« Depuis Wells jusqu’à Valérian, bien des gens ont voyagé dans le temps, d’accordâ - Qwice

« Depuis Wells jusqu’à Valérian, bien des gens ont voyagé dans le temps, d’accord… mais personne, NON, PERSONNE, n’a jamais eu l’idée de voyager dans le temps pour de l’argent ! »

Ma Fête Foraine - Qwice 2026

« Depuis Wells jusqu’à Valérian, bien des gens ont voyagé dans le temps, d’accord… mais personne, NON, PERSONNE, n’a jamais eu l’idée de voyager dans le temps pour de l’argent ! » Cette idée, le professeur Harding l’aura en 2008 dans la bande dessinée scénarisée par Midam et dessinée par Adam, Harding Was Here. Il y avait un petit côté mégalomane chez Harding, ce personnage qui recherchait les grands maîtres peintres dans le passé, un peu pour revendre leurs œuvres, un peu pour se faire tirer le portrait. Condamné à mort pour sorcellerie, le professeur aurait tout de même pu s’en tirer si les ébauches aperçues dans le livre Mission Île Maurice s’étaient concrétisées en un volume 2. Mais l’idée de Midam n’était pas neuve. Sous les plumes de Fred et d’Alexis, le professeur Stanislas y avait déjà réfléchi en 1969 - et même au cours du XIXe siècle, époque où vit notre bonhomme barbu. Tout comme son futur successeur, et contrairement au voyageur du temps de Wells et de Marty McFly, Stanislas ne s’encombre pas de cohérence. Il ne voyage pas dans le temps ; mais dans l’ESPACE-temps. Lorsque Timolémon, vendeur au porte-à-porte au produit ridiculement complexe, se présente à la porte de son manoir, le professeur saisit l’opportunité. « Time is money », lui dit-il en anglais dans le texte. « Vous serez le premier vendeur en porte-à-porte temporel : je vous envoie acquérir la Joconde ! » Ce point est cependant à nuancer, puisque finalement la règle du temps comme dimension à part entière semble à peu près respectée par la suite. On acceptera donc qu’Attila le Hun soit représenté avec un écart de deux ans sur son réel passage en Gaule. De toute façon c’est un énième récit où tout le monde parle la même langue peu importe le lieu ou les époques, alors pouet pouet. Cinq histoires complètes avec leurs bandes-annonces et un récit court de deux pages forment l’ensemble des aventures de Stanislas et Timoléon, rééditées en 2016 par Dargaud sous le seul titre du premier volume, « Time is money », en respectant scrupuleusement les parutions originales en magazine. J’ai connu cette bande dessinée via les Pilote paternels - Mâtin, quel journal - mais évidemment il n’y avait pas tout. J’avais en ma possession une partie du volume 3, Quatre pas dans l’avenir, initialement publié en 1971. Or vous le savez, je suis à la fois passionné par Fred et par le voyage dans le temps, donc c’est même criminel que j’aie attendu aussi longtemps. Je ne suis pas de l’avis de l’éditeur, qui trouve intéressant de proposer le récit en noir et blanc pour rendre au mieux le trait du dessinateur. La couleur aussi est un vrai travail, et dans Pilote c’ÉTAIT en couleurs. Je trouve donc dommage qu’on ait payé des équipes pour procéder à la restauration des planches originales, de même que, pour faire une comparaison avec un autre médium, je ne comprends pas le concept stupide de jouer à un jeu game boy en noir et blanc quand les éditeurs l’ont refait en couleur un peu plus tard. L’expérience est à la hauteur. L’absurdité des scénarios-prétexte est poussée à son paroxysme par le trait réaliste du dessinateur ; et lorsque le duo devient un trio par l’irruption de Joseph le Borgne, trafiquant d’armes, les idées sont loin de s’essouffler. Avec Philémon, Fred a évoqué le voyage dans le temps dans une simple histoire courte. Chaque volume de Time is Money est l’occasion de péripéties temporelles neuves ! « Une peau de banane dans le temps » étudie le concept du paradoxe temporel bien avant Robert Zemeckis ; « Quatre pas dans l’avenir » propose une vision du futur frustrante car trop vite interrompue (cette étonnante interruption évoque d’ailleurs les retours de Philémon dans notre monde), « Joseph le Borgne » est parvenu à me surprendre alors que je n’en attendais rien, et « Entracte », tout en étant une histoire complète, laisse à l’ensemble comme un goût d’inachevé. Par la variété de ses thèmes, Time is Money parvient à dépeindre le voyage dans le temps sous toutes ses coutures. Probablement pas la meilleure BD de Fred, à qui l’on doit des chefs-d’œuvres aussi inoubliables que le Magic Palace Hotel, Philémon ou encore Le Petit Cirque ; il s’agit cependant d’une œuvre à mille lieues d’un Harding, encore sublimée par le trait réaliste (ce qui évidemment est absurde pour un tel scénario, et donc in fine magnifique) d’Alexis, dessinateur qui s’éteindra hélas brutalement quatre ans après le dernier volume de Time is Money, à l’âge de 31 ans, d’une rupture d’anévrisme. Son nom a été immortalisé dans l’ours du journal, par la création d’un poste posthume, Directeur de conscience. J’imagine quoiqu’il en soit que les auteurs ne seraient pas revenus sur les pérégrinations de ce trio haut en couleurs. Stanislas, Timoléon et Joseph offrent en tout cas à la fois une histoire digne des plus solides récits de Fred, et un excellent début pour Alexis - car si le dessinateur a déjà travaillé auparavant, les aventures de Timoléon sont sa première grande œuvre, et à mon sens la première bande dessinée à avoir exploité le concept de voyages dans le temps de façon si audacieuse. Bassement matérialistes et donc finalement humains, Timoléon et Stanislas sont quelque part plus proches d’un Marty McFly et d’un Emmett Brown que des escouades des Brigades du Temps, bande dessinée aventureuse sur le même thème proposée par Dupuis en 2011. Et finalement, c’est précisément pour leur humanité et leurs défauts (d’ailleurs ont-ils seulement des qualités ?) que l’on s’attache à ces trublions temporels.

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