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Je viens de lire un article (et l'étude sur laquelle il s'appuie) assez intéressant sur la destruction des statues d'Hatchepsout. J'ai envie de vous le partager. https://www.sla

Petitcapybara - Qwice 2026

Je viens de lire un article (et l'étude sur laquelle il s'appuie) assez intéressant sur la destruction des statues d'Hatchepsout. J'ai envie de vous le partager. https://www.slate.fr/culture/egypte-ancienne-destin-etrange-statues-pharaonne-hatchepsout-mystique-rituel-histoire?utm_source=firefox-newtab-fr-fr Cet article m'a fait penser d'abord à l'excellent post d'hier de Sylrenia (que vous pouvez trouver ici : https://qwice.com/Point/dxq90WwrX3ojE3 ), mais également à un thème que j'ai travaillé en Master (notamment en M1) : les images sont, pour les anciens Égyptiens, vivantes. J'aimerais vous en parler. I. L'article et l'étude. Dans l'article que je vous partage, qui s'appuie sur l'étude « The afterlife of Hatshepsut's statuary » de Jun Yi Wong (juin 2025), on nous présente les raisons de la destruction des statues de la pharaonne Hatchepsout (XVIIIe dynastie, elle est montée sur le trône vers -1478 et mourra en -1458). On estime souvent que la destruction de ses statues est l'œuvre de Thoutmosis III, son neveu, qui la haïra. Toutefois, l'article et l'étude de Jun Yi Wong tendent à montrer qu'il ne s'agit pas de la seule raison. En effet, si l'objectif de Thoutmosis était de faire disparaître sa tante de l'histoire, on peut se demander (comme on le fera pour Akhénaton) pourquoi le visage des statues n'était pas systématiquement fracassé et pourquoi les inscriptions (dont le nom) n'étaient pas systématiquement effacées. Selon cet article, il y a une autre raison à ajouter : on a cherché à désactiver rituellement les statues. Aussi, il s'agirait d'une pratique rituelle qui cherche à neutraliser la puissance de la statue. En effet, les statues (et plus largement les images) avaient une certaine force, sont des entités puissantes et vivantes. Et c'est sur la puissance et la vie des images que j'aimerais m'étendre. II. L'image vivante : ontologie de l'objet d'art Pour les Égyptiens de l'Antiquité, les statues (non seulement les statues de personnes royales, mais aussi les autres statues — celles d'animaux par exemple, et plus généralement toute image) sont vivantes. J'irai même jusqu'à dire que tout objet d'art égyptien a quelque chose de vivant. Cela peut sembler paradoxal : comment un objet pourrait-il être vivant ? Il ne l'est pas au même sens qu'un animal, un humain, un arbre, etc. est vivant, bien sûr. Toutefois, l'image a une certaine vie. L'image est à la fois une image, c'est-à-dire une chose inanimée ou inerte, mais aussi la chose représentée. Par exemple, la statue d'Hatchepsout est tout à la fois une statue qui représente la pharaonne et Pharaon en tant que chose vivante qui s'incarne dans le monde. Pour le dire autrement, une statue en calcaire de Ramsès II à Abou Simbel , c'est à la fois la représentation de Ramsès II, soit du calcaire, mais aussi son incarnation vivante même après la mort du pharaon. Aussi, ces statues sont tout à la fois statue et être humain. Tout comme une statuette funéraire d'hippopotame (p. ex. la statuette William qu'on trouve au MET) est à la fois une figurine d'hippopotame et un hippopotame vivant qui s'incarne dans sa statue et qui vit, qui a une vie. Ainsi, une statue d'Hatchepsout est à la fois statue et Hatchepsout elle-même. Et cela s'étend à toute image : une image a une certaine puissance, une certaine vie. L'image est objet et être vivant, en même temps. C'est parce que la figurine d'hippopotame William du MET est vivante qu'on lui a cassé ses pattes. La destruction des pattes de l'animal l'empêche de se mouvoir, mais ne l'empêche pas de protéger le corps du défunt, ce qui est son rôle en tant que figurine funéraire. Par conséquent, comme le notait déjà Simon Connor dans son excellent article « Mutiler, tuer, désactiver les images en Égypte pharaonique », casser une statue ou seulement une partie, effacer une inscription, mutiler une image, etc. n'est JAMAIS un acte anodin. Si on casse les pattes ou les jambes d'une statue, on cherche à l'empêcher de bouger. Quand on mutile la poitrine ou le sexe d'une statue, on cherche à lui ôter sa fertilité, ou sa capacité à véhiculer des pensées obscènes. Si on détruit la tête d'une statue ou d'une image, c'est l'identité et l'individualité de l'image qu'on cherche à anéantir. Ainsi, l'image en tant qu'être vivant obtient un statut particulier, un statut ontologique. L'image a une certaine modalité de présence au monde, une certaine manière d'être là, elle devient une sorte d'être-là qu'on peut situer, qui a une présence au monde, une présence à soi et à l'autre. L'objet d'art gagne une existence vivante : l'objet loge en lui-même son énergie et sa personnalité. Merci d'avoir lu ce post. Mon II. reprend une partie de mon travail de recherche de M1 (sur l'art égyptien, un travail en philosophie de l'art). Je ne suis pas historien. * ** Bibliographie indicative/Médiagraphie * Teresa Bedma et Franciso J. Martín Valentín, Hatshepsut, De Reina a Faraón de Egipto, 2009. * Henry George Fischer, L'écriture et l'art de l'Egypte ancienne, PUF, 1986. * Nicolas Grimal, Histoire de l'Égypte ancienne, Livre de poche, 1988. * Simon Connor, «Mutiler, tuer, désactiver les images en Égypte pharaonique», Perspective, n°2, 2018, pp. 147-166. [En ligne] http://journals.openedition.org/perspective/11431 * Jun Yi Wong, « The afterlife of Hatshepsut's statuary », Antiquity, n°99, 2025, pp. 746-761. [En ligne] https://doi.org/10.15184/aqy.2025.64

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