**POV ou itinéraire d'une personne qui écrit** Bonjour, Je vais m'épancher un peu... Beaucoup ;-) J'écris depuis très longtemps. Assez longtemps pour que la question ne soit plus "pourquoi j'écris" mais "pourquoi ça m'a pris tant d'années avant d'accepter qu'on me lise". Je n'ai pas de réponse propre à ça. Juste un itinéraire, avec ses détours. ***1. Des textes qui ne rentrent nulle part*** Je n'ai publié qu'un seul texte : "Corpus" en auto-édition. Ce n'est pas un choix par défaut : ce triptyque de nouvelles (Peaux, Chair, Os) a sa propre force, une écriture au scalpel sur des sujets qui ne pardonnent aucune complaisance, une construction en trois mouvements qui se répondent. C'est aussi le texte dont la forme, une enquête, des personnages qu'on peut présenter en une phrase, ressemblait suffisamment à une case existante pour qu'on puisse l'y ranger. Mes autres textes, toujours dans leur tiroir, n'ont pas cette chance... Un isekai littéraire qui va chercher sa mythologie du côté des Puranas et qui prend le temps de le documenter. Des nouvelles de science-fiction sociale qui se referment chacune sur une figure mythologique différente. Un récit noir construit sur la structure d'une partie de go, avec une note technique en annexe pour qui veut comprendre ce qu'il vient de lire. Ce qui relie mes textes n'a jamais été un genre. C'est plutôt une manière de faire : une atmosphère avant l'action "page turner", une recherche documentée jusqu'à la note de fin, une construction poussée à l'obsession, qui emprunte parfois sa logique à autre chose qu'à la littérature, des références qui empruntent aussi bien au manga, à la peinture, qu'aux autres formes d'art, un rapport aux corps qui revient sous des formes différentes dans chacun des textes. Ce n'est pas une prétention, juste un constat après plusieurs textes, plusieurs avis : cette manière de faire ne se fixe jamais dans un seul genre... ***2. La critique ne me fait pas peur. Le silence, si.*** Qu'on n'aime pas mes textes, très bien et c'est légitime. Les goûts sont personnels et quand un avis est argumenté, j'y trouve un vrai plaisir, même quand il est sévère. Pour mon seul texte publié, "Corpus" avoir 4,5/5 sur Amazon et 4/5 sur Babelio, cela me ravit. Pourtant sentir malgré tout que peu de lecteurs saisissent l'ensemble de ce qui a été construit, y compris les références, est parfois un peu « frustrant » ;-) Ce qu'on me signale parfois comme des manques, ce sont des choix. Je construis mes textes comme un architecte : ce qui semble absent est souvent la pièce qui manque exprès, pour que le reste tienne debout. ***3. Le jeu de la promotion ne me ressemble pas*** Je ne juge pas celles et ceux qui font du booktok leur terrain de jeu. Ce n'est simplement pas le mien. Je ne veux pas raconter ma vie. En plus, faut pas se mentir, je serai vraiment nulle si j'essayais. Mon compte Instagram existe depuis peu et ne parle que de l'univers de "CORPUS", pas de moi, et c'est un choix assumé. Ce que j'accepte moins bien : les chroniqueurs qui réclament un service presse physique alors que tout, noté noir sur blanc, indique que je n'en propose qu'en numérique. Le refus poli ne suffit pas toujours : il est parfois mal pris, et l'insistance suit. Heureusement, il ne s'agit que d'une très faible minorité, mais c'est tout de même énervant ;-) ***En conclusion*** Je ne sais pas si je publierai un jour mes autres textes. Un roman noir en particulier restera peut-être encore longtemps dans son tiroir et ça m'attriste un peu... C'est une histoire qui se déroule sur vingt ans, que je viens tout juste de terminer. C'est cette fresque qui m'a demandé le plus de travail de recherche : une intrigue construite sur les phases d'une partie de go, des recherches sur la cryptographie post-quantique, le blanchiment en cascade, les failles réelles des terminaux de paiement, les milieux criminels au Japon et aux USA, pour que chaque détail technique tienne la route et qu'on arrête avec les Hackers qui tapotent un clavier en 3 minutes pour detourner des milliards ;-) C'est aussi celui auquel je tiens le plus, précisément parce qu'il ne fait aucune concession pour être plus facile à vendre ou à résumer en une phrase. Ce qui ne plaira pas à tout le monde, je le sais déjà. La structure en go demande d'accepter de ne pas tout comprendre tout de suite, un peu comme un spectateur face à une partie d'échecs dont personne ne lui explique les règles. La violence, quand elle survient, est traitée avec la même précision froide que tout le reste, sans filet. Et le texte ne tient pas la main : il fait confiance au lecteur pour recomposer les fils sur plusieurs centaines de pages sans résumé de rattrapage. Ce qui le différencie : la forme et le fond n'y font qu'un. Le go n'est pas un décor, il est la logique même de l'intrigue. La note technique en annexe n'est pas un supplément, elle est la preuve que rien n'a été inventé par facilité. C'est un texte qui refuse d'être feuilleté. Le publier, (en auto-édition ou ailleurs s'il passe les filtres ce dont honnêtement je doute), ce serait accepter qu'un texte pensé pour être relu, pas juste lu, se retrouve confronté aux mêmes étiquettes que « difficile à classer » ou « trop dense » pour beaucoup. Je n'ai pas encore fait la paix avec cette idée... Ce n'est pas une plainte. C'est un état des lieux, à un instant T, d'une personne qui écrit et qui commence peu à peu à accepter d'être lue. B. Sola