est l’âme caractéristique des végétaux, mais aussi l’âme minimale de tous les vivants. Cette âme remplit la fonction de la nutrition. Parmi ces êtres qui se nourrissent, il y en a qui sentent, ressentent, ont des sensations, sont capables de sentir le plaisir et la douleur : ces êtres ont l’âme sensitive, celle qui est caractéristique des animaux. L’animal discerne ce qui lui fait du bien et ce qui lui fait du mal. Plus encore, l’animal, contrairement au végétal, et c’est grâce à cette âme sensitive, peut se déplacer : le principe intérieur n’anime pas seulement un mouvement interne, mais aussi externe. Enfin, une espèce particulière possède l’âme intellective (ou rationnelle), c’est l’homme. L’être humain, pour Aristote, est un animal « comme les autres », à ceci près qu’il est capable de porter des jugements en analysant des connaissances, d’avoir une culture, une intellectualité, de s’intéresser à des choses qui n’ont aucune utilité au naturel. Enfin, presque.L’homme, un animal presque comme les autresOn voit bien que, malgré la hiérarchie entre ces âmes, le vivant est un continuum : il n’y a pas une distinction stricte et radicale, une différence de degré entre l’animal et l’homme comme on le voit de prime abord chez Descartes. L’homme, malgré cette différence de degré, reste un animal à part dans la nature : il est la véritable fin de sa nature, la nature trouve son accomplissement dans l’homme. L’homme se distingue essentiellement grâce à la possession de son âme intellective. Cette âme le place au sommet de la nature, il est le parachèvement, pour Aristote, de la nature. L’homme, contrairement aux autres animaux, se tient droit, et il possède le logos.Bon, puisque je parle beaucoup trop d’Aristote, je vais vous renvoyer à mon post sur l’État et son antériorité par rapport à l’homme ( https://qwice.com/Point/wh7hqbVx2U1ehU ) pour mieux entendre en quoi l’homme est un animal « supérieur ». Mais pour faire bref, l’homme est à part parce que ses actions peuvent être dictées par la raison.B. Descartes et le dualismeToutefois, pour Descartes, la conception aristotélicienne ne convient pas. Pourquoi ? Parce que l’âme et le corps sont deux substances radicalement distinctes : dire qu’un végétal possède une âme, ça n’a aucun sens ! En effet, l’âme, chez Descartes, le christianisme est passé par là, ce n’est pas un principe vital comme chez Aristote. L’âme, au-delà d’être un don de Dieu, c’est la « substance dans laquelle réside la pensée » (Réponses aux Secondes Objections, Alquié, II, p. 588). Descartes réduit l’âme à l’âme intellective, lui retirant au passage la propriété d’animer un corps.L’âme, ou substance pensante, c’est la substance « qui doute, qui conçoit, qui affirme, qui nie, qui veut, qui ne veut pas, qui imagine aussi, et qui sent » (Méditations Métaphysiques, II, Alquié, II, p. 421). L’âme n’a plus rien d’un principe vital, sauf peut-être pour l’homme : elle n’est pas principe de mouvement, ni interne, ni externe. On arrive aisément à concevoir des corps se mouvoir sans pour autant avoir d’âme. D’ailleurs, on arrive aisément à concevoir l’âme sans le corps.Et c’est en cela que l’âme et le corps sont deux substances pensantes. L’âme se connaît plus aisément que le corps, nous dit le titre de la Seconde Méditation. Tous les modes et attributs que possède la substance pensante (l’âme) ne sont pas dans la substance étendue (le corps), et inversement. En effet, un corps, c’est quelque chose de matériel. Le corps, c’est « tout ce qui peut être terminé par quelque figure ; qui peut être compris en quelque lieu, et remplir un espace de telle sorte que tout autre co

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