On en croise à tous les coins de rue ! Par contre, tous ne sont pas en désaccord avec le cartésianisme pour les mêmes raisons. Je vais donner quelques exemples (sans trop détailler : sinon le post n'en finirait pas).I. Oppositions métaphysiques et ontologiques D'abord, sur le cartésianisme lui-même : tous les cartésiens ne sont pas d'accord entre eux, voire s'opposent à Descartes. Par exemple, Spinoza (sur la liberté : Spinoza nie la liberté, Descartes esquive le sujet), Leibniz (sur les démonstrations insuffisantes pour Leibniz de l'existence de Dieu, ou encore contre l'intuitionnisme de Descartes privilégiant le formalisme) et Malebranche (sur les idées).Toujours concernant les idées, les empiristes refusent l'innéisme cartésien (c'est-à-dire le fait qu'il y ait des idées innées, des idées que nous possédons naturellement/parce que Dieu les a placées en nous) comme Locke dans son Essai sur l'entendement humain. Pour les empiristes anglais (notamment Hume qui vise Descartes dans son Traité de la nature humaine, principalement dans la première partie : Enquête sur l'entendement humain), il n'y a rien d'inné (même le principe de non-contradiction) : toute idée qu’on possède a pour origine l’expérience. On comprend mieux pourquoi les idées innées ne convainquent pas les empiristes. D'ailleurs, la querelle entre Descartes et les empiristes commence dès les 3es Objections aux Méditations Métaphysiques (celles de Hobbes). Hobbes est un pur représentant de ce qu'on appellera, avec Hume, l'empirisme anglais : beaucoup de ses objections critiquent l'innéisme de Descartes.Sur l'animal, les végans et autres défenseurs des droits des animaux s'opposent fortement à lui (Gary Francione pour ne pas donner d'exemple) : comment ça les animaux n'ont pas « d'âme » ? Puisque Descartes dit que les animaux sont des machines (en vérité, il dit « comme » des machines), toute personne qui voudrait mettre en avant ce qui semble être une sensibilité animale (voire une culture animale) ne pourra qu'être en désaccord avec Descartes. Voltaire, pour ne pas le citer, s'oppose dans son Dictionnaire philosophique à cette thèse de l'animal-machine. D'ailleurs, la question animale est un bon exemple pour un autre point sensible : le dualisme entre l'âme et le corps. Ce dualisme est-il pertinent ? Déjà, toute la référence religieuse de l'âme est oubliée par ceux qui admettent ce dualisme. Mais, les philosophes analytiques (en gros, les philosophes logiciens depuis Frege, Russell et Wittgenstein, la plupart vivant aux États-Unis – on oppose ce courant à celui des philosophes dits continentaux, donc les européens et principalement les phénoménologues), quant à eux, rejettent tout psychologisme (au nom de la logique).Quant au cogito, également, Descartes est critiqué. Pour les phénoménologues (Husserl, Heidegger, Merleau-Ponty), Descartes n'a pas montré l'existence d'un « Je » qui pense, mais d'un « Ça » qui pense. Plus encore, dans ses Méditations Cartésiennes, Husserl montre qu'oublier la dimension subjective de la corporéité est un problème. Ce n'est pas juste un Je qui pense, mais un Je incarné, qui a un certain corps, une certaine sensibilité. Le Je qui pense ne fait pas que de penser : si je me mets à douter de tout, comme Descartes, pourquoi nierai-je ce que je ressens ? Je puis bien mettre en doute que je perçois effectivement ce que je crois percevoir, mais je ne peux pas douter du fait que je perçois quelque chose. C'est d'ailleurs sur toute cette dimension perceptive que se fonde la phénoménologie. Dans Signe, L'Œil et l'Esprit ou encore la Phénoménologie de la perception, Merleau-Ponty essaye de nous le montrer, en nous précisant ce que c'est que percevoir. On ne peut douter du fait qu'on perçoit des phénomènes.Mais ce n'est pas tout, ce « Je » surpuissant, cette conscience toujours consciente, comme on aime à résumer sottement le cogito cartésien, est aussi à questionner : suis-je vraiment toujours conscient ? Si vous avez eu des cours de philosophie en Terminale et si votre enseignant vous à proposer concernant la Conscience un sujet du type « Suis-je toujours conscient ? » ou « Puis-je ne pas savoir ce que je fais ? », vous avez très certainement entendu parler de Descartes comme d'un type qui dit que je suis toujours conscient de tout, et on a dû opposer à Descartes ce brave Freud (avec son inconscient). Eh bien, Freud, et Nietzsche dans une certaine mesure, s'oppose également à cette idée de la conscience toute puissante. Mais Paul Ricoeur aussi.En effet, Ricoeur s'opposera au « cogito exalté » qui est celui d'un Descartes, et privilégiera un « cogito blessé » qui saura tirer les leçons de Freud et de Nietzsche (chez eux, le cogito est humilié). Pour Ricoeur, le cogito ne saurait être tout à fait transparent à lui-même : il a besoin de l'extériorité. Pis encore, il est, de fait, traversé par l'extériorité. C'est pourquoi chez Ricoeur, on a la figure d'un homme certes fragile et blessé qui a du mal à savoir s'il est tout à fait lui-même, qui a du mal à distinguer ce qui est lui et purement lui et ce qui est l'autre, qui a du mal à démêler ipséité, mêmeté et altérité. Mais peut-être est-ce parce que l'homme est à la fois lui-même et un autre (lisez Soi-même comme un autre de Ricoeur). L'homme est blessé, vulnérable, mais surtout capable. En effet, quoiqu'il soit un sujet traversé par l'extériorité, et quoiqu'il soit un être non figé dans le temps, il est un sujet capable de se construire, de se reconstruire : homme capable. Et sa dimension capable est notamment ce qui lui donne son identité narrative. Cette identité narrative, c'est le Je qui se raconte, mais qui se raconte parce qu'il sait prendre en compte l'extériorité, le passé et le présent.Et si ce n'était que Paul Ricœur... Deleuze, dans Différence et répétition, critique aussi le cogito cartésien. Descartes, nous dit Deleuze, ne s'est pas débarrassé de tous les préjugés. Pourquoi penserions-nous vraiment en Je ? « La pensée est supposée naturellement droite, parce qu'elle n'est pas une faculté comme les autres, mais rapportée à un sujet, l'unité de toutes les autres facultés qui sont seulement ses modes » écrit Deleuze dans Différence et répétition (p. 175). Descartes nous a habitué à distinguer le sujet philosophique du sujet biographique. Et cette habitude, on la retrouvera chez Kant. Or, pour Deleuze, ce « Je » qui pense ressemble trop à celui qui agit. Cette distinction n'est pas aussi radicale et profonde qu'elle prétend être. Pour Deleuze, Descartes n'a pas été au bout de son projet : il faut radicaliser cette différence pour découvrir un moi pur qui ne se dit plus dans l'identité à soi, mais qui puisse s'exprimer dans des intensités.II. Oppositions épistémologiques et scientifiquesAjoutons également que le projet scientifique de Descartes est depuis longtemps dépassé. L'épistémologie d'un Bachelard, d'un Popper, ou d'un Khun, s'oppose en partie au moins à l'épistémologie cartésienne. Bachelard, par exemple, sera très critique de Descartes : il estime que la conception de la science et la méthode de Descartes sont trop réductrices et sont insuffisantes face aux exigences de la science moderne. Pour Bachelard, comme physicien et philosophe des sciences, Descartes sous-estime le rôle de l'imagination dans la compréhension du réel : l'imagination fait partie des notions fortement analysées par Bachelard (et comme épistémologue et comme philosophe de l'art) et a un rôle essentiel dans l'appréhension scientifique. Bachelard critiquera notamment la seconde règle de la méthode (Discours de la méthode, II) : il faut « diviser chacune des difficultés que j'examinerais, en autant de parcelles qu'il se pourrait » (A, I, p. 586). Pour Bachelard, c'est une simplification excessive qui ne correspond pas à la complexité réelle des phénomènes, et ce, spécialement depuis les découvertes de la physique quantique. Bachelard critiquera également la physique cartésienne (qui est dépourvue des mathématiques modernes par exemple).Mais, cette physique cartésienne était critiquée déjà à son époque. En effet, Henri Morus proposera un grand nombre de critiques sur la physique de Descartes, montrant par exemple les difficultés causées par Dieu (voir l'excellent livre de Jean-Pascal Anfray Correspondance Descartes-More : il regroupe la correspondance entre Descartes et More, et propose une présentation des critiques de More, avec un essai fort instructif précédent les lettres).Ce brave Pascal n'aime pas vraiment Descartes non plus : d'abord pour des questions religieuses, mais aussi pour des questions physiques. Quand Pascal démontre l'existence du vide, il s'oppose fortement à Descartes qui considère que le vide n'existe pas et qu'il n'y a qu'un corps.Bref, voilà quelques auteurs, courants, qui s'opposent à Descartes. Il y en a d'autres. Kant, par exemple, s'oppose au projet cartésien dans la mesure où il ne voit pas que Dieu et l'âme ne sont pas des objets que l'on puisse étudier : la métaphysique, dans ce cas, échoue – on ne peut que postuler l'existence de Dieu et de l'âme.Plus encore, parmi les philosophes postérieurs à Descartes, on en voit qui sont en franche opposition. C'est normal, Descartes s'oppose à eux. Il s'oppose