Dans le marasme de reprises et suites insipides, parfois foutues en l’air par l’usage - Qwice

Dans le marasme de reprises et suites insipides, parfois foutues en l’air par l’usage d’idéologies incompatibles avec l’œuvre originale, le Livre des Étoiles fait figure de miracle. Lorsqu

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Dans le marasme de reprises et suites insipides, parfois foutues en l’air par l’usage d’idéologies incompatibles avec l’œuvre originale, le Livre des Étoiles fait figure de miracle. Lorsque l’écrivain Érik l’Homme boucla sa trilogie littéraire jeunesse, il n’envisageait pas d’y donner suite ; ce qui en soi est extrêmement frustrant quand on prend en compte la fin ouverte du troisième opus. En 2022, un lecteur, Jimmy Blin, proposa sa vision d’un quatrième volet. Miracle. Post-2020, il existait donc UNE suite qui rendait honneur à sa série. Un véritable chef-d’œuvre, qui refermait habilement tous les points restés en suspens dans la trilogie originale. Mon seul grief avec ce récit est anecdotique et ridicule : l’introduction de jumeaux supplémentaires, alors que le héros a déjà deux sœurs jumelles dans son entourage. Ne reste donc fondamentalement qu’un point noir : en épousant parfaitement le style de ses prédécesseurs, le récit proposé se révèle court et insuffisant. C’est trop bon, on en veut plus. J’ai déjà parlé du Livre des Étoiles, originellement trilogie française se déroulant sur trois plans d’existence : notre monde ; le pays d’Ys ; le Monde Incertain. Ys, c’est cette terre de légende bretonne, figurée ici par une île détachée de notre monde (le Monde Certain), où chevalerie, sorcellerie et informatique se côtoient. Le Monde Incertain c’est donc un plan d’existence complètement détaché ; et ces trois mondes sont reliés par de grandes portes magiques. L’argument de la trilogie est simple : Guillemot de Troïl, enfant d’Ys qui a toute une bande d’amis, dispose d’une puissance magique phénoménale. D’un côté son mentor Qadehar l’entraîne à utiliser cette puissance ; d’un autre côté l’Ombre, recluse dans le Monde Incertain, cherche à récupérer cette puissance pour débloquer les dernières pages du Livre des Étoiles, source de la magie des trois mondes. En dernier ressort, Guillemot sacrifie tous ses pouvoirs, et les dernières pages du Livre des Étoiles demeurent vierges à jamais. Il ne fallait pas autre chose qu’un passionné pour revenir sur cette intrigue plus ou moins terminée. C’est ce que Jimmy Blin a accompli avec brio dans son quatrième opus, livre dans lequel Guillemot était remarquablement… absent. Le revoilà sous les feux de la rampe pour un volume 5 qui vient seulement de paraître et sur lequel je suis tombé fortuitement (tout comme d’ailleurs pour le volume 4), que voulez-vous c’est le talent. La Magie des Korrigans. Un titre qui déjà promet au lecteur un contenu intense et fidèle à la série. La présence de Guillemot est encore une fois très appréciée, son absence dans le volume 4 était d’ailleurs un pari osé et audacieux de la part de l’auteur. Le principal problème du récit tient essentiellement dans les références de l’auteur. En effet, les références à la pop-culture et à la fantasy, pour ainsi dire absentes de l’œuvre originale, foisonnent. Érik l’Homme avait conçu pour son univers des créatures totalement autonomes et originales, comme par exemple les Gommons. Le Monde Incertain de Jimmy Blin a ses orks et autres djinns, ce qui détonne franchement. Cette remarque est également valable pour le volume 4. Si je peux dire que Jimmy Blin est à Érik l’Homme ce que Don Rosa était à Carl Barks, je vois tout de même le fossé générationnel qui les sépare, et je ne peux que regretter un relatif manque d’invention réellement neuve dans cette suite, ce qui est assez surprenant quand on considère la quantité d’idées neuves déployées par le tome 4 (la scène des korrigans du Monde Certain était ainsi une réussite notable). C’est bête à dire mais je ne lis pas le Livre des Étoiles pour y voir des références à ce cher vieux Tolkien. Et puis il y a ce chapitre maladroitement titré « Un diamant d’innocence »… Plus grosse, la référence à Disney, la prochaine fois ! Un autre point qui me semble problématique : si la magie des étoiles d’Érik l’Homme avait des racines profondément du nord, c’est encore plus le cas des oghams des korrigans. Et, euh, non, une créature BRETONNE ne me semble pas à sa place pour invoquer Yggdrasill. « La Magie des Korrigans », tout en reprenant là où le volume 4 nous avait laissé, représente un chantier d’importance. Il s’agit à la fois d’expliquer le projet des Korrigans, personnages dont l’importance était considérable dans le volume 4 (ce qui s’explique, bien entendu, par la dernière scène de la trilogie originale), mais encore de revenir sur la foultitude d’antagonistes qui s’en étaient sortis, car cela aussi représente une fin coupablement ouverte. Thunku, Lomgo, Eusèbe de Gri, trois éminences de méchanceté de la trilogie, font donc un retour très appréciable ; et la réflexion autour de « oui, j’ai sauvé Ys, mais le Monde Incertain est encore plus dans la mouise que jamais » est d’une intelligence remarquable. Guillemot pour sa part va au-delà de nos espérances les plus folles ; malheureusement expliquer pourquoi reviendrait à divulgâcher le scénario, ce que je ne souhaite pas ; mais disons que ce que l’on attend le plus en refermant le tome 3 arrive enfin, ce qui est évidemment libérateur après la longue attente imposée par le tome 4. Le récit suit un plan très sage par rapport au tome 4. Ici, on se sent particulièrement en terrain connu ; heureusement chaque motif réutilisé l’est d’une façon différente, ce qui empêche la sensation de redite. Ainsi la fête de Samain, célébrée dans le second volume, fait-elle l’objet d’une nouvelle apparition ; et pourtant les célébrations, tout en restant fidèles aux coutumes posées par Érik l’Homme (la chasse au Jeshtan, le brasier de cailloux blancs) parviennent à avoir un déroulé sensiblement différent. Le principal élément perturbateur, l’enlèvement de Qadehar et l’appel au secours qu’il lance à son fils, amènent ce dernier à retourner, une énième fois, dans le Monde Incertain, et à arpenter des lieux connus. Dans la veine du troisième opus, la confrérie des Chevaliers du Vent envoie également ses hommes sur place. Le véritable héros du livre n’est pas Guillemot. Ouais Guillemot est là, mais le nombre de chapitres où il est à l’honneur est famélique, et je trouve d’ailleurs qu’on voit beaucoup trop les chevaliers en comparaison. Le véritable héros est pourtant quelqu’un que l’on voit encore moins, et qui n’a pas volé sa place sur la couverture : Bertram, qui révèle son plein potentiel à la quasi-fin du récit. Le livre se termine sur une fin encore plus ouverte que tous les autres, annonçant déjà son volume 6. Mais là je ne suis pas d’accord. En effet, un an seulement séparait le volume 1 du volume 2, et le 2 du 3. Faudra-t-il vraiment attendre TROIS LONGUES ANNÉES pour que l’arc de Bohor trouve sa conclusion ? Et d’ailleurs, aura-t-il seulement une conclusion ? Je ne cracherais pas sur une série à rallonge, mais dans ce cas, il faudrait que l’auteur fasse un choix entre l’enseignement et l’écriture. Être à la fois professeur et écrivain d’une série où tu maintiens le lectorat en haleine, ce n’est pas compatible. S’il a ragé pendant des années de ne pas avoir de suite à sa série préférée, pourquoi ne penserait-il pas aux autres ?

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