14 janvier 2011, vers six heures du matin. L’avant-veille à Leclerc, le jeu vidéo que j’attendais avec acharnement était mis en avant à l’entrée du magasin, deux jours avant sa sortie officielle. Je vous parle aujourd’hui du premier de deux jeux que mes parents m’ont acheté alors qu’il n’aurait pas dû être en rayon, que j’ai terminé en deux jours, et dont j’ai publié la toute première critique historique sur l’Internet francophone (hormis sites professionnels, bien entendu) après deux jours acharnés de jeu et une nuit blanche intégrale pour les terminer, rédiger et poster leurs critiques respectives sur mon blog de l’époque ainsi que sur Sens Critique. Le second titre fut, complètement par hasard (personne n’ayant jugé bon de communiquer suffisamment sur la sortie du jeu pour que je le sache en premier lieu), Runaway: A Twist of Fate sur PC. Belle expérience humaine que ce titre bugué, puisqu’un simple e-mail à Pendulo Studios me permit de faire l’acquisition du patch de correction avant même son déploiement officiel. J’avais fait un énorme travail sur Pendulo aussi, mais je ne sais pas si j’aurai de nouveau l’occasion d’évoquer les titres de cette société madrilène. Et le premier jeu alors ? Vous le savez si la date de sortie vous est familière. Aujourd’hui je vais vous parler de l’un des meilleurs titres de la DS, plusieurs fois réédité par Capcom : Ghost Trick - Détective Fantôme. Faut-il présenter Shu Takumi ? Probablement. C’est l’un des rares vrais génies japonais, capable de créer des œuvres se détachant du reste du paysage médiatique. Du moins à l’époque. Dai Gyakuten Saiban est décevant. Car c’est bien par les Gyakuten Saiban, les Ace Attorney donc, que Takumi, publié par Capcom, s’est fait un nom. Et entre deux parodies de tribunal (ne me lancez pas sur Ace Attorney, je déteste fondamentalement Capcom et ai complètement arrêté la licence, mais je la connais assez pour être incollable), celui qui avait également autrefois contribué à Dino Crisis 2 fit un jeu tout à fait différent et unique. Un jeu d’enquête certes, mais surtout un véritable dessin animé, plus impressionnant encore dans ses animations qu’un Curse of Monkey Island, dans lequel vous incarnez non pas un avocat, non pas un détective, non pas un poulpe polonais, mais une âme décédée. Et cela permet à Shu Takumi de ramener des sujets qui lui sont chers d’une façon inédite, pour ne pas dire extraordinaire. Un homme, qui a une banane en guise de cheveux et un costard rouge en guise d’accoutrement, s’écroule. Vous êtes mort. Vous avez intégralement perdu la mémoire. Qui êtes-vous ? Que s’est-il passé ? Mais vous n’avez pas vraiment le temps de vous interroger. Une jeune fille présente sur les lieux est aussitôt abattue par un tueur à gages à la peau bleue - détail visuel qui a son importance - et voilà. Ça pourrait s’arrêter là. Mais une autre âme, qui a pris possession d’une vieille lampe de bureau, vous informe que vous possédez des compétences surnaturelles : en tant que fantôme, vous pouvez voyager dans le temps, 4 minutes avant la mort d’un cadavre récent, et vous pouvez manipuler certains objets. Ni une ni deux vous sauvez la jeune fille. La lampe vous informe alors que si vous souhaitez résoudre vos questions existentielles - et par contrecoup d’autres problèmes bien plus importants - vous avez un temps limite : il vous reste jusqu’à l’aube, dernier délai. Et votre dernière arme pour y arriver vous est derechef présentée : vous avez la possibilité de voyager entre les lignes téléphoniques pour aller instantanément d’un endroit à un autre. Voilà, en quelques mots, le synopsis de l’un des titres les plus époustouflants de la DS. Aucun lissage, aucun remaster ne pourra d’ailleurs égaler l’impression faite à l’époque par ce titre ; et il m’a suffit de jeter un œil sur Youtube à la version Switch/Steam de la dernière séquence post-crédits pour constater que, comme pour le très bon titre 999 - Nine Hours, Nine Persons, Nine Doors, il y a une réelle perte à jouer à ce jeu sur un seul écran. En fait, la scène faisait sens parce qu’elle était pensée pour deux écrans, là le résultat est juste bizarre. Ghost Trick est un jeu au gameplay extrêmement diversifié. C’est, à ce niveau, l’exacte antithèse d’un Ace Attorney. Ace Attorney fonctionne avant tout par son texte, et lorsque de nouveaux éléments de gameplay sont ajoutés, ça ne dépasse pas forcément un Phoenix Wright 3, qui n’avait pourtant rien de particulier à proposer par rapport aux deux premiers titres de la série. Les mécaniques de gameplay s’adaptent ici bien mieux à un renouvellement permanent, puisque tout repose sur l’utilisation que vous ferez du décor. Ouvrir une porte, replier un parapluie, allumer une lampe de poche, sont de minces exemples de ce que le décor en 2D offre à notre héros, Sissel. Un héros qui ne sera jamais seul, car il pourra sans problème converser avec n’importe quelle victime qu’il aura au préalable sauvée de la mort, incluant Missile, le chien de Takumi, qui occupe une place prépondérante dans le scénario. Le jeu part avec un argument positif indiscutable : c’est l’un des rares jeux de voyage dans le temps de la console. Il n’y en a que très peu à ma connaissance. Time Hollow en est le représentant le plus évident. Je ne sais pas s’il y en a beaucoup d’autres. Professeur Layton 3 parvient à auto-saboter ce thème avec un énième village fake, et l’aspect temporel de 999 ne peut pas être considéré comme un véritable voyage dans le temps. Ne parlons pas du RPG Chrono Trigger, ce n’est pas une exclu de cette console et de plus je n’ai jamais voulu y jouer parce que, bizarrement, je ne supporte pas le style de Toriyama en-dehors de Dragon Ball et Dr Slump, c’est viscéral, je ne peux tout simplement pas jouer à Chrono Trigger ni à Dragon Quest. Par rapport à un Time Hollow, Ghost Trick a une bien meilleure durée de vie. Le problème du titre de Konami est qu’en une après-midi il est bouclé. Ceci dit les deux jeux ont un point commun : leur prix abyssal sur le marché de l’occasion, donc j’imagine que pour Ghost Trick vous aurez plus vite fait de jouer au remaster. Quand on a joué à Ace Attorney, on sait qu’on doit s’attendre à de la musique de haute qualité - et c’est le cas. Les pistes de Ghost Trick rivalisent sans problème avec celles de l’œuvre principale de Takumi. Alors le jeu est-il sans défaut ? Non, quand même pas. Lorsque Ghost Trick vous impose une pénible phase d’infiltration où la moindre erreur vous condamne à recommencer, parfois il vous prend l’envie de noyer la console. Ce chapitre en particulier est un argument pour ne pas recommencer une partie. Un autre point qui doit être relevé : si vous avez tendance à angoisser ne touchez pas à ce titre. La quasi-intégralité des personnages a des tics nerveux qui pourraient vous mettre sur les nerfs ; et surtout le contre-la-montre incessant vous demandant de trouver quel objet utiliser et de quelle façon, parfois au dernier moment, n’est probablement pas pour tout le monde. Je connais une personne qui a terriblement stressé devant le jeu et l’a abandonné quasiment dès le début - c’était trop dur à supporter. Et pourtant : ses personnages, son intrigue, sa musique, sa réalisation, sa mise en scène… tout dans Ghost Trick frôle la perfection. Et lorsque vous l’aurez terminé… vous aurez faim de poulet.