Je n’ai généralement pas forcément le temps de visionner des séries, animées ou non, mais j’ai quand même pris le temps de visionner The World Ends With You: The Animation, pour savoir une bonne fois pour toutes si cette adaptation du meilleur a-RPG de la DS, également dispo sur Switch, vaut son pesant de cacahuètes. À noter avant d’en venir à notre sujet : le jeu original est extrêmement fourni en texte qu’il faut absolument lire (si vous n’êtes pas du genre patient et sautez toutes les cinématiques comme un ours énervé, je vous recommande de ne pas toucher à ce jeu et de prendre un Tetris). Apparemment la version Switch a plusieurs langues, là où les versions DS et iOS n’ont que l’anglais à vous proposer. Par contre, de ce que j’ai lu, les amateurs du jeu DS n’ont pas du tout aimé le gameplay Switch, là où le jeu mobile avait encore des arguments. Rappelons à toutes fins utiles que le titre du jeu était au départ It’s a Wonderful World, malheureusement ce titre n’a pas pu être conservé à l’international en raison d’un film du même titre sorti en 1939. Le problème ne touche probablement que le droit américain, puisque maintenant quand on tape It’s a Wonderful World sur Google, on tombe sur un jeu de plateau. C’est vexant, quelque part, mais bon. Aujourd’hui, avec The Animation, chronique d’une adaptation hélas plus mauvaise que bonne. Chronique mitigée, pour une adaptation mitigée. The World Ends With You, l’histoire d’un groupe de jeunes pris au piège du jeu des Reapers, Shinigamis en VO, ce qui devrait nous alerter assez rapidement quant au fait qu’ils sont tous morts. Ça se déroule dans un monde parallèle, l’UnderGround de Shibuya, où l’on interagit avec le monde réel - le RealGround - directement. À quelques exceptions près, les habitants du RG ne voient pas les occupants de l’UG, que l’on pourrait de facto comparer à des sortes de fantômes. Mais des fantômes qui consomment. Mode, bouffe, musique, rien ne les arrête dans cette course frénétique à qui sera le plus stylé. Bien que le héros soit un personnage clivant, aimé par les uns, haï par les autres, on s’attache facilement à la plupart des personnages du titre et à son univers streetart. Tout cela est très bien, mais l’animation, que vaut-elle ? Parlons d’abord graphismes. Nous avons ici affaire à un mélange 2D/3D, où les ennemis sont représentés en 3D. Dans l’absolu pourquoi pas, mais le rendu de ces derniers s’avère extrêmement laid. Je ne suis donc pas d’accord avec les personnes qui ont été enthousiasmées par le mélange. Les personnages humains ont un rendu superbe et cohérent, même si ça pue parfois le manque de budget ; par contre les ennemis semblent avoir été pensés pour casser toute immersion. Il serait peut-être bon, post-2020, de reconnaître que ce genre de procédé n’est qu’un aveu à peine déguisé de manque de budget, tout comme le Grand Méchant Loup en 3D du film Le Château Solitaire dans le Miroir aurait eu mieux fait de s’abstenir d’exister (quiconque a lu le roman sera de toute façon d’accord). La question que je me pose est la suivante : quitte à donner à une partie des personnages un rendu cel-shading, pourquoi le faire comme sur GameCube/PS2, alors que la même année sortait NEO: The World Ends With You, dans lequel les mêmes créatures étaient rendues dans une bien meilleure 3D ? Et encore, si ça se trouve, même comme ça, ça jurerait - peut-être d’ailleurs que je fais erreur et que c’est la même 3D, pour ce que j’en sais, le fait est que le mélange passe vraiment très mal. Parlons maintenant de la facilité d’accès à l’intrigue, et de sa fidélité au matériau d’origine. Que vous soyez ou non amateur du jeu d’origine, zéro pointé. Si vous avez joué au jeu, vous vous ennuierez ferme pendant les premiers épisodes. Pire, certains choix de différences vous feront râler - par exemple, pourquoi Neku attend-il bêtement la seconde semaine pour apprendre qu’il peut entrer dans certaines boutiques, alors que dans le jeu on le sait quasiment dès le début ? Et si vous n’y avez jamais joué, vous ne comprendrez rien aux nombreuses intrigues à peine survolées, jusqu’au système de combat à base de badges donnant des pouvoirs psychiques, si bâclé qu’on a l’impression que Neku a tous les pouvoirs possibles et imaginables à volonté - en fait tout ce qui concerne les badges est bâclé, alors que c’est le cœur du jeu. Et si vous comptiez jouer à NEO: The World Ends With You en vous reposant uniquement sur cet anime pour comprendre le premier titre de la série, bonne chance. L’aventure exclusive de la version Switch, nécessaire pour comprendre la suite, n’est même pas adaptée, donc si vous ne voulez ni visionner une vidéo Youtube ni lire un wiki, vous ne comprendrez tout simplement rien à la suite. Y compris si vous avez joué à l’original ou au remake iOS, qui avait pourtant commencé à préparer le terrain pour une suite, avec cette fameuse image montrant une jeune fille énigmatique, dont chaque vêtement et équipement s’inspire d’un personnage du jeu - bien entendu elle fait bien partie des personnages de la suite, quoique son rôle ne soit pas celui qui avait été envisagé initialement. Pourtant, certains dialogues et décors prennent bel et bien en compte les événements en question ainsi que ceux à venir dans la suite, quel dommage ! En fait, le problème se résume assez simplement. Avec sa quantité extrêmement dense de textes, le scénario de The World Ends With You est aussi verbeux qu’un authentique roman. D’ailleurs, la récompense lorsque l’on finit une certaine quête dans le jeu c’est… encore plus de texte. Faisons une comparaison imagée. Prenons, par exemple, le premier volume du Seigneur des Anneaux. J’ai bien dit le premier volume uniquement, pas la trilogie, encore moins l’intégralité des textes de Tolkien. Imaginons à présent qu’on décide d’en faire une adaptation durant strictement 15 minutes. Ridicule ? Pas plus que les douze malheureux épisodes de TWEWY qui, en raison de leur faible nombre, tronquent, rabotent, suppriment. Et vous voulez savoir le pire ? C’est qu’il leur arrive tout de même, lorsqu’ils ajoutent du contenu complètement inédit, de parvenir enfin à raconter quelque chose d’intéressant. Je ne parle pas ici de facilités scénaristiques, comme la suppression de l’intégralité de l’arc d’un certain Makoto, savamment remplacé par une scène stupide à base de « buvez de l’eau » (????) « et regardez l’écran du Carrefour (le truc avec les passages piétons, pas le magasin) car je suis un influenceur connu hihi » (d’ailleurs Eiji Oji n’a jamais été aussi mal rendu que dans cet anime où il devient une tête à claque sans aucun intérêt, mais passons), mais bien de scènes réellement denses et bien écrites, quoique franchement trop rares. Ainsi, l’arc d’Eri, la meilleure amie de Shiki, est-il retranscrit avec une finesse extraordinaire. On apprécie également le fait de voir en scène beaucoup plus de joueurs réels que dans le jeu original, où l’on se sent parfois bien seul alors qu’un certain nombre d’individus est quand même censé participer. Mais est-ce que ça rattrape le reste pour autant ? Lol, non. Quelques autres moments surnagent, au milieu de ce qui pour le reste s’apparente tout de même à un réel naufrage. Alors, avant de quitter le navire en catastrophe, on va quand même évoquer la bande son. La musique est un élément fondamental du jeu The World Ends With You. Les pistes, toutes bien senties, veulent retranscrire l’ambiance de la street, et ouais elles le font super bien. Et, comble du luxe, plusieurs styles musicaux sont représentés, du coup si l’on sature de la j-pop ou du rap ce n’est pas foncièrement très grave. The World Ends With You est un cas rare dans le monde du jeu vidéo : la version occidentale DS a six morceaux de plus que l’originale, l’obscure app exclusive au Japon, It’s a Wonderful World Live! a quelques morceaux supplémentaires, Solo Remix sur iOS en ajoute encore, et ne parlons pas de la version Switch. En cumulant l’ensemble, le nombre de pistes est tout simplement faramineux. Sans être un jeu de rythme (c’était pourtant à un moment donné l’une des pistes des développeurs, qui envisageaient un système de combat calqué sur Dance Dance Revolution), The World Ends With You est un jeu fondamentalement musical, et si tu coupes le son de ta console sans raison valable c’est super dommage. On est donc en droit d’en attendre beaucoup d’une adaptation de ce monument de musique qu’est The World Ends With You. Pour la petite histoire, une musique d’intro potentielle a été annulée parce que le chanteur a fait des carabistouilles illégales. Pour avoir tenté de l’écouter tant mieux, c’était loin d’être transcendant, alors finalement cette annulation est plutôt heureuse. Dans les faits, la seule chanson inédite, l’ending, colle quant à elle superbement à l’ambiance TWEWY, par contre l’animation derrière à base de plans fixes du jeu redessinés est encore plus cheap que tout le reste. Le reste de l’OST est presque parfait. Presque, parce qu’on se plaindra quand même du fait que trop peu de chansons du jeu sont reprises, mais bon, dans l’ensemble ça reste du très beau travail, tout à fait écoutable comme une bonne OST. L’OST de The World Ends With You The Animation est quasiment la seule raison qui m’a permis de ne pas m’ennuyer complètement devant l’adaptation médiocre de l’un des meilleurs jeux vidéo de Square Enix, et sur ce plan-là au moins j’en ressors heureux. On appréciera encore les doublages originaux, puisque le jeu original ne nous offrait que de l’anglais à