**Vous êtes bien — Vous avez froid** --- Vous êtes bien — Vous avez froid. La glace casse. Une pierre ronde dans la paume. Le métal du robinet, à l'aube. Le carreau contre la joue. Vos doigts se ferment, se rouvrent, retrouvent la dureté propre, la surface lisse et ferme. Le froid mord à peine. Une porte de cave s'ouvre. L'air qui en sort a respiré la pierre depuis cent ans, depuis trois cents ans. Il sent le salpêtre et la cendre éteinte, l'écorce et l'eau de puits. Vous descendez. Trois marches. La voûte s'arrondit au-dessus de votre nuque. L'écho s'arrondit avec elle. Vous ne dites rien. Dans les caves… on se tait. Le silence est épais, humide, empreint d’une présence comme aucun autre silence. Très loin sous vos pieds, une eau circule. Sans un bruit. Vous la sentez par les chevilles, par la plante des pieds, par cette lente conviction du corps qu'il existe encore, plus bas, un endroit… L'ombre verte d'un sous-bois passe sur votre front. Une feuille de menthe écrasée entre deux doigts — la salive devient claire. Vous respirez. L'air entre par les narines comme il entre dans un espace, vaste, vide : il prend place, il s'installe, il s'étend. Une source. Sans cascade, sans tumulte. L’eau sort de la mousse en suintant à peine. Elle rejoint d'autres eaux invisibles. Elle tisse au-dessous de la mousse un réseau humide où l’ombre règne. Vous êtes assis contre un vieux mur. Le tissu de vos vêtements a fusionné avec la pierre en prenant sa fraîcheur. Vous êtes la pierre, la pierre est vous. Vous ressentez ce contact minéral–animal. Un souffle glisse, un voile de lin, une sensation très lente qui passe sur la peau des bras et continue son chemin. L'air est frais — Il l'a toujours été.