Je viens de finir la Petite philosophie à l'usage des non-philosophes d'Albert Jacquard. Lire ça juste après du Nietzsche, c'est une mauvaise idée. C'est un peu comme lire du Houellebecq juste après Hugo ou Aragon : la différence se fait sentir. Bref, Jacquard essaye de rendre la philosophie intéressante, essaye de la vulgariser, mais le fait assez mal. Le texte est une sorte d'abécédaire qui retrace l'entretient de Jacquard et de Huguette Planès (enseignante de philosophie). En soi, le texte est clair, fluide, mais oublie parfois certains questionnements essentiels ce qui rend le propos assez maladroit. Par exemple, quand Jacquard parle de l'espace-temps, il oublie largement la réflexion kantienne (alors qu'elle aurait été utile pour mieux préciser le propos, quitte à s'opposer frontalement à Kant ! Que diable ! Ayez le courage d'affronter les auteurs !) ; quand il parle de l'éthique (outre certaines banalités), Jacquard ne pipe mot du déterminisme alors que le mentionner voire le critiquer n'aurait pu que durcir et approfondir son propos qui est assez creux voire un peu bateau. C'est assez dommage quand on voit que certains chapitres sont largement plus pertinents et issus d'une analyse plus fine des problèmes. Vulgariser ou vouloir rendre son propos clair n'interdit pas l'analyse fine de telle ou telle notion. J'avoue ne pas avoir été du tout sensible au projet de Jacquard dans ce livre, surtout quand je lis certains propos qui, insuffisamment précisés et justifiés, sont au mieux très étonnants (euphémisme). Dire que c'est aux pays riches de prendre en charge une part du coût du système éducatif des pays pauvres (p. 47) me laisse perplexe. Quelques précisions sont utiles si on ne veut pas mal entendre le propos. Le chapitre sur Hitler est également très maladroit : qu'est-ce que je dois comprendre ? Ça oscille entre relativisme, légitimation, et critique tiède. C'est vague et maladroit : le propos peine à s'assumer. J'imagine bien que Albert Jacquard est fort critique du nazisme et de la Shoah, mais dans le texte, ça ne se ressent pas vraiment. Plus j'avançais et plus le livre me tombait des mains. Mais, me direz-vous, à raison, que je ne suis pas le public cible. Mais je crois tout de même que même pour un 《non-philosophe》, le texte n'est pas la meilleure des portes d'entrée. Je conseillerai davantage les bouquins d'André Comte-Sponville qui, même dans ses Présentations de la philosophie ou dans son Dictionnaire philosophique, ne délaisse jamais la démarche philosophique, le questionnement. Attention tout de même, le livre de Jacquard n'est pas à jeter : il y a de bonnes choses, mais elles sont juxtaposées à des banalités et à des trucs un peu douteux, et c'est ce qui m'a le plus embarrassé. Bref, j'ai lu mieux. Et la prochaine fois que je dois lire un texte comme ça, j'éviterai de lire du Nietzsche avant.