… D’autres que moi font un meilleur travail. Le métier de speakerine est encore tout - Qwice

… D’autres que moi font un meilleur travail. Le métier de speakerine est encore tout jeune, et mes rares consœurs rencontrent un certain succès. Un soir mélancolique, accoudée à un pont tra

Organisation de l'Ombre - Qwice 2025

… D’autres que moi font un meilleur travail. Le métier de speakerine est encore tout jeune, et mes rares consœurs rencontrent un certain succès. Un soir mélancolique, accoudée à un pont traversant la Seine, je contemplais Notre-Dame. Quel monument. Quel édifice. Comme nombre de mes contemporains, j’étais croyante. La séparation de l’Église et de l’État n’avait eu lieu qu’une cinquantaine d’années auparavant. À présent, déçue de mes pairs, j’envisageais de me cloîtrer dans un couvent. Le métier se trouvait plus ingrat que ce que j’avais cru, et je souffrais d’un horrible manque de reconnaissance. - Mamzelle O’Ceross ! Au son de cette voix familière, je me tournai. Il s’agissait de Pierre, stagiaire à la RTF, le seul avec qui je m’entendais un tant soi peu. - Bonjour, Pierre. Comment vas-tu ? - Le directeur de la chaîne vous cherche partout ! C’est l’heure d’vot’ intervention ! - Ah. Bien sûr. Pierre me rappelait à la réalité. Mais je n’avais plus envie de travailler pour la télévision. Je n’avais plus envie de me montrer à tout Paris - et bientôt, je le savais, à d’autres grandes villes de France et de Navarre. Je ne faisais guère l’unanimité. À en croire les lettres de téléspectateurs, j’étais une fille trop légère pour un tel emploi. Sainte Marie, mère de Dieu. Avais-je donc péché à ce point ? - Je ne viendrai pas, Pierre. - Mais… M’zelle O’Ceross… - Je ne suis peut-être pas taillée pour cet emploi, finalement, dis-je avec un sourire forcé. Je lui tournai le dos et le laissai en plan. Quitter la radio avait été une erreur. J’y animais une émission de cuisine. Comment avais-je pu croire que devenir speakerine pour le journal de la RTF me serait bénéfique ? Il faudrait rentrer chez mes parents à Étretat ; leur expliquer que leur fille n’était qu’une bonne à rien. Et puis je terminerais au couvent. Une bonne sœur n’a guère de surprise. On a une vie réglée, et l’on n’a de compte à rendre qu’à Dieu. C’est ce que je me disais, en allumant machinalement le poste de télévision de mon logement. Sans surprise, ils avaient trouvé une fille pour me remplacer. Bien. Je m’endormis l’âme lourde. Et le lendemain, comme tous les dimanches, je me rendis à Notre-Dame pour la messe. En sortant, j’aperçus un homme étrange. Sa tenue vestimentaire semblait issue d’une autre époque… c’était osé. Une veste à manches courtes, une tenue à manches longues au-dessous, des lunettes noires, et un étrange casque sur la tête. On aurait dit un casque audio ; pourtant les casques utilisés à la radio ou à la télé sont bien plus lourds. - Catherine O’Ceross ? En prononçant mon nom, il m’avait décoché un étrange sourire. - C’est bien moi. À qui ai-je l’honneur ? - Mademoiselle, je viens vous faire une offre. Une offre qui va changer votre vie à tout jamais. — C’ÉTAIT : L’ORATRICE —

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