Bienvenus dans Les Folles anecdotes du taff. Aujourd'hui, je vous raconte l'hist - Qwice

Bienvenus dans Les Folles anecdotes du taff. Aujourd'hui, je vous raconte l'histoire d'un "projet démesuré". Je vous souhaite une bonne lecture et à vos votes pour la prochai

RadisAtomique - Qwice 2026

Bienvenus dans Les Folles anecdotes du taff. Aujourd'hui, je vous raconte l'histoire d'un "projet démesuré". Je vous souhaite une bonne lecture et à vos votes pour la prochaine histoire que vous voulez lire. Un projet démesuré Un matin, une dame assez âgée et négligée se présente au bureau de la conservation : - Bonjour Madame. Comment puis-je vous aider ? - Bonjour Radis. Je viens des pompes funèbres et je voudrais savoir combien ça va me coûter de me faire enterrer là. Et puis, quand est-ce que la ville va me rendre mon monument ? Elle me tend un document que je reconnais comme une demande d’abandon. La demande est signée en 2003 par Madame Lopez. - Je vais regarder ce qu’il en est, Madame. Je cherche dans les fichiers si nous avons cette concession, mais je ne la trouve pas. Je monte donc aux archives pour chercher le dossier papier, que je ne trouve pas non plus. Je redescends voir Madame et lui pose quelques questions : - Madame, c’est vous qui avez signé cette demande d’abandon ? - Oui, Madame Lopez, c’est moi. - Et donc vous souhaitez vous faire inhumer dans cette concession, au F-023/024 ? - Bah oui, c’est une grande tombe hein. Et c’est mes beaux-parents qui sont dedans ; ils m’avaient dit que, si je voulais, je pouvais être là aussi, qu’il y avait de la place. - D’accord. Et vos beaux-parents, ont-ils encore des enfants ou des petits-enfants vivants ? - Non, non : mon mari était fils unique et on n’a pas eu d’enfants. - Donc c’est bien votre concession. Et le pompe funèbre voulait savoir le prix, c’est ça ? - Oui, il n’a pas su me dire. Et il voulait savoir s’il y avait de la place, mais ça, c’est sûr que oui : mes beaux-parents m’avaient dit qu’il y avait une place pour moi. - Et qui est votre pompe funèbre ? - C’est Crozet, rue de la Savoie. - Oui, je vois. Madame, ce qu’on va faire, c’est que je vais demander des informations sur la concession aux archives et j’appellerai Crozet pour voir avec eux ce qu’il est possible de faire. - Bon, d’accord, d’accord. Bonne journée. - Bonne journée, Madame. Toujours avec le document d’abandon à la main, je me mets à la recherche du dossier pour savoir ce qui a été fait sur la concession depuis 2003. Dans les concessions en cours de contrat ? Non. Dans celles expirées ? Non. Dans les abandons ? Non. Dans les exhumations ? Non plus. Dans les contrats non informatisés ? Toujours pas. Je discute de mon dilemme avec mon collègue et il me dit : « T’as regardé dans les perp’ ? » Mais oui : les perpétuelles ! Je mets enfin la main sur le dossier et là, tout est bancal : 2003 : la concession est abandonnée par l’héritière des concessionnaires. 2008 : on inhume l’urne d’une certaine Josiane dans la concession, mais je ne trouve pas le permis d’inhumer. 2017 : la concession étant abandonnée, le monument est détruit par la commune. 2018 : échec de la tentative d’exhumation ; seule l’urne est placée à l’ossuaire. L’urne ne portant aucune inscription, elle est déposée sans nom. Au moins, on avance. Dossier en main, je vais présenter la situation au conservateur, qui valide l’inhumation à condition que l’on sonde le sol pour vérifier qu’il y ait bien de la place. Ok, ça c’est fait. On passe maintenant aux pompes funèbres : - Pompes funèbres Crozet ? - Bonjour, c’est Radis du cimetière. Je vous appelle concernant votre demande de renseignements pour le plan obsèques de Madame Lopez. - Hum… Oui ? Là, ça ne me dit rien, mais je vous écoute. - Madame souhaite se faire inhumer avec ses beaux-parents en F-023/024, mais elle a abandonné la concession en 2003, donc le monument a été détruit. Comme c’est une perpétuelle, le conservateur est d’accord pour qu’on puisse inhumer, mais il faudrait venir sonder pour vérifier qu’il y a de la place et prévoir la remise en place d’un monument. - Ok… J’ai retrouvé Madame Lopez entre-temps. Autant on peut faire un effort sur le monument, mais vous prenez combien sur une perpétuelle ? - Pour une superposition de cercueil dans une perpétuelle double, on demande 2 300 €. - Ah. Bah là, ça va coincer. Pour vous dire, le plan obsèques de Madame est à 4 300 € et des poussières. Vous vous doutez bien qu’avec le cercueil et tout, on ne pourra pas faire ça. - Ok, ok. De toute façon, Madame habite la commune : on lui trouvera toujours une place, et si possible proche du F-023/024. - Ouais, je note ça du coup. - Parfait. Je vous laisse voir la suite avec Madame ? - Ouais, ouais. Bonne journée, Radis. - Bonne journée, M’sieur Crozet. Quelques mois plus tard, Madame Lopez est repassée à la conservation : les pompes funèbres Crozet ne l’avaient pas rappelée pour faire le point. J’ai donc pris une bonne demi-heure pour lui expliquer la situation. Elle avait besoin de savoir où, exactement, elle serait inhumée, mais elle est repartie déçue de ne pas avoir de réponse.

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