Philoctobre#2025 - 6 Hypathie d’Alexandrie Si je vous dis « femme philosophe » à q - Qwice

Philoctobre#2025 - 6 Hypathie d’Alexandrie Si je vous dis « femme philosophe » à qui vous pensez ? Oui, Arendt, De Beauvoir, Weil ou encore Hersch (je sais que tu as regardé la liste des aut

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Philoctobre#2025 - 6 Hypathie d’Alexandrie Si je vous dis « femme philosophe » à qui vous pensez ? Oui, Arendt, De Beauvoir, Weil ou encore Hersch (je sais que tu as regardé la liste des auteurs du programme de philosophie de Terminale). Pourtant, il y en a d’autres. Oui, je sais, j’enfonce des portes ouvertes. Mais il est quand même assez étonnant de ne jamais voir de femmes philosophes. Pourquoi les philosophes sont-ils tous des hommes ? Je ne vais pas vous faire l’affront de compter le nombre de femmes dans les auteurs au programme en Terminale, mais si je vous dis qu’elles sont en très large infériorité numérique, me croyez-vous ? C’est tout de même dommage. D’ailleurs, si vous regardez le programme tel que je l’avais annoncé, vous noterez également le peu de femmes. Sur 31 auteurs, seules 5 sont des femmes. Est-ce à dire qu’il n’y a eu aucune femme ? Non, loin de là. Aspasie de Milet, qui n’a été que la maîtresse de Périclès et de Socrate, a été tout bonnement effacée de l’histoire de la philosophie. Et c’est loin d’être la seule : Hypathie d’Alexandrie aussi. Et aujourd’hui, laissez-moi vous parler d’Hypathie d’Alexandrie qui a été, de son vivant, une des philosophes les plus influentes, mais qui a totalement été oubliée. I. Hypathie : qui est-elle ? Philosophe, astronome et mathématicienne païenne, Hypathie, comme son nom l’indique, est d’Alexandrie. Née vers 370 en Alexandrie, elle est la fille du mathématicien Théon. Elle aurait été éduquée selon l’idéal platonicien pour devenir un « être humain parfait ». Elle aurait assisté à des cours à l’Académie (fondée par Platon) et au Lycée (fondé par Aristote). Hypathie était si influente qu’elle a participé de l’atmosphère particulière d’Alexandrie, qui à l’époque était un centre majeur du savoir – rappelons que la grande Bibliothèque d’Alexandrie n’avait pas encore brûlé. Elle devient professeur de philosophie et de mathématiques. Elle partagea les travaux de son père Théon. On ne sait pas à quel point elle a travaillé avec son père sur ses travaux. Toutefois, on soupçonne qu’elle a travaillé avec lui sur une nouvelle version des Éléments d’Euclide. Grande figure de la science et de la philosophie antiques, elle n’est, malheureusement, pas très connue aujourd’hui : on n’a conservé aucun de ses textes. On ne sait presque plus rien d’elle : et pour cause, on n’a conservé aucun de ses écrits. Elle a donc vécu dans un milieu scientifique, lequel milieu était rongé par des tensions religieuses croissantes entre païens, chrétiens et juifs. Cela pourrait expliquer, en partie, la polarisation qui l’entoure. II. Travaux D’une intelligence exceptionnelle, on sait qu’elle a collaboré avec son père Théon en mathématiques et en astronomie. On sait également qu’elle a construit des astrolabes, un instrument pour calculer sa position géographique par rapport à la position des étoiles, instrument qu’utilisent les marins. Elle est aussi à l’origine de l’invention de l’aréomètre, un instrument qui mesure la densité des liqueurs. Hypathie aurait écrit un commentaire sur le traité sur les coniques d’Appolonios de Perga, un autre sur l’Almagaeste de Ptolémée, un autre encore sur l’Arithmétique de Diophante. Son commentaire sur les Coniques d’Appolonius a servi de référence pour les mathématiciens jusqu’à Byzance. Elle aurait également pris position pour l’héliocentrisme contre le géocentrisme, à un moment où le géocentrisme de Ptolémée commençait à se diffuser. On sait également qu’elle a enseigné la philosophie (Synesios, son élève nous en parle), mais on ne sait rien de sa philosophie sinon qu’elle pourrait être d’influence néoplatonicienne. Elle aurait défendu les idées platoniciennes, notamment celle qui consiste à rechercher la vérité derrière les apparences. Toutefois, puisqu’on n’a pu conserver aucun de ses écrits, on ne peut que supposer à partir des témoignages qu’on a d’elle. Elle aurait donné ses cours publiquement, en plein air, dans les rues ou sur les places d’Alexandrie, chose assez inhabituel pour une femme à l’époque. On sait, tout de même, qu’elle était païenne, croyant aux divinités grecques, alors que l’Égypte (et particulièrement Alexandrie) de cette époque devenait de plus en plus chrétienne. III. Mort et absence de traces Elle est assassinée lors d’un attenté perpétré par des chrétiens fanatiques en 415. On ne sait pas tout à fait pourquoi. Peut-être était-ce parce qu’elle était païenne ou bien peut-être était-ce à cause d’un problème idéologique, ou encore peut-être était-ce parce qu’elle avait une (trop) grande influence politique. On n’en saura guère plus. Hypathie, pourtant, avait une grande influence, elle est loin d’être anecdotique en science. Pourtant, elle a été oubliée. Nous n’avons conservé qu’une certaine image d’elle. Dans l’École d’Athènes de Raphaël, on la voit faire une apparition. Veuillez excuser la maigreur de ce post. Mais j’ai tenu, aujourd’hui, à rendre hommage à une figure oubliée. Même si on ne sait presque rien sur Hypathie, je trouve important de parler d’elle. Et voici la très succincte bibliographie. Enfin, bibliographie ou plutôt médiagraphie. Bibliographie Monique Zalmanski, « Hypathie d’Alexandrie », in Elisabeth Busser (dir.), Histoire des mathématiques de l’Antiquité à l’an mil, Bibliothèque tangeante, HS n°30, 2015, pp. 96-98. Nassim El Kabli, « Hypatie d’Alexandrie, mathématicienne, astronome et philosophe néoplatonicienne », Le vrai métier des philosophes, France Culture, 22 août 2023.

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