Bienvenus dans Les Folles anecdotes du Cimetière où je vous raconte mon quotidien en tant qu’employée administrative dans un cimetière français. Bonne lecture et, si vous voulez choisir la prochaine histoire, à vos votes ! Un homme soucieux : Un après-midi pluvieux, un homme d’une quarantaine d’années se présente au bureau. Il se tortille les mains et a le regard fuyant. Il s’assoit devant moi et chuchote presque : — Bonjour. Je voudrais savoir quand la concession de ma fille arrive à expiration ? — Bonjour, Monsieur. Bien sûr, on va regarder. Quel est votre nom de famille ? — Soucieux : S-O-U-C-I-E-U-X. — D’accord. J’ai le dossier. La concession expire le 27 juillet 2033. — Ah bien. D’accord. Et il reste là, en se mordillant les lèvres. — Est-ce que je peux faire autre chose pour vous ? — Oui… On m’a dit qu’on pouvait mettre une urne sur cette concession. C’est que… ma femme, elle est malade et elle voudrait être avec notre petite fille… — Malheureusement, il ne peut pas y avoir d’adulte au carré des enfants, Monsieur. — Mais on m’avait dit qu’on pouvait rajouter une urne… — Qui vous a dit ça ? — Le pompier funèbre, quand… c’était pour ma fille. — Mais les pompes funèbres ne fixent pas le règlement du cimetière. Je suis désolée. — Alors mon fils de 14 ans ou ma fille de 17 ans, eux, pourraient y être ? — Oui, en urne, ce serait possible. J’ai peut-être une autre solution pour vous. Ce serait d’acheter un cavurne ou une concession au columbarium au décès de votre épouse, puis d’exhumer votre fille pour qu’elle la rejoigne. Ou inversement : d’abord exhumer votre fille, puis votre épouse la rejoindrait. — Hum. Oui, on peut peut-être faire ça. Je vais réfléchir. Je vous remercie. — Bon courage, Monsieur. Bonne journée. — Merci, vous aussi. Et il part, accablé, le regard embué, contraint de prendre de telles décisions.